Opinion Outre-Mer
08H18 - vendredi 10 juillet 2026

In memoriam Georges Dorion, par Michel Ponnamah

 

In memoriam Georges Dorion, par Michel Ponnamah

Parfois, la mort vous tire, comme un tapis sous les pieds, d’une discrétion existentielle que vous cultiviez quotidiennement comme un jardin fleuri, tout en vous concédant néanmoins le temps de vous résigner à cette inexorable fin.

C’est peut-être une des ultimes pensées qui ont traversé la conscience de Georges Dorion avant de nous quitter.

Paix à son âme, et mes condoléances à sa famille, à ses proches, à ses amis, ainsi qu’à ses anciens collègues de Martinique et d’ailleurs.

Georges n’était d’aucune obédience, d’aucune chapelle ni d’aucune Église. C’était un libre-penseur qui avait pour socle l’éducation familiale et la culture qu’il avait engrangée durant les décennies d’une longue existence quasi séculaire, riche d’une expérience humaine complexe dont il s’était attaché à rechercher la cohérence interne ou à en explorer les désordres.

À lui tout seul, il était une école de la rigueur intellectuelle, qui ne concédait rien à l’opportunisme, au buzz, à l’approximation, et encore moins au populisme. Cet énarque, haut fonctionnaire de la santé, dont le pragmatisme m’amenait, admiratif, à le qualifier d’ingénieur en politiques publiques, n’avait aucune difficulté à analyser les problématiques de société ni à en porter les diagnostics les plus pertinents qui soient.

Je fus étonné que ses compétences et son expérience des missions publiques comme grand commis de l’État n’aient pas été sollicitées par ceux qui ont exercé, ou exercent encore, des responsabilités politiques dans cette Martinique, pays d’origine de ce Lucéen saisonnier. Nul n’est prophète en son pays, mais Georges Dorion n’était pas non plus un ancien combattant. Son audience comme ancien président du CASODOM (association œuvrant en faveur des Ultramarins vivant en France hexagonale) et de l’Association Réseaux des Talents de l’Outre-mer (visant à promouvoir l’expertise des jeunes Ultramarins) demeure d’une actualité certaine. Les membres de ces associations, qui l’ont côtoyé, pleurent aujourd’hui sa disparition.

Retiré des affaires publiques, tout en respectant l’éthique du haut fonctionnaire, Georges Dorion s’autorisait, en compatriote libre et éclairé, à donner son avis sur l’état du monde et, singulièrement, sur la dégradation de la vie martiniquaise.

Avec certains amis, nous avions partagé avec Georges des moments de convivialité créole qui ne suffisaient pas à dissiper son inquiétude quant à la situation préoccupante que connaît notre Martinique, où les spéculations portant sur l’obsédante quête de souveraineté semblent constituer les préoccupations primordiales de la gouvernance locale, au détriment des attentes de la population en matière de politiques publiques.

Aussi, la réflexion que Georges Dorion a développée dans son ouvrage Sans détour. Les convictions d’Hippolyte (Éditions Trois Colonnes) constitue-t-elle une excellente introduction à la compréhension des problématiques auxquelles sont confrontés les citoyens martiniquais et ultramarins.

Dans cette besace qu’il nous a laissée, il a mis du cœur, de la mémoire, de l’expérience et de la réflexion : une tranche de l’existence humaine de ce grand Martiniquais qu’il fut, et dont l’identité insulaire reste indissociable des valeurs républicaines de laïcité, de justice sociale, de culture, de progrès et de démocratie qu’il a farouchement défendues et promues.

Amitiés et gratitude.

 

Michel Ponnamah

Proviseur honoraire

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