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11H34 - mercredi 7 janvier 2026

Trump est-il prêt à un nouveau Vietnam au Venezuela ? L’édito de Michel Taube et Radouan Kourak

 

Trump est-il prêt à un nouveau Vietnam au Venezuela ? L'édito de Michel Taube

Au lendemain de l’intervention surprise des forces américaines pour interpeller Nicolas Maduro, exfiltré avec son épouse vers les États-Unis où il croupit déjà dans une prison de Brooklyn à New York, nous avons approuvé la chute d’un dictateur.

Le peuple vénézuélien a été privé de liberté pendant des décennies. L’arrestation de Maduro ouvre donc un grand espoir ! Et cet espoir vaut toutes les bassesses idéologiques et les hypocrisies des donneurs de leçon.

Jamais le droit international n’a provoqué la chute des tyrans. Et ce n’est ni la première ni la dernière fois que des changements historiques au service de la liberté des peuples auront été provoqués par des décisions politiques voire des interventions militaires. C’est le politique qui fait l’histoire et non le droit.

Qu’a fait d’ailleurs la Charte des nations unies pour protéger les peuples de dictateurs comme Nicolas Maduro, de régimes oppressifs comme les mollahs de Téhéran ou du communisme chinois ou nord-coréen, sans oublier les juntes militaires comme il en pullule tant en Afrique ?

La realpolitik gouverne le monde bien plus que les grands principes du droit et de la morale qui peuvent venir atténuer la raison d’Etat mais jamais la supprimer.

 

Priorité à la guerre contre le narcotrafic.

De Caracas à Marseille, de Medellin à Fort-de-France, les mafias des drogues et du trafic d’armes gangrènent nos pays. Au point où il est temps de faire entrer la lutte contre le narcotrafic dans les priorités de la Charte des Nations unies et du droit international, comme le suggère Arno Klarsfeld.

La lutte contre le narcotrafic est la première raison de l’intervention américaine et nous devons en remercier Donald Trump : dans cette guerre implacable, nous imaginons que Trump ne s’arrêtera pas au Venezuela car les principaux cartels de drogue se situent au Mexique et en Colombie. Une alliance stratégique avec ces pays-là, quitte à leur imposer l’intervention de forces américaines et pourquoi pas sud-américaines et européennes sur le terrain, permettrait d’engranger des résultats décisifs dans cette guerre impitoyable qu’il faut mener contre ces cartels de la mort.

Comme l’écrit le général Pierre de Villiers, « dans un monde de plus en plus instable, le réarmement devrait être massif. Seule la force fait reculer la violence ». Cette réalité dérange, mais elle s’impose. L’action américaine, quelle que soit l’opinion que l’on porte sur Trump, envoie ainsi un signal clair à l’ensemble des narco-États d’Amérique du Sud : fin de l’impunité !

Ces régimes criminels ne ravagent pas seulement leurs pays ; leurs réseaux alimentent la drogue, les armes et la violence dans les rues et les familles de Guyane, de Martinique et de Guadeloupe, où nos enfants en paient, de plus en plus, le prix, jusqu’en métropole. Face à cela, l’incantation morale de nos élus est totalement irresponsable.

Le déploiement récent des navires de guerre américains dans les Caraïbes et les quelques bombardements ciblés ces dernières semaines ont certainement dissuadé plusieurs cartels de faire transiter leur sale marchandise par le Venezuela. Au grand bénéfice notamment des Antilles françaises qui sont gangrénées par les trafics de drogue et d’armes (déplorons ici 40 morts en Martinique en 2025) venant souvent du Venezuela et par lesquels 40% de la cocaïne arrivant dans l’Hexagone transitent par cette région du monde.

Sans être en mesure de le vérifier pour le moment, nous sommes convaincus que les interventions militaires américaines vont considérablement freiner les arrivées de bateaux clandestins sur les rives de nos Antilles contenant armes et drogues.

Dans la lutte contre le narcotrafic, l’Europe et plus particulièrement la France devraient être autant mobilisés que les États-Unis, quitte à déployer des moyens militaires massifs comme l’a décidé Donald Trump. C’est une guerre que nous devons mener ensemble pour espérer la gagner.

 

Mais que veut vraiment Trump ?

Le président américain a été très clair : l’autre motivation à l’intervention américaine est d’établir un protectorat pétrolier au Venezuela. Donald Trump voit loin et est prêt à tout pour assurer l’indépendance énergétique et stratégique des États-Unis à long terme. Tout en privant la Chine de ces mes mêmes ressources vitales.

