
« Being Her » n’est pas seulement une exposition. C’est un geste politique discret, et c’est précisément ce qui en fait la force. Pour sa première initiative à Ibiza, Naj Harfouch a choisi la InBetween Gallery afin de confier la représentation des femmes à des femmes. Habituée à Paris et à Dubaï à faire dialoguer artistes, collectionneurs et personnalités, la commissaire déplace ici le débat là où il compte vraiment : qui regarde, qui raconte, qui décide de ce que « elle » a le droit d’être. Quatre artistes, Yulia Zinshtéin, Aidha Badr, Poppy Faun et Miranda Makaroff, occupent l’espace sans demander la permission d’un canon encore largement écrit ailleurs.
Chacune refuse l’assignation. Zinshtéin traite l’identité comme une scène, observée, performée, jamais figée. Aidha Badr convoque le symbolisme et une mythologie personnelle pour parler du désir, de l’enfance et de la construction de soi. Poppy Faun laisse la mémoire brouiller les contours et préfère l’émotion au portrait officiel. Miranda Makaroff revendique le jeu, le plaisir et le droit de se transformer. Ensemble, elles ne proposent pas une femme acceptable. Elles multiplient les possibles et contestent, sans slogan, l’idée qu’il existerait une féminité unique, lisse, exportable.
Repriser le récit plutôt que l’illustrer
Le projet assume un paysage fait de mémoire, de désir, de représentation et d’imaginaire. Les figures sont filles, amantes, muses, rêveuses, interprètes, parfois tout cela à la fois. Ce flou n’est pas un caprice esthétique. C’est une stratégie. En rendant poreuses les frontières entre souvenir et fiction, réalité et fantasme, « Being Her » retire au regard dominant le monopole de la définition. Les femmes n’y sont pas montrées pour confirmer un stéréotype. Elles y sont réinventées par celles qui les portent. À Ibiza, île souvent réduite à son décor, le geste prend une résonance particulière : l’art cesse d’être un arrière-plan mondain pour redevenir un lieu de pouvoir symbolique.
Naj Harfouch n’accroche pas seulement des œuvres. Elle organise la rencontre, invite une partie de la scène locale et fait circuler les regards. Le commissariat devient alors un acte politique autant qu’esthétique : créer les conditions d’une parole plurielle, visible, non déléguée. « Being Her » ne clame rien. Elle déplace le centre. Pour une première ibizienne, le parti pris est clair, généreux et déterminé. Les femmes n’attendent plus d’être représentées. Elles reprennent le récit.















