
David Charlet bonjour, vous êtes le président de l’ANACOFI. Pourriez-vous vous présenter ?
Nous représentons les métiers du conseil et de l’intermédiation financière, plus précisément les courtiers et conseils en gestion et patrimoine, les conseils en finance et développement d’entreprise et les courtiers et conseils en banque, finance et assurance plus les agents immobiliers spécialisés patrimoine et entreprise.
L’adoption définitive du budget 2026 de l’Etat est enfin imminente. S’agit-il pour vous d’un budget socialiste et quelles en seront les principales conséquences pour vos adhérents et entrepreneurs ?
Il l’est au moins partiellement. Cependant un budget « socialiste » s’il était financé et sans effets négatifs sur les entreprises pourrait ne pas nous poser de problème. Nos membres peuvent être de tous les partis ou presque.
Est-ce socialiste que de vouloir une retraite à 62 ans dans un système par répartition pensé au départ pour des retraités qui vivaient 6 ou 7 ans contre 20 aujourd’hui et qui en arrive à 2 cotisants pour un bénéficiaire ?
Est-ce socialiste de penser une retraite à 62 ans quand partout en Europe les Etats, devant les mêmes problématiques, passent ou se rapprochent de 67 ans ?
Est-ce socialiste de vivre à crédit et de voir notre production et notre richesse par français baisser ?
Est-ce socialiste que d’oublier l’immobilier comme une source de richesse nationale et un besoin, ou encore, de prioriser un développement de l’économie solidaire punitive, qui oblige à la décroissance, alors que d’autres voies existent ?
Est-ce socialiste de multiplier les normes et contraintes pesant sur les entreprises qui, rappelons-le, payent les salaires et rémunèrent les investisseurs, d’ailleurs étant souvent les deux à la fois ?
Malheureusement, il semble bien que quel que soit le parti au pouvoir, on sait faire les constats mais pas résoudre les problèmes. C’est cela qui provoque l’affaiblissement économique de notre pays.
Alors oui, formellement le gouvernement a dû se plier à des exigences du parti socialiste pour faire passer un budget. Mais le problème de ce budget est qu’il est un compromis dans un univers sans moyens et pour lequel il a été nécessaire d’oublier toute stratégie de long terme, excepté peut-être concernant la relance de l’immobilier et la défense, encore que nous pourrions discuter le niveau d’efficacité potentiel de ce qui a été voté, par rapport aux besoins.
En fait, ce budget 2026 de l’État est comme beaucoup de nos politiques : trop loin des réalités de l’économie.
Quel bilan tirez-vous de cette période d’instabilité budgétaire ?
Dans l’instabilité politique et fiscale, les entreprises que nous accompagnons ont du mal à se projeter dans l’avenir. Nous avons été aussi subjugués par la teneur des débats publics, sur la taxation des plus fortunés, sur l’ISF, sur ce manque d’égard vis-à-vis des entrepreneurs. Enfin, on nous avait aussi promis de la simplification des règles et des normes. Où est-elle ? On nous l’annonce encore et encore, mais ce que nous voyons c’est que cela avance lentement du côté du législateur et que les administrations qui en ont le pouvoir, produisent de nouvelles normes.
Nos politiques ne doivent pas oublier que pendant ces mois de tergiversation nos concurrents et voisins, eux, avancent et ont créé de la richesse. Ils disposent de stabilité fiscale et peuvent se concentrer sur l’innovation et l’investissement. Le résultat en est que nous venons tous de découvrir qu’en matière de revenu par Français, nous sommes passés sous la moyenne européenne !
De même, à Strasbourg et Bruxelles, des négociations européennes extrêmement importantes avancent sur de nombreux dossiers qui concernent nos adhérents et sur lesquelles la France est maintenant quasiment absente, parce que nos ministres ont été tellement accaparés par le vote du budget à Paris ou remplacés, qu’ils ont été en incapacité de tenir correctement leur place de négociateur.
Lorsque vous avez un ministre qui ne sait pas très bien ce qu’il peut se permettre de négocier au nom de la France, parce que son avenir est incertain ou que son gouvernement n’a pas de majorité au Parlement, et qu’autour de la table des 27, vous avez des représentants de gouvernements qui savent très précisément ce qu’ils peuvent demander et jusqu’où ils peuvent aller, cela affaiblit la position française dans ce type d’instances et ne permet pas une bonne défense de nos avantages comparés, donc de nos entreprises, qui créent la ressource qui irrigue toute l’économie Française et permet de payer les citoyens consommateurs et leur niveau de vie. Qui ne le comprendrait pas ?
Les élections municipales sont le prochain rendez-vous politique pour les Français. Pour l’ANACOFI, l’élection d’un maire est-elle un enjeu professionnel pour ses adhérents ?
Elle ne l’est pas dans tous les domaines mais elle l’est dans certains.
La définition des droits ou contraintes des entreprises que nous représentons ne dépend pas des élections municipales. Cependant l’offre immobilière en dépend. Or cela représente 60% du patrimoine des Français que nous conseillons sur ces sujets et une partie de leurs revenus.
L’accueil des entreprises, leur capacité d’implantation et l’écoute de leurs besoins peuvent également en dépendre. Certaines politiques municipales confinent à la catastrophe aujourd’hui, quand d’autres, en œuvre dans des localités immédiatement limitrophes, leur permettent de voire arriver habitants et entreprises.
La question de savoir ce qu’est une ville est posée aujourd’hui, au moment où nous cherchons à moins artificialiser les sols. Les capitales allemandes, espagnoles, belges, italiennes sont en croissance, on y concentre de la population, alors que la nôtre se vide au profit de certaines autres villes de la région. Il est impossible de ne pas y voir soit un effet négatif d‘une politique qui a échoué, soit une volonté assumée mais à contre-courant de celle de ses rivales.
L’enjeu est donc pour nous une question de situation de nos clients et pour le reste, le même que pour toutes les entreprises, à ceci près que nous ne sommes ni des commerçants de centre-ville, ni des industriels, ce qui limite nos attentes.
Quelles sont les priorités de l’ANACOFI pour 2026 ? Préparez-vous déjà les élections présidentielles ?
La situation est tellement confuse, que nous sommes surtout dans la réaction aux propositions qui partent dans tous les sens. Aujourd’hui nous répondons à plusieurs consultations par semaine, alors même que peu des projets de textes et travaux auxquels nous participons auront une suite.
Quand le match commencera vraiment et comme à chaque fois, nous produirons nos positions générales et possiblement des commentaires et analyses des programmes. D’ici là, certains candidats viendront certainement nous parler, ne serait-ce que parce que nous représentons la principale organisation de flécheurs des capitaux par le conseil. Nous avons donc une bonne idée de ce qui peut avoir une chance de fonctionner en la matière. Nous aviserons alors.
Propos recueillis par Michel Taube



















