Edito
13H02 - lundi 17 février 2020

Emmanuel Macron : « Mes chers compatriotes, voici enfin mes choix pour la laïcité et l’islam de France »

 

Dans un discours attendu depuis son élection en mai 2017, Emmanuel Macron en appelle à un profond bouleversement constitutionnel et législatif et annonce des moyens considérables, deux conditions sans lesquelles nous ne remporterons pas la guerre contre l’Islam politique.

Le président de la République s’adresse aux citoyens français de confession musulmane et à l’ensemble des Français pour les appeler, tous ensemble, à mener ce combat vital pour notre République laïque.

Critiquant la sacralisation de la loi de 1905, qui constitue parfois un obstacle pour aider les citoyens musulmans de France à écarter l’islam politique, Emmanuel Macron fait de la laïcité LA priorité des prochaines années de son quinquennat.

 

Mes chers concitoyens,

Ce que j’ai à vous dire aujourd’hui est peut-être la profession de foi la plus importante de tout mon mandat de Président de la République.

 

I Laïcité, notre devise

Vous le savez, j’aime la France, intensément. J’aime la France éternelle, même si la France éternelle n’est pas celle du passé – bien qu’elle s’en soit nourrie, et même si cette France éternelle n’est pas une France figée. J’aime la France telle qu’elle est, avec ses traditions et sa diversité, ses valeurs et son sens de l’ouverture aux autres, à l’autre, sa capacité à accueillir et à intégrer, et qui à terme, conduit naturellement à assimiler, non pas par la force et la contrainte, comme le voudraient certains, mais par un processus quasi inné d’attraction de la France, tant cette force est indissociable de l’identité française. Car elle est là, l’identité française : démocratique, républicaine, laïque, mais aussi ouverte, tolérante, généreuse, sachant saisir les apports culturels qui participent à son enrichissement, à sa grandeur, à sa pérennité. La diversité est le meilleur obstacle aux communautarismes qui nous menacent !

Oui, j’aime la France pour son histoire, pour son présent, et je veux l’aimer pour son avenir, car je veux qu’il soit radieux, à l’heure où les démons nationalistes d’un passé sinistre semblent se réveiller au sein même de notre chère Europe, et ailleurs.

J’aime la France pour ce qu’elle incarne dans le monde autant qu’aux yeux des Français.

J’aime la France et je veux aujourd’hui lui donner une preuve d’amour qui restera, – je l’espère au plus profond de mon être -, comme mon empreinte sur les quelques années de ce magistère que vous m’avez confié le 7 mai 2017.

J’aime la France, mais c’est quoi la France ? Comment la définir ? Comment dire ce qu’elle est ? Quel est cet art d’être Français que je décline dans bon nombre de mes discours ?

Selon moi, mes chers compatriotes, la France, si je devais la résumer d’un trait, je dirais que la France, plus que tout tableau, tout discours, tout récit, c’est la devise « liberté, égalité, fraternité ».

Ces trois mots, ce triptyque sacré dit tout de la France.

Et celui qui n’aime pas ce triptyque n’aime pas la France. Celui qui rejette l’une de ces trois valeurs n’aime pas tout à fait la France. Celui aussi qui n’aime que l’égalité, que la liberté ou que la fraternité, n’aime pas non plus tout à fait la France.

Aimer la France, c’est aimer toute la France, tous les Français, et donc l’alliage subtil de ces trois valeurs cardinales qui la fondent : « liberté, égalité, fraternité ».

Aujourd’hui, force est de le constater : cette devise souffre… Comment raviver cette devise, comment redonner à la France sa grandeur, sa fierté, son unité ? C’est de cela dont je veux vous parler aujourd’hui.

Dans son histoire faite de grandeur et de périls, la France s’est déjà effondrée une fois. Or je vous le dis, la France pourrait à nouveau s’effondrer. Non point par l’invasion militaire d’une puissance ennemie. Mais par l’effondrement de son socle de valeurs auquel de moins en moins de Français croient et contre lequel certains se sont dressés pour abattre notre République.

Des forces populistes et communautaristes se liguent actuellement pour s’en prendre à notre belle devise républicaine : par la tentation de voter aux extrêmes, lesquels ont tout de même réuni 15 millions de voix en avril 2017, la France pourrait se perdre…

Mais une seconde menace attaque directement les valeurs incarnées dans notre devise républicaine : le fondamentalisme islamique, l’islam politique. Nous nous sommes à juste titre focalisés sur son expression la plus violente : le terrorisme. Il sème la terreur et la mort. Il intimide, veut nous faire renoncer par peur du pire.  Les salafistes, tout particulièrement, l’ont promu et encouragé, et certains le font encore, à l’étranger, mais aussi en France où cela ne peut être toléré. Mais le terrorisme n’est qu’un moyen, le pire, d’accomplir le dessein du fondamentalisme islamique. Mais il n’est pas le seul.

