Opinion Outre-Mer
14H37 - jeudi 23 juillet 2026

Et si la Martinique était vraiment indépendante ? Politique-fiction d’un enfant de Césaire et de Michel Taube

 

Mais au fait, ça veut dire quoi l’indépendance ? Concrètement, que se passerait-il si la Martinique faisait le grand saut ?

Imaginons donc que la Martinique conquière son indépendance comme le revendiquent, contre l’avis de la grande majorité des Martiniquais, de nombreux élus locaux.

Un peu de politique (et d’économie) fiction !

Avril 2028 : Serge Letchimy, premier président de la République indépendante de Martinique règnerait sur un territoire de 0,0043 % de la population mondiale.

Letchimy ?

Il avait trompé son monde en faisant croire pendant des années qu’il quitterait le monde politique et la CTM plus particulièrement. Revigoré par son accord-cadre solennel signé avec l’Etat le 1er juillet 2026, document qu’il avait récupéré comme un blang seing du Paris de Macron pour aller à la rupture, il était reparti en campagne pour l’élection de la CTM de mars 2028.

Il avait perdu cette élection cruciale, gagnée par une alliance subtile entre Catherine Conconne et Yann Monplaisir, destinée à contrecarrer le président sortant.

Mais dans une fuite en avant révolutionnaire, Serge Letchimy, allié à Rodrigue Petitot, instigateur et auteur principal de la terrible insurrection de l’automne 2024, avait refusé le résultat des urnes et déclaré l’indépendance de la Martinique !

Donc la Martinique indépendante !

Il avait promis la fierté et la liberté. Ils n’obtinrent que l’isolement et le déclin.

0,00076 % des terres émergées.

À l’échelle mondiale, sa population de 350 000 âmes (en forte perte de vitesse malheureusement déjà) se situerait alors autour de la 180e place sur près de 200 États. La ville de Tokyo, avec 37 millions d’habitants, représente l’équivalent de 106 Martinique.

Si chaque groupe humain de 350 000 personnes dans le monde décidait de créer son propre Etat indépendant, la planète ne compterait pas 195 pays comme aujourd’hui, mais plus de 23 000 nations.

Dès la déclaration d’indépendance, Serge Letchimy annonça que le créole antillais serait la seule langue officielle de la Martinique et que, de l’école primaire à l’université des Antilles, tous les enseignements se feraient en créole dès la rentrée prochaine. Très vite, les habitants se rendirent compte Google trad n’avait pas prévu la traduction en créole antillais. Gros sentiment de solitude !

Très vite, en quelques jours, vint le temps des choix personnels. Beaucoup de Martiniquais souhaitèrent rejoindre l’hexagone, pardon la France, et un exode de 100.000 personnes accéléra de façon vertigineuse la crise démographique.

Côté pouvoir d’achat (les puristes du marxisme antillais parlaient depuis des années de vie chère), la crise fut immédiate : l’île la plus riche des Antilles vit le revenu disponible des habitants plonger et se rapprocher de celui de sa voisine la plus proche… Sainte-Lucie, à 40 km des côtes martiniquaises, dont le revenu par habitant était 4 fois plus faible qu’en Martinique française.

Le gouvernement français annonça que le retrait forcé de la France priverait évidemment l’île de contributions financières considérables et de moyens policiers et militaires de lutter contre le narcotrafic et la criminalité organisée qui gangrène les Caraïbes.

Le gouverneur de l’IEDOM, la Banque de France des Outre-mer, rencontra en secret Serge Letchimy pour lui assurer que l’euro ne resterait plus longtemps la monnaie « nationale ».

Paris annonça également que désormais l’introduction de visas limiterait fortement la liberté de circulation vers l’Europe.

Pâle consolation pour le nouvel homme fort, mais si faible, de la République de Martinique : l’Azerbaïdjan et quelques États non-alignés des Caraïbes reconnurent la Martinique indépendante, le tout assorti d’une déclaration de soutien du nouveau secrétaire général de l’ONU qui perdit une occasion supplémentaire de se taire… Une sinécure !

Voilà ce que représenterait une Martinique indépendante : devenu un des plus petits États de la planète, tant par sa population que par sa superficie, un État sans ressources suffisantes, une Etat isolé, une population affaiblie et sur le chemin de l’exode…

Mais très vite, le peuple martiniquais reprit les choses en main : les mamans potomitan, beaucoup plus pragmatiques que les politiciens de l’île, paniquées par l’absence d’avenir, de sécurité et de pouvoir d’achat que l’indépendance imposerait à leurs enfants, décidèrent de faire la grève du sexe et d’exiger le départ de Serge Letchimy. Des manifestations monstre de femmes martiniquaises dans les 36 communes de l’île bloquèrent la Martinique.

En deux semaines, Serge Letchimy prit le large et l’on dit qu’il se serait réfugié à Bakou.

Catherine Conconne et Yan Monplaisir jurèrent aux femmes potomitan et à tout le peuple de Martinique que désormais ils allaient mettre de côté les querelles et illusions statutaires pour se retrousser les manches et refonder une Martinique française, entrepreneuriale et innovante.

 

Un enfant de Césaire et Michel Taube

In memoriam Georges Dorion, par Michel Ponnamah

In memoriam Georges Dorion, par Michel Ponnamah
Parfois, la mort vous tire, comme un tapis sous les pieds, d’une discrétion existentielle que vous cultiviez quotidiennement comme un jardin fleuri, tout en vous concédant néanmoins le temps de vous résigner…