Solutions pour la France
13H24 - vendredi 15 mars 2019

Emmanuel Macron : « Mes chers compatriotes, je vous ai entendus : je crée un Haut Comité pour la refondation de la République »

 

Chères Françaises, Chers Français, Mes chers compatriotes,

je vous ai entendus.

Depuis quatre mois, vous avez été des dizaines de milliers dans les rues et sur les ronds-points de France à crier votre colère. Vous êtes depuis deux mois des dizaines de milliers à participer au Grand Débat national et à émettre des doléances mais aussi et surtout des propositions pour réparer la France.

Le 13 janvier, je vous écrivais pour vous dire que nous allions ensemble « bâtir un nouveau contrat pour la nation » afin de « transformer avec vous les colères en solutions ». Une colère française s’est exprimée et une solution française doit en sortir. Tel était mon engagement.

Françaises, Français, vous êtes au rendez-vous et je vous en remercie au nom de la France. Une fois de plus, notre peuple, plus politique que les autres, sait montrer la voie, bousculer les lignes. Nous avons connu une Révolution, nous savons prendre notre destin en main, souvent lorsque menacent des formes d’insurrection voire de guerre civile.

Je tiens à remercier plus particulièrement les milliers de Maires qui ont organisé des débats et des assemblées citoyennes partout en France. Le cœur et l’esprit de la France ont résonné et forcent le respect, l’amour de notre pays.

Le succès est tel que nous devons déborder sur la date du 15 mars initialement fixée pour clôturer ce grand rendez-vous citoyen. Pour ne citer que les parlementaires parmi tous les corps constitués de la nation, les députés et les sénateurs discuteront début avril des quatre grands chantiers que je vous ai proposés et le chef du gouvernement Edouard Philippe prononcera le 9 avril une déclaration devant l’Assemblée nationale.

Les milliers de propositions émises lors du Grand Débat national seront analysées et synthétisées d’ici mi-avril, sous le contrôle des cinq garants, Jean-Paul Bailly, Nadia Bellaoui, Guy Canivet, Isabelle Falque-Pierrotin et Pascal Perrineau, que je remercie pour leur engagement, afin d’être mises en œuvre par le gouvernement, les collectivités locales et les partenaires sociaux.

Mais dès à présent, je veux saisir cette date du 15 mars pour m’adresser à vous solennellement.

 

L’heure des choix est venue

Vous m’avez élu en 2017 sur un programme politique que je m’efforce de mettre en œuvre de façon scrupuleuse et méthodique avec le gouvernement. Il est probable, je l’avoue, que le volet libéral de ce « en même temps » qui me caractérise et que j’assume pleinement a été mieux satisfait ou perçu pour le moment que sa pendant social.

C’est parce que, fondamentalement, le moteur, en panne dans notre cher modèle français, de la solidarité, de l’égalité, de la fraternité, il fallait le réparer en commençant par renforcer les moyens, les forces et la puissance que nous donne la liberté, celle d’entreprendre, de créer, de cultiver, de produire, de transmettre. Mais l’impatience certes légitime de nombreux Français n’a pas attendu que nous rénovions le modèle France.

Comme le disait le président Jacques Chirac, la fracture sociale qui divise les Français est bien plus profonde que ce que nous imaginions. C’est ce qu’a révélé la crise des gilets jaunes.

Leur haine parfois, leur violence trop souvent, leurs excès, sans parler des casseurs qui ont gangrené ce mouvement, la récupération dont il est encore l’objet par des partis extrémistes de droite et de gauche prônant certains jusqu’à l’insurrection, tous ces excès, toute ces atteintes à la République n’enlèvent rien à la légitimité de leurs revendications lorsqu’elles portent sur davantage de justice sociale et de démocratie.

Au départ un sentiment d’injustice (celui que les classes moyennes aient à payer la facture énergétique) a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de nos prélèvements obligatoires excessifs. Ce petit grain de sable a débouché sur une contestation de tout le système politique et économique de notre pays.

Ce mouvement, que j’ai tardé à comprendre, ne bouscule pas que le chef de l’Etat et sa majorité, mais bien tous les corps constitués. Il revêt aussi une dimension plus passionnelle. Comme le soulignait fort justement le ministre Jean-Michel Blanquer, « il y a un besoin d’attention, d’amour, de lien social ». Nous devons l’entendre, nous retrousser les manches et y répondre collectivement.

