
Pendant longtemps, l’Inde était connue dans le monde pour ses épices, ses textiles, puis plus récemment pour ses services informatiques. Mais aujourd’hui, le pays redéfinit son image et sa stratégie de développement. Il est désormais un pionnier des infrastructures numériques, un acteur géopolitique stable et il devient un poids lourd de la fabrication de semi-conducteurs.
Cette transformation est déjà tangible. Le système de paiement numérique indien UPI est désormais accepté à l’international, y compris dans des lieux emblématiques à Paris comme la tour Eiffel ou les Galeries Lafayette. L’Inde n’est plus seulement un prestataire de services : elle devient un influenceur technologique mondial.
Le pays se place également au cœur des débats technologiques. Le sommet indien sur l’impact de l’IA 2026 qui se tient actuellement à New Delhi (16–20 février), rassemble les premiers ministres, chefs d’Etat, dont Emmanuel Macron, PDG et responsables politiques venus de plus de 135 pays. L’objectif est clair : l’Inde veut peser sur l’avenir de la technologie mondiale, tout comme elle a marqué les esprits lors du G20 de 2024.
Et maintenant, l’Inde veut viser encore plus haut : les semi-conducteurs.
Une ambition stratégique
Les semi-conducteurs sont au cœur de l’économie moderne. Voitures, systèmes de défense, réseaux télécoms, centres de données et intelligences artificielles : rien ne fonctionne sans eux. Contrôler la production de puces est devenu une question de sécurité économique.
Pour relever ce défi, l’Inde a lancé la India Semiconductor Mission, un plan ambitieux combinant incitations publiques, expertise privée et partenariats internationaux. Contrairement aux initiatives passées, celle-ci mise sur une approche pragmatique : d’abord développer des puces matures et intermédiaires (28–110 nm) pour l’automobile, l’industrie et les télécoms, avant de viser les puces sub-10 nm.
Partenariats et coopération
Les ambitions indiennes reposent sur l’ouverture internationale. Les entreprises japonaises et taïwanaises y jouent un rôle clé, à l’instar de Powerchip Semiconductor Manufacturing Corporation, déjà impliquée dans des projets de transfert technologique et de fabrication conjointe.
Les semi-conducteurs ne se développent pas isolément : ils nécessitent des matériaux spécialisés, des ingénieurs qualifiés et une intégration poussée de la chaîne d’approvisionnement. L’Inde attire ainsi progressivement des investissements étrangers dans la fabrication, la conception et l’assemblage avancé, construisant sa propre chaîne de valeur complète.
La fab Tata : symbole de l’essor indien
Le projet phare reste l’usine Tata Electronics à Dholera, Gujarat, une ville industrielle intelligente et écologique. Avec un investissement supérieur à 10 milliards d’€, elle produira 50 000 wafers par mois pour les secteurs automobile, télécoms et IA. Mais au-delà de la production, le projet devrait dynamiser tout un écosystème industriel, des matériaux à la logistique.
Un signal positif pour l’Europe
La montée en puissance de l’Inde dans les semi-conducteurs relève avant tout de la souveraineté, mais ce n’est pas un modèle fermé, construit sur l’isolement. Il repose sur le partenariat, la collaboration et l’intégration aux chaînes d’approvisionnement mondiales.
Dans un contexte de tensions technologiques globales, entre changements de politique aux États-Unis et expansion chinoise, l’Inde se distingue comme un partenaire stable, ouvert et ambitieux. Pour la France et l’Europe, c’est un signal positif. Il ne s’agit pas de perturbation, mais de diversification et d’une opportunité de coécrire le prochain chapitre de technologie mondiale.
Biren Shah
Expert en gestion de projets internationaux, conseiller de la rubrique Opinion India

















