Opinion Outre-Mer
07H22 - mardi 28 juillet 2026

Tour des yoles : elle n’est pas belle, la fête ? Les contre-chroniques d’Yves-Léopold Monthieux

 

Yves-Leopold Monthieux
Chroniqueur affûté

Fort-de-France, le 25 juillet 2026

Lorsque, à l’approche de la récolte de nos patates douces cultivées en sac « bwano » ou de nos trois pieds de gombos plantés près du pignon de la maison, nous devisons avec nos voisins, il n’est pas rare que la boutade s’invite : “lanné tala nou ké ni pou fouwni GBH” !

Lorsqu’autour d’un verre ou au bout de son téléphone sans fil, ça devise grave sur tel service qui ne fonctionne pas à la CTM, la conclusion arrive souvent : “an nou ba Hayot géré ça”.

On le dit avec gravité pour les transports, l’eau, l’environnement et même pour la CTM, en son entièreté.

Plus sérieusement, lorsqu’il y a besoin de résoudre d’urgence une panne de l’action publique touchant au patrimoine culturel qu’on s’est donné, on se retourne alors vers l’homme à double casquette, le Janus bifron de la Martinique à qui il a été confié deux missions : être tête de Turc et sauveur national.

A l’image de Césaire dans un registre plus consenti (du Discours sur le colonialisme à ce “c’est grâce à vous que nous survivons” en passant par le moratoire et “l’arbre de la fraternité”), Bernard Hayot remplit à la perfection ces deux fonctions contraires. Il se laisse flageller sans crier tout en remplissant sans bruit quelques vides, parmi les nombreuses que connaît la Martinique.

Sauf que son silence finit par faire du bruit dans les consciences.

Cette attitude n’est pas la moindre illustration des mille et un exemples tangibles de la schizophrénie martiniquaise. Celle-ci est le seul vrai résultat de 50 ans de discours de rupture politique d’avec la France et de pratique gourmande de la continuité territoriale française : la « Martinique c’est la France exacerbée » !

Un processus qui a pris le temps de tournebouler le cerveau martiniquais, lequel voyage sans angoisse dans les contrées les plus inattendues de l’incohérence, le pompon étant la balade glorieuse entre la France insoumise et le Rassemblement national.

L’an passé, les têtes étant fraichement chamboulées, le groupe concurrent avait été invité presque dans l’euphorie à financer le Tour des Yoles. En ce mois de juillet 2026, les esprits apaisés nou viré an pié Jon’, comme dirait les boomers, “au pied de l’oncle Bernard”. Confiant dans GBH et l’État, les deux institutions solvables du pays et les deux têtes à claque du parfait progressiste martiniquais, on a pu lancer sereinement le programme de la fête sans prendre le temps de boucler le financement.

Ainsi donc, l’avant-veille de la fête ne fut pas trop tard pour régler ce problème d’intendance. Naturellement, les « assurances tous risques” ont bien fonctionné : le Tour des Yoles aura bien lieu. Entre la claque et la sébile, la fête sera toujours belle, aux couleurs des yoles et du rouge vert noir.

Triste quand même.

 

Yves-Leopold Monthieux

Chroniqueur affûté