Edito
09H11 - mercredi 8 juillet 2026

Islamisme politique : la Chambre des députés italienne appelle à une riposte face aux Frères musulmans

 

Islamisme politique : la Chambre des députés italienne appelle à une riposte face aux Frères musulmans

La question de l’islamisme politique et de l’influence des Frères musulmans sur les sociétés européennes s’est imposée au cœur des débats lors de la conférence « Intégration : les implications de la présence des Frères musulmans en Europe », organisée à la Chambre des députés italienne par le Département pour l’intégration des communautés étrangères de la Ligue, présidé par l’ancienne députée Souad Sbai. La rencontre s’est tenue dans une salle de la Chambre dominée par une représentation de la bataille de Lépante, symbole historique des affrontements entre l’Europe chrétienne et l’Empire ottoman.

Animée par Daniele Capezzone, directeur du quotidien Il Tempo, la conférence a réuni les représentants de TRENDS Global Group, un centre de recherche basé à Abou Dhabi dirigé par le Dr Mohammed Abdullah al-Ali. Le think tank a présenté un indice mondial destiné à mesurer le poids, l’influence idéologique et les capacités d’action des Frères musulmans, en s’appuyant sur des travaux de recherche et des outils numériques. « Le défi posé par l’islamisme aux sociétés européennes ne se limite plus à la sécurité », a déclaré Mohammed Abdullah al-Ali. « Il est devenu un défi institutionnel et idéologique qui s’exerce à travers les structures éducatives, culturelles et la société civile. » Selon lui, la stratégie de la Confrérie repose sur une implantation progressive et sur l’utilisation des libertés offertes par les démocraties occidentales afin de promouvoir un projet présenté comme incompatible avec le pluralisme, l’égalité entre les citoyens et l’État de droit. Les chercheurs de TRENDS ont également mis en avant le rôle des réseaux associatifs, des structures éducatives, du numérique et de l’intelligence artificielle dans la diffusion de cette idéologie.

En Italie, cette approche est désormais portée par un partenariat entre TRENDS Global Group et l’Institut Milton Friedman. Son directeur exécutif, Alessandro Bertoldi, est intervenu aux côtés du professeur Alexandre Del Valle. Bertoldi a expliqué que cette coopération devait fournir aux institutions italiennes des outils d’analyse destinés à mieux appréhender les mécanismes de l’islamisme politique. Alexandre Del Valle a insisté sur la distinction entre l’islam comme religion et l’islamisme politique, estimant que les Frères musulmans développent une stratégie de long terme fondée sur l’exploitation des mécanismes démocratiques et des vulnérabilités des sociétés occidentales pour accroître leur influence. Selon lui, l’accusation d’« islamophobie » est parfois utilisée pour discréditer toute critique de l’islamisme politique et empêcher un débat de fond sur le sujet.

La conférence a également réuni les chercheurs seniors Hamad al-Hosani et Badriya al-Riyami, ainsi que le directeur général de l’Institut Milton Friedman, Dario Peirone. Professeur à l’Université de Turin, celui-ci a plaidé pour un renforcement de la formation universitaire, regrettant l’absence de véritables enseignements consacrés à l’extrémisme islamique et aux Frères musulmans dans de nombreux cursus juridiques.

« L’Europe traverse une crise de ses modèles d’intégration », a estimé l’ancienne députée Souad Sbai. « Il faut davantage de rigueur, davantage de données et moins d’idéologie. » Les intervenants ont enfin insisté sur le rôle central des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle dans la diffusion des discours idéologiques et la conquête des jeunes générations, appelant à renforcer les politiques de prévention dans l’espace numérique. Une analyse qui renvoie au « paradoxe de la tolérance » formulé par Karl Popper : une démocratie ouverte ne peut préserver ses libertés que si elle est également capable de se protéger contre ceux qui chercheraient à les utiliser pour remettre en cause ses propres fondements.

Emma Ray