Sinon le dégagisme qui m’a porté au pouvoir et sa réplique giletiste finiront par conduire à une alliance des extrêmes, sur fond de rejet de l’Union Européenne et de haine des élites, ce qui conduirait à la ruine de la France et à sa sortie de l’histoire, il nous faut donc prendre nos responsabilités.

Et il y a urgence. J’en suis conscient.

Les mauvaises langues me prêtent l’intention d’avoir fait de ce Grand débat national un sondage grandeur nature de l’état de l’opinion française et de me mettre en campagne électorale en vue des élections européennes. Elles vont être déçues !

En tant que président de la République et avec le soutien de ma majorité parlementaire, je consacrerai les trois prochaines années de mon quinquennat à impulser et organiser la réponse, c’est-à-dire les solutions profondes qui seules permettront de réparer le modèle politique et social français.

 

Les solutions sont d’abord locales

Je l’ai vécu dans les regards et les paroles des milliers de Français que j’ai rencontrés depuis février, c’est d’abord au niveau local que nous devons agir vite pour retisser le lien social et la confiance entre Français. « Penser global, agir local », cette belle maxime du grand Edgar Morin a porté les gilets jaunes sur les ronds-points de France et portait les paroles de nos concitoyens dans les nombreux échanges que nous avons eus depuis deux mois.

Je vous disais d’entrée de jeu : « je vous ai entendus ». J’ai notamment écouté les centaines de Maires et d’élus locaux. J’annonce donc, Mesdames, Messieurs, chers compatriotes des terroirs et des territoires de France, que, dans chaque département, sera créé un comité local chargé de mettre en œuvre les propositions qui relèvent souvent d’un territoire ou d’un terroir de France.

Je vous annonce aussi l’abolition prochaine de la loi NOTRe qui, en créant treize régions et en renforçant les intercommunalités de France, – bonnes intentions au départ mais méthode parisienne et autoritaire -, a semé la pagaille et la zizanie dans l’ordonnancement des collectivités locales.

Je confie enfin à François Baroin, président de l’Association des maires de France, Vanik Berberian, président de l’Association des maires ruraux de France, Hervé Morin, Président des Régions de France, et Dominique Bussereau, président de l’Assemblée des départements de France, le soin de proposer au gouvernement et à l’Etat une nouvelle grande loi de décentralisation, destinée notamment à définir une carte des services publics territoriaux de proximité.

Cette grande loi sera adoptée en Congrès de la République lors du prochain Congrès de l’AMF en novembre. Je les remercie pour leur participation.

 

Une nouvelle République française pour un nouveau contrat social

Mais le local ne suffit pas. Aujourd’hui, je n’annonce pas de grand soir mais une remise à plat profonde du système politique, économique et social de notre pays.

Je devrais parler d’Europe mais par définition l’Europe ne se fait pas seule et les élections européennes ont lieu le 26 mai. J’ai écrit et exprimé mon dessein européen pour la France. Mais laissons les Français le 26 mai et les Européens s’exprimer. Dès le mois de juillet et le nouveau Parlement Européen installé, je proposerai à mes homologues chefs d’Etats une profonde réforme institutionnelle pour relancer l’Union Européenne.

Pour l’heure, et pour la France, mes chers compatriotes, je confie à un Haut comité pour la refondation de la République, pluraliste et indépendant, placé au côté du premier ministre, le soin de piloter l’élaboration des termes de notre nouveau contrat politique et social. C’est ce Haut Comité qui sera chargé de rédiger, sur la base des synthèses du Grand Débat national et des travaux qu’il conduira librement, une proposition de nouveau contrat social.

