Ce serait une erreur de considérer l’accord-cadre dit solennel sur l’autonomie, signé entre l’État et la Collectivité territoriale de Martinique le 1er juillet 2026, comme une simple évolution administrative destinée à donner à terme davantage de souplesse locale.
Cet accord intervient dans une séquence politique beaucoup plus large. Il arrive après le Congrès de Rupture fin 2025 qui, au sein de l’Assemblée de la Collectivité Territoriale de Martinique, a adopté une résolution affirmant une volonté de rupture de tous les élus martiniquais présents (certains, très peu nombreux, ont dit non par leur absence) avec la France.
L’accord-cadre signé avec l’Etat ne porte plus uniquement sur l’adaptation de certaines normes ou sur une meilleure organisation institutionnelle. Le mot « rupture » a été imposé dans le débat public par tous les élus et juste retiré de l’accord ca rla pilule ne serait pas passée. Mais un mot aussi lourd de sens ne peut pas être traité comme un simple élément de langage.
Depuis plusieurs années, une trajectoire politique s’est dessinée après le vrai seul changement historique de 1946.
En 1946, Aimé Césaire défendit la départementalisation, qu’il inscrivait alors dans une logique d’égalité et d’assimilation à la République française.
En 2016, la création de la Collectivité territoriale de Martinique devait répondre à un objectif précis : simplifier l’action publique, gagner en efficacité et permettre une meilleure adaptation des politiques publiques aux réalités locales.
Dix ans plus tard, avant même d’avoir tiré un bilan d’étape de cette fusion du département et de la région (il faut dire que le bilan serait catastrophique), la Martinique voudrait déjà ouvrir un nouveau chantier statutaire.
C’est cette accélération qui interroge et encore plus la participation de l’Etat.
S’agit-il uniquement d’une adaptation institutionnelle ? Ou sommes-nous face à une étape supplémentaire dans une trajectoire qui pourrait conduire, à terme, vers une autonomie renforcée puis une indépendance ?
C’est précisément ce qui explique les inquiétudes exprimées aujourd’hui par une partie importante du paysage martiniquais.
Les Républicains de Martinique et leur président Yan Monplaisir dénoncent un accord qu’ils qualifient d’« histo-risque ».
Le Gran Sanblé Pou Matinik, une des seules formations politiques avec Yann Monplaisir à s’être prononcée sur cette signature, pourtant favorable à une évolution institutionnelle, critique la méthode et estime que l’accord ne reprend pas certaines orientations politiques affirmées par le Congrès de Rupture.
Le monde économique, réuni autour de MARTINIQUE ÉCONOMIQUE, dit non et réclame des garanties, une étude d’impact et une démonstration de l’intérêt économique de cette réforme mais aussi un audit de ces 10 années de la CTM.
Ces positions différentes ont un point commun : l’accord-cadre ne rassemble pas. Il inquiète. Il interroge.
Il ouvre davantage de questions qu’il n’apporte de réponses.
La Martinique traverse aujourd’hui des crises profondes : crise économique, crise sociale, crise démographique, crise de confiance, insécurité croissante, difficultés des entreprises, perte d’attractivité et fragilité financière des collectivités publiques. Ces crises ont pris une ampleur plus forte, plus profondes après le choc du RPPRAC et l’insurrection de l’automne 2024 dont la Martinique peine à se relever. D’ailleurs Serge Letchimy et sa rupture sont une forme de réplique du séisme de 2024 et s’inscrivent intelellectuellement dans une continuité funeste.
Dans ce contexte, la priorité des Martiniquais n’est-elle pas d’abord de produire plus, de créer davantage d’emplois, d’attirer des investissements, de restaurer le pouvoir d’achat et d’améliorer concrètement la vie quotidienne ?
Un changement de statut ne crée pas de richesse.
Une nouvelle organisation institutionnelle ne remplace ni une stratégie économique, ni une politique d’investissement, ni une capacité de production.
Le débat idéologique ouvert par l’accord-cadre nous éloigne des solutions aux vraies préoccupations concrètes de la population.
Vous en voulez une preuve flagrante ? La signature surprise de l’accord cadre sur l’autonomie la semaine dernière a totalement occulté la conférence régionale sur la sécurité qui a pourtant réuni des centaines de cadres et de dirigeants des polices et des gendarmeries des Amériques et qui a lancé l’Appel de Martinique pour déclarer la guerre contre le narcotrafic.
Eh bien, à peu près personne n’en a parlé car l’accord-cadre est passé au premier plan.
Occasion manquée, une de plus, d’adresser une déclaration de guerre aux barbares et aux criminels qui eux accélèrent l’empoisonnement des Antilles !
Enfin, l’Etat a beau jeu de dire que ce sont les élus locaux qui demandent l’autonomie dans leur immense majorité. C’est vrai ! Mais que les élus restés silencieux osent se lever enfin pour dire NON. Trop d’entre eux restent silencieux.
Et que tous ceux qui ont voté la rupture osent regarder les Martiniquais dans les yeux : dans leur grande majorité, comme lors du référendum de 2010, les Martiniquais sont contre l’autonomie, comme nous l’avons dit au ministre Barrot à Madiana la semaine dernière.
Enfin, contrairement aux dires de l’Etat, ce n’est pas que les Martiniquais qui auront le dernier mot ! Mais le peuple français dans son ensemble.
L’unité de la nation, ça existe encore !
Michel Taube




















