
Omar Harfouch vient de franchir une étape importante dans son combat pour faire la lumière sur les conditions d’organisation de Miss Universe 2025. Le pianiste et compositeur franco-libanais, qui avait publiquement dénoncé de possibles irrégularités dans l’élection de la Mexicaine Fátima Bosch, a obtenu un premier résultat judiciaire favorable aux États-Unis.
Jeudi 5 novembre 2026, la société JKN Universe LLC, exploitante du concours international de beauté, a officiellement retiré la plainte qu’elle avait déposée contre lui devant le tribunal fédéral du district sud de New York. Ce désistement, intervenu à seulement deux jours d’une échéance judiciaire, met fin à une procédure engagée depuis janvier. L’ancien juré, qui avait refusé de cautionner ce qu’il considérait comme une élection manipulée, n’a ni été condamné ni été contraint de revenir sur ses déclarations. Si cette décision ne constitue pas une reconnaissance judiciaire des accusations de fraude, elle marque néanmoins un tournant dans un affrontement devenu emblématique des interrogations sur la transparence des grandes compétitions internationales.
Pour comprendre la portée de cette affaire, il faut revenir au mois de novembre 2025. Omar Harfouch avait été sélectionné parmi les huit membres du jury de Miss Universe, dont la finale se déroulait en Thaïlande. Quelques jours avant l’élection, il annonçait son retrait en dénonçant l’existence présumée d’un comité parallèle chargé de présélectionner trente candidates, sans participation du jury officiel. Le compositeur évoquait également des conflits d’intérêts et remettait en cause les garanties d’indépendance du processus de sélection. Ses déclarations avaient pris une dimension particulière lorsqu’il avait annoncé, avant la finale, que Fátima Bosch serait sacrée Miss Universe 2025. La victoire effective de la candidate mexicaine avait ensuite nourri la controverse. Harfouch avait alors qualifié la gagnante de « Fake Miss Universe », une expression devenue le symbole de sa contestation. En réaction, l’organisation avait engagé des poursuites contre lui le 13 janvier 2026, ouvrant un conflit judiciaire particulièrement suivi dans l’univers des concours de beauté.
Au-delà d’un concours de beauté, la question de la transparence des institutions privées
Le retrait de cette plainte intervient dans un contexte où les critiques contre Miss Universe dépassent désormais les seules déclarations d’Omar Harfouch. Natalie Glebova, sacrée Miss Universe en 2005 et membre du jury de l’édition 2025, a affirmé que 80 % des jurés n’avaient pas voté pour Fátima Bosch. Un autre juré, Louie Heredia, a également déclaré ne pas avoir soutenu la représentante mexicaine. Ces témoignages alimentent les interrogations sur les mécanismes de désignation de la gagnante, même s’ils ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une manipulation des résultats. Sur le plan juridique, le désistement enregistré le 5 novembre repose sur une disposition de la procédure civile fédérale américaine autorisant un plaignant à mettre fin volontairement à son action sous certaines conditions. Il ne s’agit donc pas d’un jugement sur le fond, mais d’une décision qui clôt la procédure engagée contre Harfouch. Cette distinction est essentielle pour comprendre la portée réelle de cette première victoire.
L’affaire prend une dimension plus large alors que l’organisation Miss Universe traverse une crise de gouvernance. Son président et copropriétaire, Raúl Rocha Cantú, est cité dans des investigations judiciaires au Mexique portant sur des soupçons d’infractions financières, tandis qu’Anne Jakrajutatip, autre figure majeure de l’actionnariat, connaît également des difficultés judiciaires et économiques. Ces procédures, indépendantes des accusations concernant l’élection de 2025, contribuent à fragiliser la réputation d’une marque internationale dont le fonctionnement repose largement sur la confiance des candidates, des partenaires et des diffuseurs. La diffusion prochaine d’une série documentaire de HBO, dans laquelle Omar Harfouch doit témoigner sur les coulisses du concours, pourrait donner une nouvelle visibilité à ces controverses. À quelques semaines de la finale 2026 organisée à Porto Rico, Miss Universe doit ainsi faire face à une accumulation de difficultés qui interrogent sa capacité à garantir une gouvernance transparente et crédible.
Au-delà de la personnalité d’Omar Harfouch et du résultat d’un concours de beauté, cette affaire soulève une question fondamentale concernant la responsabilité des grandes organisations privées lorsqu’elles exercent une influence internationale. Miss Universe ne se limite pas à une compétition esthétique : il s’agit d’une marque mondiale, soutenue par des investissements importants, des partenariats commerciaux, des diffuseurs et des représentations nationales. Sa crédibilité dépend donc de la clarté de ses règles, de l’indépendance de ses jurys et de la capacité de ses dirigeants à répondre aux contestations. Le retrait de la plainte contre Omar Harfouch ne démontre pas que l’élection de 2025 a été truquée, mais il met un terme à la procédure par laquelle l’organisation avait choisi de répondre à ses accusations. Pour l’ancien juré, qui continue de réclamer des explications sur le déroulement du concours, cette évolution constitue une étape significative. Pour Miss Universe, elle rappelle que la réputation d’une institution internationale repose autant sur son rayonnement médiatique que sur la confiance accordée à ses procédures et à ceux qui les dirigent.
Emma Ray
















