
Au terme d’une semaine diplomatique aussi folle qu’imprévisible, où Donald Trump aura successivement occupé la scène à Davos, lancé son Forum de la paix, avancé puis reculé sur le Groenland, reculé sur la menace des droits de douane et entretenu son bras de fer permanent avec l’Europe, c’est finalement à Abu Dhabi que l’histoire pourrait, peut-être, s’écrire à grandes enjambées.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, c’est seulement la deuxième fois, après les discussions en Turquie en 2025, que les deux ennemis acceptent de se retrouver face à face. Toujours sous l’égide des États-Unis. Toujours avec une Europe reléguée au second rang, spectatrice inquiète d’un conflit qui pourtant se joue à ses portes.
Aux Émirats arabes unis, dont il faut saluer l’influence grandissante sur la scène internationale, deux réunions distinctes doivent se tenir. L’une à caractère politico-militaire. L’autre consacrée aux enjeux économiques du conflit et, surtout, de sa sortie. C’est là toute la méthode Trump, déroutante pour certains, pragmatique pour d’autres, qui tente d’articuler dans un même mouvement la paix et le business, la sécurité et la reconstruction.
Hier, l’émissaire américain Steve Wilcock rencontrait Vladimir Poutine à Moscou. À Davos, Volodymyr Zelensky s’entretenait avec Donald Trump et ressortait de l’échange avec l’assurance que les États-Unis apporteraient des garanties de sécurité minimales en cas d’accord entre les parties pour mettre fin aux hostilités.
L’Europe aurait dû prendre part à cette rencontre à Abu Dabi mais le refus de plusieurs pays européens de participer au Conseil de paix de Donald Trump risque d’isoler un peu plus l’Union européenne.
Pour l’heure, soyons prudents. Soyons lucides. La paix, sur le sol ukrainien, n’est sans doute pas pour demain. Poutine semble le moins pressé de tous à conclure une paix durable et lui, n’attend pas le prix Nobel de la paix pour entrer dans l’histoire. Mais le cessez-le-feu, lui, pourrait être au bout des fusils, au bout de la fatigue des hommes, au bout des efforts diplomatiques.
Le cessez-le-feu, cette décision partagée par toutes les parties d’arrêter une boucherie qui a déjà causé des centaines de milliers de morts, ukrainiens comme russes, doit devenir la priorité absolue de tous nos efforts. Même pour ceux qui soutiennent, avec raison, la résistance et la liberté du peuple ukrainien, faire taire les armes ne constitue ni une capitulation face à la Russie, ni un alignement sur Donald Trump. C’est prioriser un saut décisif vers un avenir plus prometteur et ouvrir la voie à un règlement ultérieur solide du conflit.
Si la paix n’est pas pour demain, la trêve des armes, elle, peut encore naître de la négociation. Espérons-le.
Michel Taube




















