
La victoire écrasante de Raphaël Glucksmann à la primaire socialiste et sociale-démocrate peut-elle rebattre les cartes de l’élection présidentielle ?
En somme, fait-elle trembler Jean-Luc Mélenchon et LFI ?
Tout d’abord cette victoire est un enterrement de première classe pour le PS, ou ce qu’il en reste (c’est-à-dire 1,7% d’Anne Hidalgo en 2022), car pour la première fois depuis 1965 le PS sera absent de la présidentielle.
Mais l’essentiel n’est peut-être pas là…
Que pèsent les 120 000 votants de cette primaire socialiste et social-démocrate, au regard des millions de participants des primaires de la gauche en 2007 et en 2012 ?
La même question se pose au regard du succès de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, qui rassemble des foules impressionnantes dans ses meetings par rapport à ses concurrents de la gauche social-démocrate et du bloc central. À Clermont-Ferrand, il a réuni plus de 10 000 aficionados.
Non, étrangement, là où Raphaël Glucksmann peut faire peur, c’est au centre gauche, c’est à l’aile gauche de la macronie ! Paradoxalement le député européen risque surtout d’affaiblir et de creuser un peu plus la tombe d’une macronie agonisante.
Car Raphaël Glucksmann peut-il convaincre des gauchistes en pleine dérive insurrectionnelle : y a-t-il beaucoup d’électeurs favorables à Mélenchon qui voteront Glucksmann à la présidentielle parce que ce dernier a gagné la primaire de la gauche démocrate ? Entre les deux, c’est l’eau et le feu.
En revanche, Raphaël Glucksmann va certainement convaincre de nombreux électeurs du centre gauche, qui avaient cru en l’espoir Macron en 2017, de revenir au bercail d’un socialisme aux valeurs sociales-démocrates réaffirmant, et il faut le saluer ici, la laïcité et l’universalisme républicain.
Entre un Edouard Philippe ou un Gabriel Attal, s’ils sont candidats au final, et un Raphaël Glucksman, beaucoup d’électeurs choisiront ce dernier et risquent d’empêcher un peu plus le candidat du bloc central d’accéder au second tour de la présidentielle.
La victoire de Glucksmann est une mauvaise nouvelle pour un Gabriel Attal dont les partisans pourraient être séduits par les valeurs du nouveau candidat du centre gauche.
Elle l’est aussi pour toutes les forces de gauche non mélenchonistes : les Verts, le PS aussi, les communistes également vont se diviser fortement dans les semaines qui viennent entre s’allier à Glucksman ou rejoindre LFI. Nous ne donnons pas un mois à Sandrine Rousseau pour rejoindre Mélenchon. Les valeurs ou les futurs strapontins ?
Ainsi, la droiture morale de la candidature Gluksmann, résolument anti-LFI, risque de compromettre toute percée politique de la gauche démocrate et sociale aux élections législatives à venir, si les candidats validés par la ligne Glucksmann refusent de s’allier à LFI.
La division des forces de gauche sera mortifère en termes de majorité parlementaire alors que jamais la gauche n’est arrivée au pouvoir sans une union des gauches, de toutes les gauches. C’est la ligne que continuera certainement à défendre Olivier Faure et un PS chaos debout.
Au final, c’est à se demander si Glucksmann n’est pas davantage, malgré lui, une candidature de témoignage et de division de plus des forces hier centrales et aujourd’hui décomposées qu’une véritable machine de conquête du pouvoir.
Mélenchon et Le Pen peuvent peut-être se frotter les mains.
Michel Taube




















