Edito
10H20 - dimanche 8 mars 2026

Lamia Bensarsa Reda, maire et candidate à Juvisy : « nous avons réconcilié les Juvisiens avec l’Orge dont ils portent le nom. »

 

Lamia Bensarsa Reda, maire et candidate à Juvisy : « nous avons réconcilié les Juvisiens avec l’Orge dont ils portent le nom. »

Madame Lamia Bensarsa Reda, vous êtes maire de Juvisy-sur-Orge dans l’Essonne et candidate à votre réélection aux élections municipales. Merci d’avoir accepté de répondre à Opinion Internationale et à notre rubrique Opinion Territoires. Lorsqu’un élu se représente, je lui pose toujours la même question : avez-vous douté de votre volonté de vous représenter ? Qu’est-ce qui vous a décidé à repartir en campagne ?

Je ne sais pas si j’ai douté, mais en tout cas je me suis posé la question. Je pense que c’est important de le faire. D’autant plus que ce premier mandat a commencé dans un contexte très particulier, celui de la crise sanitaire, et il a été marqué par des crises successives au niveau national et international qui nous ont tous bousculés. Malgré ces embûches, à Juvisy, nous avons mis beaucoup de projets sur les rails et cela m’a semblé assez naturel d’avoir envie de continuer avec une équipe qui en a aussi très envie. Et puis beaucoup d’habitants nous ont encouragés et ont souhaité nous rejoindre.

 

Selon vous, les habitants vous jugeront-ils plutôt sur votre bilan ou sur votre projet pour les années à venir ?

Je pense que les deux comptent. Une élection se joue d’abord sur la crédibilité d’un bilan : les habitants savent ce que vous avez fait. Mais elle se joue aussi sur la vision que vous portez pour la ville et sur la manière dont vous la projetez dans l’avenir.

Et puis il y a aussi une dimension humaine. Une élection municipale, c’est aussi une rencontre entre des habitants, une équipe et une personne qui porte des projets. C’est cet ensemble qui fait qu’il se passe quelque chose entre les habitants et une équipe municipale.

 

Vous avez lancé un projet assez rare en France : la réouverture de l’Orge, cette rivière qui traverse Juvisy et qui était enfouie depuis des décennies. En quoi ce chantier est-il emblématique du monde dans lequel nous vivons ?

Ce projet est né après deux épisodes d’inondations importants, notamment celui de 2016, qui a profondément marqué les habitants et les élus. La Seine avait débordé, mais l’Orge aussi. Nous avons donc réfléchi à la manière de limiter ces risques dans une ville très urbanisée et traversée par deux cours d’eau.

Nous avons travaillé avec le syndicat de l’Orge et réalisé plusieurs études. Nous avons alors découvert que le fait d’avoir recouvert la rivière dans les années 1970 pour urbaniser le centre-ville perturbait son écoulement naturel. Les études ont montré que la remettre à ciel ouvert permettrait de limiter les risques d’inondation.

Nous avons donc porté ce projet avec beaucoup d’humilité, en concertation avec les habitants. Nous avons aussi obtenu des financements de l’Agence de l’eau, de la Région Île-de-France et de la Métropole du Grand Paris. Une première phase est aujourd’hui réalisée : l’Orge est de nouveau visible en plein cœur de ville, avec des promenades, des arbres et un nouvel écosystème.

Aujourd’hui, les travaux avancent et les habitants voient le centre-ville se transformer. Ils se réapproprient leur espace et en sont très heureux.

 

Au fond, ce projet symbolise-t-il aussi un changement dans notre rapport à la nature ?

Oui, tout à fait. Pendant longtemps, nous avons eu tendance à cacher la nature dans les villes. Nous avons fait le choix inverse. Il fallait prendre des mesures pour lutter contre les inondations, mais aussi retrouver de la nature.

 

Le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes. Vous êtes la première femme maire de Juvisy-sur-Orge. Est-ce encore un sujet aujourd’hui dans une campagne municipale ?

En 2020, ça l’a été. J’étais la première femme à me présenter pour devenir maire de la ville. Et il a fallu expliquer pourquoi c’était moi qui portais ce projet. J’ai aussi été enceinte pendant la campagne et j’ai eu un deuxième enfant pendant le mandat. Cela a suscité des débats et parfois des critiques assez inélégantes.

Mais très vite, pour les habitants, cela n’a plus été un sujet. J’ai même bénéficié d’une forme de bienveillance. Aujourd’hui, sur les 4 listes qui se présentent, nous sommes quatre femmes têtes de liste à s’affronter. Cela montre que les choses ont évolué.

 

Dans cette campagne municipale, quel moment, quelle parole d’habitant vous a le plus marqué ?

Ce qui me marque le plus, c’est l’épuisement des gens et leur envie de retrouver de la sérénité. Le climat politique national est très tendu et les habitants ont parfois le sentiment que les responsables politiques sont déconnectés de leurs préoccupations.

À l’échelle locale, nous pouvons montrer qu’il est possible d’agir concrètement et de travailler dans un esprit plus apaisé. Les habitants ont besoin de cela aujourd’hui.

 

A un électeur de Juvisy qui hésiterait à se rendre aux urnes le 15 mars, que lui dites-vous ?

Je lui dirais de ne pas hésiter. Nous avons déjà fait beaucoup de choses, mais nous avons encore beaucoup de projets à mener. Les habitants nous connaissent, ils savent où nous trouver et peuvent continuer à dialoguer avec nous.

Nous portons un projet municipal ambitieux pour protéger et développer la ville.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication