Edito
09H40 - vendredi 20 février 2026

Soutenir nos paysans, c’est venir au Salon de l’agriculture nouvelle formule. L’édito de Michel Taube

 
Soutenir nos paysans, c’est venir au Salon de l’agriculture nouvelle formule. L’édito de Michel Taube

36 races françaises composent le cheptel de bovins en France

Il y a des rendez-vous qui dépassent la simple logique événementielle pour devenir des marqueurs de l’état d’une nation. Le Salon International de l’Agriculture est de ceux-là. En 2026, plus que jamais, ce grand rituel républicain se réinvente sans renier son âme. Dans un contexte agricole tendu, marqué par les crises sanitaires, les incertitudes économiques et la fatigue d’un monde paysan trop souvent mal compris, le message martelé par les organisateurs résonne comme un appel civique. Venir, c’est soutenir. Et soutenir, c’est déjà agir.

Le pari de cette 62ème édition est audacieux. Privé cette année de la présence de bovins en raison de la dermatose nodulaire contagieuse, le Salon aurait pu perdre de sa superbe. Il n’en est rien. Les vraies stars, ce sont les éleveurs et les paysans !

Côté bovins, si les vaches seront absentes (enfin… pas tout à fait grâce à Opinion Internationale qui vous en dira plus dimanche avec Biguine, la vache égérie de l’édition 2026, de race brahman, élevée en Martinique), des milliers de bêtes seront présentes, dont le prince des animaux, le cheval. Le SIA est le plus grand rendez-vous français des équidés !

Cette année, plus que jamais, les organisateurs ont choisi la résilience plutôt que la résignation. Ils ont transformé la contrainte en démonstration de vitalité. Le Salon version 2026 ne sera pas un Salon au rabais. Il se veut un Salon autrement, recentré sur ce qui fait sa force profonde : la rencontre entre la France qui produit et la France qui consomme.

« Le Salon compte. Il rassemble. Il fédère », insiste Jérôme Despey, président du Salon International de l’Agriculture et du SIA’PRO. Derrière ces mots simples se cache une conviction forte : le lien entre le monde agricole et la société reste intact, pour peu qu’on lui offre des lieux d’expression. Depuis plus de soixante ans, le Salon joue ce rôle de trait d’union. Il permet à un enfant de découvrir un métier, à une famille de comprendre ce qu’elle mange, à un professionnel de transmettre son savoir-faire. Bref, il remet de l’humain dans une chaîne alimentaire trop souvent réduite à des statistiques.

Ce qui frappe dans cette édition, c’est la volonté assumée d’apaisement et d’imagination. À rebours des tensions qui traversent régulièrement le débat agricole, les organisateurs revendiquent un « lieu de débat, pas de combat », selon la formule de Jérôme Despey. Et un laboratoire géant des solutions pour anticiper sur l’avenir du monde agricole. La nuance est essentielle. Le Salon ne nie pas les difficultés du monde paysan. Il choisit de les mettre en perspective, de montrer aussi les innovations, les transmissions en cours. L’espoir et l’action plutôt que la colère.

Le thème de l’édition 2026 « Générations Solutions » n’a donc rien d’un slogan creux. Il traduit une orientation stratégique. AGRI’TECH, AGRI’MÉTIERS, Maison des vétos, espaces pédagogiques renforcés : tout concourt à montrer une agriculture qui innove, qui recrute, qui se transforme. L’enjeu est clair. Redonner de l’attractivité à des métiers indispensables à la souveraineté alimentaire du pays.

Arnaud Lemoine, directeur du CENECA, organisateur du Salon, le dit sans détour. L’agriculture française se trouve « entre souveraineté alimentaire et indépendance économique », et il est « grand temps de redonner espoir et perspectives, notamment aux jeunes qui s’engagent dans les métiers agricoles ». Et Valérie Le Roy, directrice du Salon d’ajouter : « C’est souvent au Salon que naissent les premières questions, les premières vocations et une compréhension plus concrète de ce que représente l’agriculture dans nos vies quotidiennes ».

 

Un signal politique et populaire

Il ne faut pas s’y tromper. Derrière l’événement festif se joue aussi une bataille culturelle. Dans une France urbaine de plus en plus éloignée des réalités agricoles, le Salon demeure l’un des rares moments de reconnexion nationale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : près de 600 000 visiteurs attendus, plus de 1 100 exposants, 3 500 animaux, 30 pays représentés. Le Salon reste le premier événement agricole de France, et sans doute l’un des derniers lieux de consensus populaire.

Le Salon a toujours été en phase avec le monde paysan. La campagne « venir c’est soutenir » n’est pas une formule marketing. Elle exprime les attentes du monde agricole lui-même. Les éleveurs, y compris bovins malgré leur absence physique sur les rings, seront présents pour expliquer leurs métiers, dialoguer, convaincre. Le pari est pédagogique avant d’être médiatique.

Dans cette logique enfin, la mise à l’honneur de la Côte d’Ivoire n’est pas anodine. Elle rappelle que l’agriculture française ne vit pas en vase clos. Elle s’inscrit dans des coopérations internationales, des échanges de savoir-faire, des défis communs autour du climat, de la souveraineté alimentaire et du renouvellement des générations.

Au fond, le Salon 2026 est un tournant, le salon du rebond vers une renaissance agricole. Test de mobilisation du public. Test de confiance envers les agriculteurs. Test de capacité d’un grand événement populaire à se réinventer sans se diluer.

Les organisateurs ont fait leur part du chemin. Dispositif d’accueil renforcé, accessibilité accrue, code de conduite SIA’ttitude, programmation densifiée, espace « agri’culture » développé : tout est prêt pour accueillir un public que Jérôme Despey appelle de ses vœux « en famille, entre amis, en professionnel curieux ou en citoyen attentif ».

Car oui, dans la France de 2026, venir au Salon de l’Agriculture n’est plus seulement une sortie familiale. C’est un geste de reconnaissance. Presque un acte civique. Une manière simple de dire à celles et ceux qui nous nourrissent qu’ils ne sont pas seuls.

Et si, finalement, la nouvelle formule du Salon avait cette vertu rare : nous rappeler que la souveraineté alimentaire commence toujours par un visage, une poignée de main… et une présence tous ensemble dans un rendez-vous patriote et ouvert sur le monde.

 

Michel Taube

Directeur de la publication