Edito
09H35 - jeudi 3 septembre 2020

Emmanuel Macron : « Mes chers compatriotes, le combat pour la République, c’est aujourd’hui celui de la laïcité ».

 

Demain, au Panthéon, le Président doit parler de République, à l’occasion des cent cinquante ans de la Troisième République.

Aura-t-on droit enfin au grand discours d’Emmanuel Macron sur la laïcité, tant attendu depuis son élection en 2017 ? Ou à une logorrhée mémorielle sur son rapport personnel à l’histoire ?

A certains égards, en termes de vision, de rapport intime et essentiel au politique, le quinquennat d’Emmanuel Macron se joue sur ce discours. Opinion Internationale a donc imaginé ce que pourrait dire demain le chef de l’Etat pour raviver la République, une valeur et un régime largement affaiblis en 2020.

Pour nous, le combat pour la République, c’est aujourd’hui celui de la laïcité : Consistoire central de l’Islam de France, statistiques ethniques, reconquête scolaire, référendum pourraient être prononcés. Une façon de surmonter un quinquennat un peu perdu sur ce double terrain et de proposer une vision à 2030, ce fameux nouveau chemin que nous prépare Emmanuel Macron pour 2022.

Mes chers compatriotes,

Nous sommes en guerre. Presque une guerre civile puisque ce sont des Français qui mènent ce combat contre des Français. Combien sont-ils ? Dix mille ? Cent mille ? Cette armée de l’ombre lutte contre la France car ses soldats la détestent, la vouent aux gémonies et veulent l’abattre.

Alors que l’ouverture du procès Charlie Hebdo ravive les plaies les plus vives de cette guerre dans laquelle nous sommes engagés contre le séparatisme de certains de nos concitoyens, voilà que la commémoration des cent cinquante ans de la création de la Troisième République me donne l’occasion de vous parler de l’enjeu de cette guerre : la République !

Déjà avant que la pandémie du coronavirus ne les approfondisse, la déliquescence de la société s’était accélérée, la violence, surtout sur les personnes, avait progressé, les valeurs de la République avaient été attaquées. Sur fond de réchauffement et de dérèglement climatique, les Français doutent d’eux-mêmes. Pire, ils doutent de la France.

Mes chers compatriotes, vous doutez de la France. Et mon rôle est de vous réconcilier avec elle, avec son socle : la République.

C’est que, dans ce contexte si lourd, de toutes parts, les démagogues rivalisent de promesses caricaturales. A l’extrême droite, la préférence nationale est en réalité ethnique et donc raciste. L’Europe des nations qu’elle prône est celle des nationalismes, des égoïsmes, de la concurrence fiscale sans merci entre les Etats, de l’affaiblissement de l’Europe, promise à être vassale et proie des mégastructure publiques comme la Chine ou les Etats Unis, ou privées, comme leurs géants du numérique, les GAFAMS et autre BATX.

L’extrême gauche, jamais avare de leçons de morale, de solutions miracles, prône un multiculturalisme dogmatique qui fait peu de cas de nos valeurs. Elle habille son idéologie d’un humanisme généreux qui conduit en réalité à la soumission, voire à la compromission, ici avec l’islam politique, là avec le racialisme et l’indigénisme, et aussi avec une forme radicale de l’écologie où l’on fait croire aux Français qu’on arrêtera le réchauffement climatique avec des mesures excessives et pourtant insignifiantes en termes d’efficacité.

 

La République, c’est la laïcité

Il y a cent cinquante ans, la Troisième République, héritière de la Révolution française, posait les bases de notre Etat de droit. Quelques-unes des grandes libertés fondamentales, la liberté d’association, la liberté de la presse pour ne citer qu’elles, étaient gravées dans le marbre de la loi et de nos institutions. L’esprit de liberté qui souffle encore sur la France doit beaucoup aux fondateurs de la Troisième République.

Cent cinquante après, une des valeurs fondatrices de la République, héritée de cette même République, est menacée plus que les autres : la laïcité. Et donc parler aujourd’hui de République, c’est parler de laïcité.

