
On le sait depuis longtemps, l’époque est marquée par une forte accélération du réchauffement climatique, de la vitesse de vents (on ne le dit pas assez) et de la sécheresse : la multiplication des incendies en est la pire des conséquences.
Chaque année, sur les lieux des incendies, intervient cette petite armée que constitue la protection civile, composée de plusieurs centaines de milliers de femmes et d’hommes, professionnels ou bénévoles, sapeurs-pompiers, surveillants de plages et de lieux de villégiature, pilotes, secouristes, soignants, logisticiens, météorologues. Ces premiers de cordée doivent ici être remerciés.
Mais si éteindre les incendies, c’est valeureux, les prévenir, c’est encore mieux ! Trois chiffres devraient nous en convaincre : plus de 85% des incendies sont d’origine humaine.
Que fait-on pour dissuader les humains d’allumer ces feux, par mégarde, imprudence ou mauvaise intention ? En France, le gaspillage passif d’eau potable par les particuliers et les organismes privés et publics représente 10 à 20% de la consommation totale de ce bien si précieux et vital. On estime enfin que seuls 15% des Français connaissent les gestes qui sauvent. C’est bien plus en Allemagne ou en Espagne.
Il est urgent de déployer une grande politique nationale de gestion des catastrophes climatiques et de renforcement de la protection civile pour une France plus résiliente face aux crises.
Notre conviction est que pour soutenir en permanence et au long cours cette priorité nationale, seul un grand ministère de la sécurité civile rattaché au Premier ministre permettrait de la porter pour relever les multiples défis du réchauffement et du dérèglement climatiques.
Ce grand ministère permettrait simultanément de revaloriser les métiers de la protection civile, de renforcer les moyens, de mieux coordonner les ministères, services de l’Etat, collectivités locales (notamment les départements en charge des SDIS (Services d’incendie et de secours) et unités de protection civile, et, enfin, de transformer les Français en acteurs de la prévention civile.
Ce dernier axe est décisif. La prévention est la raison principale pour laquelle nous prônons la prise en charge de cette action globale par un ministre, c’est-à-dire par le politique, et non pas seulement par l’ensemble des acteurs opérationnels qui agissent sur le terrain : de grandes campagnes de communication, de formation et de prévention, dans les écoles, mais aussi sur les lieux de travail, sur les réseaux sociaux, dans les médias permettraient de faire connaître à tous les Français les gestes qui sauvent et les comportements à risques.
Ce même ministère redonnerait ses lettres de noblesse à l’ONF, l’Office National des Forêts, qui a été littéralement dépecé ces dernières décennies par les pouvoirs successifs. Un tiers de la superficie de la France est recouverte de forêts, un véritable patrimoine national. Mais l’outil de gestion des forêts, qui garantissait notamment la présence de gardes-champêtres, nous manque cruellement aujourd’hui.
Enfin, et ce n’est pas la moindre des priorités, il faut sérieusement se poser deux questions embarrassantes :
- Les pyromanes sont souvent des pompiers, illustration parmi d’autres faits de la grande dépression qui frappe les Français. Les pouvoirs publics devraient investir dans l’accompagnement psychologique, la détection des profils fragiles parmi les professionnels et les volontaires du feu.
- N’y a-t-il pas parfois un lien entre la multiplication des incendies et les agressions multiples dont les pompiers sont souvent victimes dans certains quartiers. Ne seraient-ce pas parfois les mêmes délinquants criminels, ces sauvageons, qui, à moto (après un rodéo urbain ?) ou autrement, mettent le feu à une forêt pour lâchement exprimer leur haine de la France ? Ce n’est qu’une hypothèse évidemment mais lorsque 40 départs de feu presque simultanés sont constatés non loin de périphéries urbaines, cela interroge.
Quoi qu’il en soit, la justice pénale doit prononcer des peines dissuasives très lourdes pour tenter de dissuader ces pyromanes. Espérons que le ministre de la justice diligentera des instructions très fermes aux procureurs généraux.
Enfin, s’il faut faire appel à la générosité publique, considérant que la forêt est un patrimoine commun pourquoi ne pas créer un grand Fonds national abondé par les particuliers, les entreprises, les assureurs qui financera le déploiement de nouveaux moyens d’intervention des forces de sécurité civile.
L’heure est à la mobilisation générale !
Michel Taube





