Ce fondamentalisme s’attaque, tantôt par la violence, tantôt de manière beaucoup plus insidieuse à une autre valeur fondamentale de notre République : la laïcité. Le premier échelon de ce que nous appelons la radicalisation, c’est souvent le rejet de la laïcité française.

Mes chers compatriotes, je voudrais ici inviter tous les Français, au premier chef nos compatriotes musulmans, à se plonger dans un passé pas si lointain. Au moins jusqu’à la fin des années 1980 voire les années 2000, les femmes n’étaient pas voilées dans la plupart des pays musulmans, ni dans la rue, ni dans des lieux publics comme les universités. Les femmes étaient libres. Les hommes et les femmes s’étaient progressivement, au moins partiellement, dégagés du carcan de la religion. Même à Téhéran où un régime issu du Moyen-âge utilise le prétexte religieux pour soumettre tout un peuple, ou au Caire, dans la patrie où sont nés les Frères musulmans, la sécularisation de la société, la libéralisation des mœurs avançaient inexorablement. A Gaza en Palestine, les femmes étaient libres et modernes avant de tomber sous la coupe du Hamas. Et ce sont justement les Frères musulmans qui ont réislamisé la société, pour l’essentiel sans violence, en dénonçant la dictature qui sévissait en terre d’islam.

Aujourd’hui, sur toute la planète, ils utilisent la même méthode et poursuivent le même objectif. En France, ils œuvrent pour réislamiser les musulmans, les isoler de la communauté nationale. Comme ils ne peuvent pas prétexter de la dictature, ils ont inventé le concept d’islamophobie, et veulent faire croire à leurs coreligionnaires qu’ils sont victimes d’un racisme généralisé et encouragé par l’Etat. Or il n’existe aucun pays au monde comme la France où les musulmans, et les citoyens de toutes confessions, ont plus de liberté de pratiquer leur religion comme bon leur semble. A une seule condition : respecter les lois et les valeurs de notre pays.

 

Laïcité mon amour

Mes chers compatriotes, la laïcité est la liberté. Celle de croire ou de ne pas croire en un dieu ou en toute force transcendante ou immanente de son choix, de pratiquer ou de ne pas pratiquer une religion. Elle est l’égalité. Celle de tous les citoyens qui peuvent pratiquer ou non, croire ou non. Elle n’est pas l’ennemie de la religion et encore moins celle d’une religion. Au contraire, la laïcité est la fraternité. Elle garantit la cohabitation harmonieuse et fraternelle entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, quel que soit leur culte, leur religion, leur dieu.

La laïcité ne se résume pourtant pas en une synthèse de la devise de la République. Elle en est aussi une composante autonome et singulière. La France ne serait pas la France si elle renonçait à garantir la liberté de ses citoyens, l’égalité des droits et des chances, la fraternité et la laïcité.

C’est pourquoi cette déclaration d’amour à la France que je vous adresse aujourd’hui, c’est une déclaration d’amour à la laïcité.

C’est parce que j’aime la France que j’aime la laïcité, qui est une valeur française dont nous devons être fiers et que nous devons chérir et entretenir pour que la France reste la France.

L’article 1 de notre Constitution met en œuvre ce triptyque de valeurs en posant :

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances… » 

Or cette valeur cardinale n’est pas comprise aujourd’hui. Elle est mise à mal. Elle est même combattue par des Français…

Mon premier devoir est donc d’expliquer la laïcité telle que je la conçois et la comprends en 2020, et non pas de manière purement théorique et rhétorique. La Révolution française a versé le sang et parfois répandu la terreur. Avant qu’elle n’aboutisse à la République démocratique et laïque dans laquelle nous vivons, elle a accouché des Lumières, de Diderot, de Voltaire, mais aussi de Napoléon qui a contribué à diffuser cette grande idée à travers l’Europe, avec un succès certes mitigé.

Car si l’Europe est démocratique, elle n’est pas laïque. Et alors ? Peut-être l’œuvre de la Révolution française n’est-elle pas achevée et qu’il nous faut convaincre nos amis et partenaires, en particulier au sein de l’Union européenne, que la laïcité peut devenir un précieux bouclier contre le radicalisme religieux, contre la théocratie. La laïcité nous protège déjà d’un communautarisme qui, sous couvert du paravent de la liberté, ne vise qu’à l’abattre.

