Opinion Outre-Mer
14H37 - mercredi 8 juillet 2026

Le jour où nous déplacerons réellement la montagne Pelée ! Lettre ouverte à Serge Lectchimy d’un enfant de Césaire

 

Le jour où nous déplacerons réellement la montagne Pelée ! Lettre ouverte à Serge Lectchimy d’un enfant de Césaire

Il est des jours où l’Histoire ne fait pas de bruit. Elle arrive simplement… avec de l’eau au robinet.

Ces instants sont rares. Ils ne se mesurent ni à l’épaisseur d’un accord-cadre, ni au nombre de signatures qu’il porte, mais au bruit discret d’un bus qui passe enfin à l’heure, d’une poubelle que l’on vide avant qu’elle ne déborde, d’une facture d’eau qui ne donne plus le vertige.

Nous attendons ce jour-là avec une patience qui commence à ressembler à une vocation.

Depuis des années, nous aussi poursuivons une longue marche. Elle ne conduit pas vers une nouvelle architecture institutionnelle. Elle conduit simplement vers un service public qui fonctionne.

Nous rêvons d’un pays où l’eau coule tous les jours sans ruiner personne. Où les robinets ne sont plus des machines à espérer. Où les réseaux fuient moins que les discours. Nous rêvons d’une île où les bus circulent davantage que les communiqués de presse. Où les déchets trouvent plus facilement le chemin du centre de traitement que celui des ravines. Où les entreprises qui réalisent des travaux pour la Collectivité n’ont pas à financer elles-mêmes les retards de paiement de leur principal client. Où les associations n’attendent plus des mois, parfois des années, les subventions qui leur ont pourtant été promises. Où les fonds européens arrivent jusqu’aux entreprises avant d’être rattrapés par les labyrinthes administratifs.

Voilà notre accord-cadre.

Voilà notre réforme institutionnelle.

Mes pensées se tournent naturellement vers Aimé Césaire. Je doute qu’il ait rêvé d’une Martinique où l’on puisse disserter des heures sur les institutions pendant que les citoyens se demandent simplement si le bus reviendra demain matin. La dignité dont il parlait commence peut-être là. Dans une école qui ouvre normalement. Dans une route entretenue. Un lycée propre. Dans une administration qui répond. Dans une facture réglée dans les délais. Dans un marché public exécuté sans parcours du combattant. Dans une parole publique qui produit davantage de résultats que de poésie.

Il est parfois des combats qui dépassent les femmes et les hommes qui les portent. Mais il est aussi des grèves qui bloquent. Des services qui s’arrêtent. Des entreprises qui ferment. Des familles qui quittent leur île. Des jeunes qui attendent un bus qui ne vient plus.

Ces combats-là sont moins lyriques. Ils sont simplement quotidiens.

Aujourd’hui, nous ressentons une émotion que les mots peinent à contenir. Non pas celle d’un peuple qui voit enfin naître une nouvelle organisation institutionnelle. Mais celle d’un peuple qui imagine, un instant seulement, ce que serait une Martinique où les compétences déjà transférées seraient simplement exercées avec efficacité.

Imaginez. I have a dream comme disait un illustre Monsieur…

Un matin.

Les déchets sont ramassés. Les routes sont entretenues.

Les entreprises sont payées.

Les associations reçoivent leurs subventions.

Les fonds européens arrivent avant leur date de péremption.

L’eau coule.

Les bus roulent.

Les services répondent.

Les citoyens n’ont plus besoin d’écrire des lettres ouvertes pour réclamer l’ordinaire.

Ce jour-là, Monsieur le Président, nous déplacerons réellement la montagne Pelée.

Car il est des portes que l’on ne franchit qu’une seule fois dans la vie d’un peuple. Et il est des robinets que l’on aimerait simplement pouvoir ouvrir tous les jours.

Le dernier mot reviendra toujours au peuple martiniquais, parait-il. Non lorsqu’il lui sera demandé de choisir un nouveau statut. Mais lorsqu’il constatera, enfin, que les responsabilités déjà confiées produisent des résultats visibles.

Car notre plus grand rêve n’est pas de changer la République. Notre plus grand rêve est plus modeste. Et sans doute plus révolutionnaire. Nous aimerions simplement vivre dans une Martinique où les services publics fonctionnent aussi bien que les grandes déclarations.

Et ces services publics, Monsieur Letchimy, ils sont de votre ressort !

 

Un enfant de Césaire

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Directeur de la publication