Le Haut comité pour la refondation de la République sera divisé en quatre Chambres, chargées chacune de proposer :

  • une nouvelle Constitution française, moins verticale, moins jupitérienne, plus démocratique, plus représentative, plus équilibrée dans l’équilibre des pouvoirs et le balancier nécessaire des contre-pouvoirs ;
  • une réforme fiscale qui réduira très fortement la pression fiscale et sociale sur les classes moyennes, les PME et les TPE, et répartira mieux l’effort sur l’ensemble des citoyens ; cette réforme répartira plus justement l’effort demandé pour répondre à l’urgence climatique ;
  • une profonde réforme de l’Etat devant permettre de simplifier les procédures et les règlements, et de réduire de 5 à 10 points les prélèvements obligatoires, tout en maintenant l’efficacité des services publics ; cette réforme sera élaborée en concertation étroite avec les présidents des associations de collectivités locales qui prépareront cette nouvelle loi de décentralisation ;
  • un plan massif pour l’emploi et pour l’investissement pour la reconquête industrielle, la transition écologique et énergétique, la relance du logement et le développement du numérique, quatre moteurs d’avenir pour notre pays.

Ce Haut comité sera doté de moyens importants et d’une totale autonomie d’action sanctuarisés dans une loi que le Parlement votera en urgence. 

Il aura jusqu’au 30 septembre pour rendre ses propositions au gouvernement.

J’annonce d’ores et déjà que je les respecterai si elles s’inscrivent dans les grandes lignes directrices que je viens de fixer et qu’elles répondent à l’esprit des synthèses tirées du Grand Débat national.

Ce nouveau contrat social, cette nouvelle République, seront soumis à référendum fin 2019.

Et c’est le peuple français, et lui seul, qui tranchera souverainement.

Le Haut Comité sera présidé par des personnalités reconnues pour leur compétences dans leurs domaines respectifs, leur indépendance d’esprit et leur attachement aux valeurs de la République : (par ordre alphabétique) Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, représentera le gouvernement, Jean-Jacques Bourdin, qui a organisé deux grands débats pour faire remonter les propositions des Français, et que nul ne pourra soupçonner de connivence avec les pouvoirs, Carole Bureau Bonnard, vice-présidente de l’Assemblée Nationale, Hélène Conway-Mouret, vice-présidente du Sénat, Isabelle Kocher, une des seules femmes dirigeantes d’un grand groupe français, Eric Léandri, co-fondateur et Président de Qwant, moteur de recherche éthique et européen, Alain Manbouckou, écrivain, Thierry Marx, chef multi-étoilé et fondateur de Cuisine mode d’emploi(s), Anne-Sophie Pic, chef multi-étoilée, Anne Levade, présidente de l’Association française de droit constitutionnel, Didier Migaud, premier Président de la Cour des Comptes, Nicole Notat, ancienne dirigeante de la CFDT, Jean Tirole, Prix Nobel d’Economie, Laurence Tubiana, économiste et diplomate française, Directrice de la Fondation européenne pour le climat, Louis Schweitzer, ancien président de Renault, grand commis de l’Etat, engagé depuis toujours sur le terrain social auprès des plus démunis.

Je les remercie d’avoir accepté cette responsabilité historique.

Les présidents du Haut comité composeront librement les quatre Chambres, notamment avec des parlementaires représentant les différentes familles politiques, des acteurs et des experts de la société civile, des citoyens volontaires désignés par tirage au sort. Leurs travaux pourront s’appuyer sur les services de l’Etat et l’ensemble des administrations et autorités indépendantes, pour élaborer ce nouveau contrat.

Françaises, Français, mes chers compatriotes, vous l’avez compris, ce n’est pas moi seul, chef de l’exécutif, et pourtant détenteur de la légitimité du suffrage universel direct, ni le gouvernement qui serons les seuls acteurs de la préparation des décisions que je viens de vous annoncer.

J’en serai simplement le garant. Au nom de la France.

 

Chères Françaises, Chers Français, Mes chers compatriotes,

Vive la République,

Vive la France.

 

Emmanuel Macron

 

Discours rédigé par Michel Taube et Raymond Taube

Vous venez de lire la deuxième livraison de notre série de politique fiction : « les grands discours – fiction d’Emmanuel Macron ». La première avait été publiée le 3 décembre dernier : « Mes chers compatriotes… Ma réponse aux gilets jaunes » par Emmanuel Macron.

Dès lundi 18 mars, retrouvez chaque jour une proposition pour la France.

 

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Directeur de la publication
Directeur de l'IDP - Institut de Droit Pratique / rédacteur en chef d’Opinion Internationale