Comme toutes les démocraties, la France est sécularisée, renvoyant l’Église puis les églises à leur pré carré qui relève de l’intime conviction, de la vie privée. L’Europe, l’Amérique, l’Océanie, une partie de l’Asie et de l’Afrique sont sécularisées, en ce que ce la loi qui régit chacun de ces pays et organise les relations entre ses citoyens, est non religieuse. La devise des États-Unis d’Amérique est « In God we trust », et un justiciable américain, ou le président des États-Unis, à l’exception de John Quincy Adams et de Théodore Roosevelt, prête serment sur la Bible, celle de son choix. Mais cela n’enlève pas aux États-Unis la qualité de pays sécularisé. Il en va de même du Royaume-Uni : « God Save the Queen ».

Pourtant, ni les États-Unis, ni le Royaume-Uni, ni les autres pays européens ne sont laïcs, du moins si l’on résume la laïcité à la loi française de 1905 séparant l’Église de l’État. Car les laïcs, ainsi formulés, existaient déjà au Moyen-âge. Le terme s’appliquait à ceux qui ne dépendaient pas du clergé. Mais il existe incontestablement une singularité française dans l’application de la laïcité. D’ailleurs, lorsque le président Chirac fit voter l’interdiction des signes religieux ostensibles à l’école, il fut critiqué dans de nombreux pays, qui voyaient dans ce texte une atteinte à la liberté individuelle, valeur cardinale dans les pays libéraux et valeur sacrée en France, mais à côté de l’égalité et de la fraternité.

En 2018, le comité des droits de l’homme de l’ONU s’est autorisé à condamner la France pour avoir interdit la dissimulation du visage dans l’espace public, considérant qu’il s’agissait d’une atteinte à la liberté religieuse, alors que la Cour européenne des droits de l’homme, dont la jurisprudence s’impose à la France, a jugé que cette loi de 2004 était conforme à la convention européenne des droits de l’homme. Et savez-vous sur quel fondement juridique la CEDH a tranché ? Non pas sur les motifs d’ordre public et de sécurité que revendiquait l’État français. Non. La Cour européenne des droits de l’homme a considéré qu’interdire le voile intégral dans l’espace public relevait du choix de société et du vivre-ensemble. Or le vivre ensemble à la française, c’est la laïcité qui le fonde.

La CEDH l’a compris, contrairement au Comité des droits de l’homme de l’ONU. Nous sommes le pays des droits de l’homme par excellence. Nous voulons les promouvoir sur toute la planète. Mais nous n’avons pas, ni juridiquement, ni politiquement, à nous soumettre à un comité dont de nombreux membres bafouent ces droits quotidiennement. En revanche, nous sommes totalement respectueux de la jurisprudence de la CEDH, qui porte nos valeurs fondamentales à l’échelle de l’Europe et dont les arrêts sont constitutifs de notre droit national.

Je voudrais dire à nos amis et partenaires dans le monde que nous sommes fiers de notre laïcité et que nous les encourageons à la prendre comme modèle pour protéger leur société contre l’intégrisme médiéval que certains veulent nous imposer.  Nous sommes fiers de nos lois imposant la neutralité aux élèves et aux enseignants et nous les encourageons à les prendre comme modèle pour protéger leurs enfants du fondamentalisme religieux. Nous créerons d’ailleurs un organisme de promotion internationale de la laïcité chargé de défendre toutes les formes de sécularisation du fait religieux dans le monde.

Mes chers compatriotes, je veux que vous aimiez la laïcité comme je l’aime : passionnellement. Je veux que vous défendiez cette singularité française avec conviction et détermination, comme je la défends. Je veux que vous en soyez fier et que les enseignants en soient fiers pour que leurs élèves en soient fiers.

Il ne s’agit pas, comme je l’entends parfois dire, de faire de la laïcité la religion de ceux qui n’en ont pas. Une fois encore, car il faut que ce soit établi, la laïcité n’est pas l’ennemie de la religion. Mais si la formule d’André Malraux « Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas » devait s’avérer prémonitoire, peut-être faudra-t-il s’interroger sur la nécessité de sacraliser la laïcité, à côté de nos autres valeurs républicaines, de la Déclaration universelle des droits de l’homme et de la Convention européenne des droits de l’homme. La laïcité est sacrée. C’est une sacralité ou une spiritualité philosophique et non théocratique. Elle est sacrée comme le sont la démocratie, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’indépendance de la justice, la liberté de la presse, la liberté de penser et celle d’exprimer ses pensées ou de défendre ses convictions… La laïcité n’est pas une option. Elle est souple pas essence, mais non élastique ni à la carte.

