
Le 11 novembre, on ne célèbre pas la guerre. On se souvient de ceux qui y sont morts.
On se souvient de Charles Guinant, simple soldat, poliu, tombé à Verdun en 1916.
Sa dernière lettre à la femme qu’il aimait n’est pas un texte d’histoire : c’est un cri.
Un cri contre l’absurdité, la boue, la peur, et l’idée que mourir puisse être « normal ».
Il écrit : « Quand notre enfant naîtra, tu lui diras que son père est mort pour la France. Et surtout, fais en sorte qu’il n’aille jamais dans l’armée, pour qu’il ne meure pas bêtement comme moi. »
Aujourd’hui, nous pensons à lui.
À ceux qui sont partis.
À ceux qui ne sont jamais revenus.
À ceux dont il ne reste qu’une lettre, un nom gravé sur une pierre, un regard effacé par le temps.
Se recueillir, c’est comprendre que notre paix est bâtie sur leur silence.
Que jamais leur mémoire ne soit effacée.
Que jamais leur sacrifice ne soit banal.
Lettre du soldat Charles Guinant à celle qu’il aimait :
Verdun,
Le 18 mars 1916,
Ma chérie,
Je t’écris pour te dire que je ne reviendrai pas de la guerre. S’il te plaît, ne pleure pas, sois forte. Le dernier assaut m’a coûté mon pied gauche et ma blessure s’est infectée. Les médecins disent qu’il ne me reste que quelques jours à vivre. Quand cette lettre te parviendra, je serai peut-être déjà mort. Je vais te raconter comment j’ai été blessé. Il y a trois jours, nos généraux nous ont ordonné d’attaquer. Ce fut une boucherie absolument inutile. Au début, nous étions vingt mille. Après avoir passé les barbelés, nous n’étions plus que quinze mille environ. C’est à ce moment-là que je fus touché. Un obus tomba pas très loin de moi et un morceau m’arracha le pied gauche. Je perdis connaissance et je ne me réveillai qu’un jour plus tard, dans une tente d’infirmerie. Plus tard, j’appris que parmi les vingt mille soldats qui étaient partis à l’assaut, seuls cinq mille avaient pu survivre grâce à un repli demandé par le Général Pétain.
Dans ta dernière lettre, tu m’as dit que tu étais enceinte depuis ma permission d’il y a deux mois. Quand notre enfant naîtra, tu lui diras que son père est mort en héros pour la France. Et surtout, fais en sorte à ce qu’il n’aille jamais dans l’armée pour qu’il ne meure pas bêtement comme moi.
Je t’aime, j’espère qu’on se reverra dans un autre monde, je te remercie pour tous les merveilleux moments que tu m’as fait passer, je t’aimerai toujours.
Adieu.
Soldat Charles Guinant.
Radouan Kourak,
Journaliste, producteur et entrepreneur

















