Opinion Outre-Mer
00H12 - vendredi 10 juillet 2026

AMPI et boulangers pâtissiers de Martinique : l’Etat veut-il délocaliser les emplois industriels locaux ?

 

AMPI et boulangers pâtissiers de Martinique : l'Etat veut-il tuer les emplois industriels locaux ?

Le saviez-vous ? Il y a des industries dans les Outre-mer. Et pas que du nickel en Nouvelle-Calédonie. Dans la plupart des territoires d’Outre-mer, des industries concourent à la production de biens, d’énergie et de services.

Malheureusement en Martinique, la pérennité de centaines d’emplois Martiniquais est menacée parmi les producteurs de farine, les producteurs d’alimentation animale, les artisans-boulangers. 

En effet, la Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF) du ministère de l’agriculture s’apprête à examiner ce 9 juillet une augmentation des aides destinées à l’importation d’aliments composés finis sur le territoire antillais, – le fameux Régime Spécifique d’Approvisionnement (RSA) -, alors même qu’une offre de production industrielle locale existe. 

Pour Charles Larcher, président de l’AMPI, et Miguel Beaujolais, président de la Fédération de la boulangerie et boulangerie – pâtisserie de Martinique, « subventionner l’importation d’aliments finis, c’est affaiblir la production locale et contribuer à l’augmentation du prix du pain ! »

Il faut bien comprendre que les besoins de financement pour l’importation de matières premières destinées à la transformation locale ne sont couverts qu’à hauteur de 60 %.

Les acteurs de la production industrielle locale rappellent un principe simple : lorsqu’une offre est fabriquée sur le territoire à un prix compétitif, le Régime Spécifique d’Approvisionnement (RSA), une aide dédiée pour accompagner et encadrer l’importation des matières premières utiles aux producteurs locaux, doit la soutenir en priorité, et non financer l’importation de produits finis qui lui font directement concurrence.

Les crises récentes ont montré combien il est important que la Martinique puisse produire davantage sur son territoire. Développer la production locale permet de mieux faire face aux difficultés d’approvisionnement, de préserver des emplois qualifiés et de renforcer l’économie martiniquaise.

Le RSA financé via le POSEI, a justement été créé pour compenser les surcoûts liés à l’éloignement des territoires ultramarins tout en favorisant leur développement économique.

Aujourd’hui, les industriels martiniquais constatent que les aliments pour animaux produits sur l’île sont vendus à des prix nettement inférieurs à ceux de certains produits importés bénéficiant déjà du RSA.

Selon les comparaisons réalisées à partir de factures, les écarts de prix peuvent atteindre de 74 % à plus de 100 % selon les produits.

Dans ces conditions, augmenter les aides accordées aux aliments déjà fabriqués à l’extérieur de la Martinique fragiliserait dangereusement la production locale et les emplois associés et ce à la faveur d’une production hexagonale. Cette situation n’est pas compréhensible alors même que la production locale répond aux besoins des éleveurs et des consommateurs et participe à l’économie du territoire.

Les professionnels rappellent également que les aides destinées au soja non OGM avaient été mises en place pour permettre l’importation de matières premières transformées ensuite en Martinique, et non pour encourager l’importation de produits déjà fabriqués.

À ce jour, rien ne démontre qu’une augmentation de ces aides à l’importation ferait baisser le coût de l’alimentation animale pour les éleveurs ou le prix des produits alimentaires pour les consommateurs.

Pire, les industriels tirent la sonnette d’alarme : en subventionnant l’importation d’aliments finis au détriment de la transformation locale, c’est toute la filière céréalière martiniquaise qui serait fragilisée.

La réduction des débouchés pour les sons de blé aujourd’hui valorisés dans l’alimentation animale fabriquée localement, entraînerait une augmentation des coûts de production de la farine pour les deux moulins de l’île. Cette hausse se répercuterait inévitablement sur les artisans boulangers, les commerces de proximité et la grande distribution, avec des conséquences directes pour les consommateurs, notamment sur le prix du pain et des produits dérivés.

Les représentants de la filière appellent donc au maintien des règles actuelles du RSA pour 2027.

Ils souhaitent que les décisions prises continuent de soutenir en priorité la production industrielle locale, l’emploi, la création de valeur en Martinique et la souveraineté alimentaire du territoire.

 

Opinion Internationale

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