Défendre la République en 2020 contre les ennemis de la France, c’est défendre la laïcité, c’est la raffermir, c’est se battre pour elle.

Alors que la crise sanitaire a éloigné les projecteurs des autres périls, les ennemis de la République continuent d’agir en s’attaquant surtout à la laïcité, non pas toujours frontalement, par le terrorisme, mais souvent bien plus insidieusement, par le séparatisme.

Ne pas combattre et vaincre ce séparatisme islamiste serait d’abord abandonner nos compatriotes Français de confession musulmane, eux qui adhéraient massivement aux valeurs républicaines il y a encore quelques dizaines d’années, mais qui sont aujourd’hui trop nombreux à les rejeter, notamment chez les jeunes, comme le confirment les enquêtes telles que celles de l’Institut Montaigne ou de la Fondation Jean Jaurès.

Je vous le dis sincèrement, mes chers compatriotes, le sondage publié hier par nos amis de Charlie Hebdo m’a profondément attristé : 18% de Français de confession musulmane, selon cette étude de l’IFOP, refusent de condamner le crime commis contre Charlie Hebdo. 18%, c’est-à-dire, selon les estimations, 300 000 à 1 million de Français se mettent marge de la République. C’est à eux que je m’adresse en priorité aujourd’hui.

Mes chers compatriotes, je voudrais ici inviter tous les Français, au premier chef nos compatriotes musulmans, à se plonger dans un passé pas si lointain. Au moins jusqu’à la fin des années 1980 voire les années 2000, les femmes n’étaient pas voilées dans la plupart des pays musulmans, ni dans la rue, ni dans des lieux publics comme les universités. Les femmes étaient libres. Les hommes et les femmes s’étaient progressivement, au moins partiellement, dégagés du carcan de la religion. Même à Téhéran où un régime issu du Moyen-âge utilise le prétexte religieux pour soumettre tout un peuple, ou au Caire, dans la patrie où sont nés les Frères musulmans, la sécularisation de la société, la libéralisation des mœurs avançaient inexorablement. A Gaza en Palestine, les femmes étaient libres et modernes avant de tomber sous la coupe du Hamas. Et ce sont justement les Frères musulmans qui ont réislamisé la société, pour l’essentiel sans violence, en dénonçant la dictature qui sévissait en terre d’islam.

Aujourd’hui, sur toute la planète, ces Fous de Dieu utilisent la même méthode et poursuivent le même objectif. En France, ils œuvrent pour réislamiser les musulmans, les isoler de la communauté nationale. Comme ils ne peuvent pas prétexter de la dictature, ils ont inventé le concept d’islamophobie, et veulent faire croire à leurs coreligionnaires qu’ils sont victimes d’un racisme généralisé et encouragé par l’Etat. Or il n’existe aucun pays au monde comme la France où les musulmans, et les citoyens de toutes confessions, ont plus de liberté de pratiquer leur religion comme bon leur semble. A une seule condition : respecter les lois et les valeurs de notre pays.

Mes chers compatriotes, la laïcité est la liberté. Celle de croire ou de ne pas croire en un dieu ou en toute force transcendante ou immanente de son choix, de pratiquer ou de ne pas pratiquer une religion. Elle est l’égalité. Celle de tous les citoyens qui peuvent pratiquer ou non, croire ou non. Elle n’est pas l’ennemie de la religion et encore moins celle d’une religion.

Au contraire, la laïcité est la fraternité. Elle garantit la cohabitation harmonieuse et fraternelle entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, quel que soit leur culte, leur religion, leur dieu.

Mes chers compatriotes, je veux que vous aimiez la laïcité comme je l’aime : passionnellement. Je veux que vous défendiez cette singularité française avec conviction et détermination, comme je la défends. Je veux que vous en soyez fier et que les enseignants en soient fiers pour que leurs élèves en soient fiers.

Il n’y a pas plus de place en France pour un islam politique qu’il y en aurait pour un judaïsme ou un christianisme politique.

