Edito
12H43 - vendredi 31 juillet 2026

L’accord avec le Hamas isole un peu plus Téhéran et le Hezbollah. L’édito de Michel Taube

 

L’accord avec le Hamas isole un peu plus Téhéran et le Hezbollah

L’annonce d’un accord prévoyant le désarmement du Hamas constitue un événement dont il est encore difficile de mesurer toutes les conséquences. Si sa mise en œuvre reste entourée d’incertitudes, sa portée politique est déjà considérable. Pour la première fois depuis de nombreuses années, l’organisation islamiste est contrainte d’envisager ce qui était jusqu’ici impensable : renoncer à la lutte armée comme unique horizon.

Ne nous trompons pas. Le Hamas demeure une organisation terroriste islamiste. Son idéologie, son projet politique et sa vision du monde n’ont pas changé du jour au lendemain. Les valeurs qu’il porte restent incompatibles avec une paix durable et avec les aspirations d’une grande partie des peuples de la région.

Mais l’histoire est parfois faite de défaites avant d’être faite de conversions. Si le Hamas accepte aujourd’hui le principe de son désarmement, ce n’est pas parce qu’il aurait changé de nature. C’est parce qu’il reconnaît, au moins implicitement, que sa stratégie de la violence a échoué. Après avoir entraîné Gaza dans une catastrophe humaine, économique et politique sans précédent, l’organisation est confrontée à une réalité qu’elle ne peut plus ignorer.

Cet accord représente également une victoire stratégique pour Israël. Malgré les critiques internationales, les pressions diplomatiques et les nombreuses controverses suscitées par sa conduite de la guerre, l’État hébreu poursuit l’objectif qu’il s’était fixé après le 7 octobre : empêcher le Hamas de redevenir une force militaire capable de menacer sa sécurité.

Les conséquences dépassent largement les frontières de Gaza. Les véritables perdants de cette séquence se trouvent à Téhéran et à Beyrouth. Depuis des décennies, l’Iran a bâti sa stratégie régionale sur un réseau de mouvements armés servant ses intérêts. Le Hamas et le Hezbollah en sont les principaux piliers. Chaque affaiblissement de l’un fragilise l’ensemble de cet axe.

Le Hezbollah observe cette évolution avec inquiétude. Si le Hamas est contraint de déposer les armes, la pression internationale et régionale pourrait demain se concentrer davantage sur la milice chiite libanaise. Quant à la République islamique d’Iran, elle voit s’éloigner une partie de l’influence qu’elle exerçait sur le conflit israélo-palestinien.

Cet accord pourrait enfin ouvrir la voie à une nouvelle dynamique diplomatique. Plus il se consolidera, plus les perspectives de relance des accords d’Abraham deviendront crédibles. Plusieurs États arabes pourraient être tentés de reprendre le chemin de la normalisation avec Israël si la menace représentée par le Hamas s’estompe durablement.

La prudence reste naturellement de mise. Le Moyen-Orient nous a habitués aux espoirs déçus et aux accords fragiles. Mais lorsqu’une organisation terroriste accepte de déposer les armes, même sous la contrainte, c’est toujours une mauvaise nouvelle pour les partisans de la guerre permanente. Et c’est, malgré toutes les réserves qu’impose la réalité du terrain, une raison supplémentaire d’espérer que la paix puisse enfin reprendre le dessus.

 

Michel Taube

Le Pen condamnée mais présidentiable : l'humiliation ou la justice face aux politiques. L'édito de Michel Taube
Directeur de la publication