
Loi sur la fin de vie : omerta sur les milliards de l’aide à mourir. L’édito de Michel Taube
Il y a des lois qui dépassent les clivages politiques parce qu’elles touchent à l’essentiel : la vie, la mort et la dignité humaine. La loi sur la fin de vie, ou « aide à mourir », en fait incontestablement partie. Et plus les jours passent, plus les certitudes de ses promoteurs vacillent. Les hésitations se multiplient jusque dans les rangs de la majorité. Certains députés songent désormais à s’abstenir, d’autres pourraient ne pas voter le texte. Au sein même du gouvernement, les tensions sont manifestes. Le premier ministre Sébastien Lecornu a créé la surprise en saisissant le Conseil constitutionnel, usant d’une prérogative que lui reconnaît la Constitution. Ce simple geste illustre l’ampleur des interrogations.
Car cette loi soulève des questions vertigineuses. Comment contraindre un médecin à accomplir un acte contraire à sa conscience ? Comment imposer à un établissement de santé, notamment confessionnel, de participer à un processus qu’il réprouve profondément ? Comment considérer qu’un délai de seulement quarante-huit heures est suffisant pour permettre à une personne ayant demandé à mourir de revenir sur une décision aussi irréversible ?
À vouloir encadrer juridiquement la mort, le législateur risque d’oublier que la fragilité humaine ne se résume jamais à une procédure administrative.
Le double tabou économique que personne n’ose évoquer.
Mais il existe un autre sujet, aussi dérangeant dans ses conséquences humaines, que le débat public refuse presque totalement d’aborder : celui des conséquences économiques de cette loi.
Les mauvaises langues diront que cette nouvelle possibilité offerte d’abréger sa vie pourrait, à terme, alléger les dépenses de la branche dépendance de la Sécurité sociale. Personne n’ose l’affirmer ouvertement. Pourtant, chacun comprend que le vieillissement de la population représente un défi financier colossal pour les finances publiques. Peut-on sérieusement croire que cette dimension est restée absente des raisonnements qui ont conduit à une telle persérance de certains grands argentiers de l’Etat ?
À cette interrogation collective s’ajoute une inquiétude plus intime, plus silencieuse encore : celle des familles. La France s’apprête à connaître, dans les dix prochaines années, l’une des plus importantes transmissions de patrimoine de son histoire. Entre 6 000 et 9 000 milliards d’euros devraient changer de mains avec le vieillissement de la génération des baby-boomers.
Personne ne prétend que les futurs héritiers deviendront soudain des prédateurs et des assassins de leurs parents en fin de vie. Mais peut-on exclure que, dans certaines familles déjà déchirées par les conflits d’argent, des pressions psychologiques s’exerceront sur des personnes âgées ou vulnérables ? Le droit ne peut pas ignorer les faiblesses de la nature humaine.
La compassion ne doit jamais conduire à l’aveuglement. Une société qui autorise la mort administrée doit être capable d’anticiper toutes les dérives possibles, y compris celles que personne ne souhaite regarder en face. Derrière les grands principes affichés se cachent parfois des réalités beaucoup moins nobles : des contraintes budgétaires, des intérêts patrimoniaux, des solitudes insupportables.
Cette loi ne transformera peut-être pas seulement notre droit. Elle pourrait bouleverser notre rapport à la vieillesse, à la maladie, à la solidarité et à la famille. Avant de franchir ce pas historique, la France mérite un débat d’une honnêteté absolue. Sans tabous. Sans omerta. Et surtout sans sacrifier les plus fragiles sur l’autel des bonnes intentions.
La loi Leonetti avait construit un consensus national qu’ils serait dangereux de briser.
Et au final, la France ferait mieux d’investir massivement dans les soins palliatifs et l’accompagnement personnalisé des aînés et ne pas toucher à des questions aussi intimes !
Michel Taube



