S’y ajoute un enjeu idéologique qui motive l’intervention de Donald Trump au Venezuela : l’Amérique latine est traversée depuis des décennies par une lutte idéologique entre des pouvoirs de gauche incarnés par un Maduro déchu ou un Lula a la tête du Brésil et, d’autre part, des forces politiques conservatrices et libérales emmenées aujourd’hui par un Milei en Argentine ou un Nayib Bukele au Salvadore.

Cette guerre froide sud-américaine n’est pas qu’énergétique. Elle est aussi idéologique. Trump a manifestement décidé de s’y impliquer à fond en soutenant des leaders politiques clairement alignés sur ses valeurs. Pour avoir un protectorat yankee sur l’Amérique latine, mieux vaut avoir des chefs d’État conservateurs libéraux et proches de Mara-Lago.

La super-doctrine Donroe, version XXIème siècle de la doctrine Monroe qui a fondé la diplomatie américaine dès le XIXème siècle, relance la guerre froide sur fond d’indépendance énergétique et stratégique.

 

Et la liberté des Vénézuéliens dans tout cela ?

Les propos du président américain expliquant longuement dimanche les raisons et les objectifs de son intervention ne manquent pas d’interroger.

Si nous approuvons l’intervention de Donald Trump pour faire tomber le dictateur socialiste, narco-trafiquant et corrompu Maduro, il faut espérer que Donald Trump ne va pas se contenter d’instaurer un protectorat pétrolier à sa solde au Venezuela, quitte à s’entendre avec la junte bolivarienne, et qu’il soutiendra bien les seules forces politiques légitimes qui, depuis vingt ans, s’opposent résolument au pouvoir de Maduro et de son prédécesseur Chavez.

Or, le président américain a annoncé hier sur son réseau social Truth avoir obtenu « entre 30 et 50 millions de barils de haute qualité de pétrole sous sanction » de la part des « autorités intérimaires » au Venezuela. Caracas va-t-il confirmer cet accord qui pourrait augurer d’une entente contre-nature ?

Est-ce par un choix tactique ? Donald Trump a eu des mots sévères contre Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix, qui l’avait pourtant encensé depuis plusieurs mois ? Est-ce pour lui éviter d’être accusée d’être à la botte de Washington ? Ou est-ce parce que Donald Trump pourrait préférer s’entendre avec le pouvoir chaviste mais qui, par intérêt financier, accepterait de devenir le supplétif du protectorat pétrolier que Trump veut imposer au Venezuela.

Dans cette hypothèse funeste, le peuple vénézuélien serait le dindon, la victime d’un impérialisme américain cynique. Rappelons que dans les années 60 et 70 les États-Unis ont souvent soutenu des dictatures militaires en Amérique latine. Ce n’est pas l’avenir que nous espérons pour le Venezuela.

Pendant ce temps, la répression s’abat un peu plus sur le peuple vénézuélien depuis dimanche, la police et l’armée pro Maduro semblent contrôler Caracas et l’on ne voit pas de levée du peuple contre le régime.

Il est urgent que la prix Nobel de la paix Maria Corina Machado et le président élu en 2024 Edmundo González Urrutia soient soutenus par l’Union européenne, les États-Unis et les puissances sud-américaines comme l’Argentine de Milei pour accéder au plus vite au pouvoir à Caracas. Maria Corina Machado a d’ailleurs dit qu’elle voulait revenir au plus vite dans la capitale vénézuélienne.

Plus que Trump, c’est au peuple vénézuélien d’être au final l’arbitre de son avenir. Pour l’heure, Maduro est tombé mais le régime Maduro est lui toujours bien en place.

Si le régime maduriste s’accroche et décide de tenir tête à Trump, le président américain n’aura pas d’autre choix que de déclencher l’acte II de l’intervention américaine qu’il’a lui-même annoncée dimanche.

Mais dans ce cas, l’effet de surprise passé, Trump voudra-t-il vraiment prendre le risque d’engager les troupes américaines dans une guerre sans merci qui pourrait très vite se transformer en Vietnam sud-américain ? Mieux vaudrait que le peuple vénézuélien lui-même se soulève enfin pour définitivement faire tomber le régime marxiste et corrompu de Caracas.

 

Michel Taube et Radouan Koural

Directeur de la publication