
Une conférence de presse alarmiste du monde économique à Saint-Martin, une vidéo saisissante du réseau de Jeunes entrepreneurs martiniquais « Relais populaire »… La marmite est bouillonnante dans le monde économique aux Antilles.
À Saint-Martin, les représentants du monde économique envisagent un blocage de l’île. Architectes, transporteurs, commerçants, entrepreneurs du BTP, organisations patronales… tous dénoncent la même réalité : des factures qui ne sont pas payées, des délais qui explosent, des marchés qui n’aboutissent plus et une collectivité qui ne répond même plus à leurs courriers.
Lorsque les forces économiques en arrivent à envisager l’arrêt de leurs entreprises, c’est que l’on a atteint une situation dramatique.
Et ce qui se passe à Saint-Martin résonne douloureusement fort avec la Martinique où des entreprises alertent depuis des années sur les retards de paiement, sur les difficultés de trésorerie, sur des procédures interminables imposées par l’inefficacité des services de la CTM.
Deux territoires, deux collectivités dotées de responsabilités renforcées : ces nouveaux modèles de gouvernance n’ont pas tenu la promesse d’une collectivité plus efficace, plus proche et plus réactive.
Les mêmes symptômes apparaissent. Les mêmes retards. Les mêmes inquiétudes.
La réalité est brutale : ces jeunes collectivités ne savent pas assumer leur première mission : gérer le quotidien.
Pendant que les entrepreneurs attendent leurs règlements, pendant que les investisseurs hésitent, l’énergie politique est absorbée par d’autres combats.
En Martinique, le débat public est capté par les questions statutaires, les congrès de rupture, les accords-cadres, les symboles identitaires, les débats mémoriels, les projets institutionnels ou les grandes projections sur l’avenir.
En Guadeloupe, le monde économique est uni depuis des années et alerte sur les velléités d’aventure statutaire et institutionnelle, alors même que la Région et le département s’équilibrent, contrairement à la Martinique unifiée et sans contre-pouvoirs.
Les Antilles vivent une crise de gouvernance historique aux impacts vertigineux dans le quotidien des habitants.
Doit-on le rappeler ? Non seulement bon nombre de patrons ne partiront pas en vacances, comme le rappelle la vidéo de « Relais populaire » mais une entreprise en difficulté demande simplement d’être payée. Elle demande de la visibilité. Elle demande une gouvernance qui fonctionne. Chaque entreprise qui disparaît emporte des emplois, des familles. Le plus inquiétant est peut-être cette déconnexion.
En Martinique, au lieu de se projeter en 2050, la Collectivité Territoriale devrait revoir sa gouvernance et surtout sa (non) politique économique.
Les prochaines élections territoriales ne sont que dans dix-sept mois. Dix-sept mois, c’est une éternité pour une entreprise en difficulté. Dix-sept mois, ce sont encore des centaines d’emplois qui vont être perdus. Dix-sept mois, ce sont encore des commerces qui vont fermer, des artisans qui vont renoncer, des entrepreneurs qui vont partir.
La mise sous tutelle de la CTM sera-t-elle la dernière chance pour la Martinique d’éviter l’effondrement ?
Car la Martinique n’a plus le temps. Elle ne tient plus qu’à un fil.
Un enfant de Césaire

