 

Renforcer le socle de la loi de 1905

Mes chers compatriotes, l’heure est grave et mon devoir est de dire les choses et les vérités qui dérangent. La loi de séparation des Eglises et de l’Etat, celle de 1905, n’a pas su nous préserver de l’avancée de l’islam politique, du séparatisme et du communautarisme. Elle comporte des failles dans lesquelles les ennemis de la République se sont engagés.

Nous n’imposerons pas la laïcité à l’Arabie saoudite ou à l’Iran. Nous ne pouvons protéger les musulmans du monde contre l’intégrisme, le fanatisme, l’obscurantisme. Mais nous pouvons, avec les musulmans de France, – la plus grande population musulmane d’Europe -, avec leurs institutions et leurs ministres du culte, avec leurs leaders spirituels et philosophiques, faire émerger en France un islam des Lumières, qui à son tour pourra, nous l’espérons, devenir un exemple pour tous les musulmans du monde, qui tôt ou tard, aspireront à être libres.

Nous considérons, la France considère, je considère qu’aucune tradition, aucune religion, ne peut imposer aux femmes un statut inférieur à celui des hommes. Nous ne pouvons accepter que dans des cantines scolaires, les enfants purs puissent être séparés des enfants impurs, que les hôpitaux, les universités, les écoles, les établissements sociaux, notamment pour mineurs, les clubs sportifs, les administrations, même la police, le monde associatif, soient les lieux et le cadre d’un prosélytisme séparatiste, d’une incitation à la haine. Nous ne pouvons accepter que la haine des femmes, des homosexuels, des juifs, des croisés, des impurs, des mécréants, des mauvais musulmans, des laïcs, des athées soit prêchée sur le sol français.

La loi de 1905 est nécessaire mais insuffisante pour gérer une situation qui lui est postérieure de plus d’un siècle. Il n’est pas utile de la considérer comme plus sacrée que la Constitution, notre Loi fondamentale, qui, elle, a évolué au fil des temps. Ce qui est sacré, c’est la laïcité, et non une de ses lois d’application.

En Alsace et en Moselle, c’est le concordat de 1801 et non la loi de 1905 qui régit les relations entre l’État et les cultes chrétien et juif. Ce n’est pas pour autant que la laïcité constitutionnelle ne s’y applique pas. Certes, la France ne va pas se doter d’un Concordat mais l’exemple alsacien et mosellan doivent nous inspirer.

C’est pourquoi, mes chers compatriotes, parmi des dizaines de mesures précises qui seront annoncées par le premier ministre et le ministre de l’Intérieur et ministre des cultes à l’automne dans un projet de loi dédié, je vous annonce d’ores et déjà les quelques mesures principielles suivantes qui redonneront à la République et donc à la laïcité leur force et leur vigueur :

le Parlement sera saisi d’ici la fin de l’année d’une loi visant à la création pour chaque culte présent dans la République d’un Consistoire central, départemental et local chargé d’organiser l’exercice du culte, dont les recrutements et les financements devront être validés par les représentants de l’Etat. S’agissant du culte musulman, une taxe Halal sera mise en place pour assurer à l’islam de France un financement indépendants de l’étranger.

Les membres du Consistoire central de l’Islam de France seront élus sur la base de listes de candidatures validées par les pouvoirs publics qui auront vérifié et auditionné au préalable les membres sur leurs propos et leurs prêches tenus dans le passé. Un candidat qui a déjà tenu des propos fondamentalistes sera systématique rejeté.

Je charge Mohammed Moussaoui, président du Conseil Français du Culte Musulman, institution qui laissera sa place à ce nouveau Consistoire central, de mener toutes les démarches d’explication et de préparation de la communauté musulmane de France.

Le corps électoral de ce Consistoire sera composé des Français qui auront déclaré être musulman. Pour que cette déclaration de confession soit possible, au préalable, la prochaine loi permettra, comme c’est le cas dans de nombreuses autres démocraties, de tenir des statistiques cultuelles qui permettront de mieux connaître, accepter et reconnaître la diversité de la société française. Il ne s’agit évidemment pas de mentionner, comme c’est le cas dans certaines démocraties, la religion sur la carte d’identité ou tout autre document officiel, mais de doter les pouvoirs publics d’un outil statistique essentiel. Comment, par exemple, connaître les besoins de lieux de culte sans connaître le nombre de fidèles ?

Le projet de loi que je propose de soumettre au Parlement comportera la prohibition du séparatisme et de l’incitation au séparatisme, la répression de toute attitude visant à porter atteinte à la liberté des femmes de disposer d’elles-mêmes. Le Conseil constitutionnel a retoqué les lois prohibant la diffusion de la haine et la promotion du djihâd sur internet, alors que ces textes étaient conformes à la Convention européenne des droits de l’Homme. Je suis convaincu que jamais le Général de Gaulle, père de notre Constitution, n’aurait accepté que cette institution, celle des Sages ?, devienne le talon d’Achille de notre République et l’outil juridique de nos ennemis.

L’Observatoire de la laïcité, trop absent du débat public ces dernières années pour défendre la laïcité à la mesure des menaces qui pèsent sur elle, sera dissous et remplacé par un Haut-Commissariat à la laïcité, installé près du premier ministre et de la Présidence de la République, inscrit dans la prochaine réforme de la Constitution comme institution de la République, et chargé de piloter ces profondes réformes.

Enfin, dans tous les écoles, collèges, lycées et universités de France, deux mesures seront introduites dans la loi et les pratiques scolaires : à partir du 4 janvier prochain, tous les lundis matin, dans les cours d’établissements scolaire, la Marseillaise et la devise républicaine seront chantés et proclamés par toute la communauté éducative.

En janvier 2021, dans tous les établissements, privés ou publics, toutes les familles de France seront convoquées par un enseignant pour lecture et signature de la Charte de la laïcité. Les familles qui refusent de signer la Charte seront soumis à une enquête sociale et suivis de près par les autorités publiques dans des conditions déterminées par la loi.

L’ensemble de ces mesures seront soumises à un référendum début 2021, ce qui permettra au peuple français de trancher cette question de nos valeurs et de se retrouver sur l’essentiel.

Mes chers compatriotes, par crainte de ne pas stigmatiser nos concitoyens de confession musulmane, nous les avons abandonnés aux extrémistes. Nous avons laissé la sécession prospérer sur notre territoire. Il est urgent d’y mettre un terme pour préserver nos valeurs. C’est cela la reconquête des territoires et des cœurs perdus de la République.

Cent cinquante après la fondation de la Troisième République, la laïcité est trop menacée pour que cette valeur cardinale s’en tienne à la neutralité de l’Etat et des services publics. La laïcité doit irriguer toute la société, tous les espaces publics. Un nouveau chapitre de son histoire, de notre République doit donc s’ouvrir pour que, en une génération, nous gagnions définitivement cette guerre que, si nous n’y prenons garde, nous sommes en train de perdre.

Vive la République. Vive la laïcité. Vive la France.

Vous venez de lire la cinquième livraison de notre série de politique fiction : « les grands discours – fiction d’Emmanuel Macron ». Ces textes sont commis par Michel Taube et Raymond Taube lorsque la situation de la France se crispe trop… :

–       le 3 décembre 2018 : « Mes chers compatriotes… Ma réponse aux gilets jaunes » par Emmanuel Macron.

–       Le 15 mars 2019 (jour de la clôture du Grand Débat national consécutif au mouvement des gilets jaunes) : « Mes chers compatriotes…  Je vous ai entendus : je crée un Haut Comité pour la refondation de la République »

–       Le 20 décembre 2019, Emmanuel Macron : « Mes chers compatriotes… Pourquoi je ne céderai pas sur la réforme des retraites. »

– le 17 février 2020 : « Mes chers compatriotes, voici enfin mes choix pour la laïcité et l’islam de France »

 

 

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