Il est de mon devoir de protéger les musulmans de France contre l’islamisme politique

Étant profondément laïc, et président de la République, je ne suis ni plus proche ni plus éloigné du l’islam que du christianisme, du judaïsme, du bouddhisme ou de toute autre religion. Je suis proche des Français et garant des valeurs de la France. Je me suis adressé aux catholiques le 9 avril 2018 au Collège des Bernardins à Paris comme je m’adresse aujourd’hui aux concitoyens musulmans sur le chantier d’une grande mosquée.

Contre les communautarismes, je suis tout aussi opposé aux discriminations dont sont victimes les musulmans. C’est pourquoi je me tiens à vos côtés, chers compatriotes de confession musulmane. C’est pourquoi je suis aujourd’hui à Mulhouse pour saluer l’inauguration de la plus grande mosquée de France, cette mosquée cathédrale An-Nour. J’aurais pu aussi prononcer ce discours à Bussy-Saint-Georges où la municipalité a soutenu la création de lieux de culte mitoyens, synagogue, mosquée, temples bouddhistes dans cette très belle Esplanade des religions.

Mais, aussi présent que je sois aux côtés des citoyens de confession musulmane, je serai engagé contre l’islam politique. Et il n’y a pas plus de place en France pour un islam politique qu’il y en aurait pour un judaïsme ou un christianisme politique. Mais alors que les autres cultes n’ont pas, sauf à une échelle embryonnaire ou marginale, de visée politique, on ne peut en dire de même d’une composante de plus en plus importante de l’islam.

Or ici à Mulhouse la mosquée que vous venez d’inaugurer doit être un des derniers exemples des modalités par lesquelles les édifices religieux ont été construits depuis cinquante ans en France : certes, vos dons, chers concitoyens croyants, ont contribué à cette construction. Mais elle est aussi le fruit des apports de fonds étrangers venant surtout des pays du Golfe. Ce faisant, les mosquées françaises ont été influencées par un islam rigoriste qui ne correspond pas, loin s’en faut, à nos valeurs. On me dit que ce chantier est géré par une association liée à la mouvance française des Frères musulmans, adepte de l’islam politique. On ne s’en étonnera pas vu que son budget, qui avoisine les 28 millions d’euros, provient pour moitié de la Qatar Charity, une ONG du Qatar. L’Etat du Qatar avec lequel, par ailleurs, la France entretient des relations diplomatiques, économiques et culturelles que je tiens à saluer.

Chers compatriotes, je le dis avec force, le recours à ces financements extérieurs pour bâtir les lieux de culte musulmans est aussi le résultat de la loi de 1905 qui interdit à l’Etat de les financer. J’y reviendrai.

L’Etat doit être aux cotés de ses compatriotes de confession musulmane pour les aider à refuser les influences et les soutiens des pays les plus rigoristes dans l’islam mondial. D’autant que l’intégrisme islamique ne s’attaque pas qu’aux musulmans et s’en prend aujourd’hui aux fondements de notre République, rejette l’égalité des femmes et des hommes, considère comme impurs ou mécréants ceux, même et surtout parmi les musulmans, qui ne se soumettent pas à cette lecture archaïque, moyenâgeuse, violente, de l’islam. Dans certains quartiers, la laïcité a cédé au communautarisme, au projet politique visant à faire sécession avec notre République.

Des études, comme celles de l’Institut Montaigne ou de la Fondation Jean Jaurès, convergent : si les musulmans se disent majoritairement républicains, cette majorité n’est plus aussi large que par le passé et elle n’est peut-être plus majorité chez les jeunes musulmans, qui pourtant, pour la plupart, ignorent tout ou presque de leur religion. Trop de Français considèrent la charia supérieure à la loi de la République. Il y a donc danger !

Mes chers compatriotes, nous n’avons pas le droit d’abandonner les Français de confession musulmane, et au-delà tous les musulmans résidant dans notre pays, qui ont épousé la République, la démocratie, l’égalité entre hommes et femmes, le droit de changer de religion ou de n’en avoir aucune. Ils sont majoritaires, dois-je encore le rappeler ? Si nous ne les aidons pas, si nous ne les protégeons pas contre l’islam radical, ils deviendront minoritaires puis disparaîtront. Le communautarisme et l’islam politique pourraient triompher demain. Le sénateur Bruno Retailleau, dont je salue les travaux et les efforts, a raison de dire à la une du Journal du dimanche : si l’on n’agit pas, « il sera bientôt trop tard ».

Nous n’imposerons pas la laïcité à l’Arabie saoudite ou à l’Iran. Nous ne pouvons protéger les musulmans du monde contre l’intégrisme, le fanatisme, l’obscurantisme. Mais nous pouvons, avec les musulmans de France, – la plus grande population musulmane d’Europe -, avec leurs institutions et leurs ministres du culte, avec leurs leaders spirituels et philosophiques, faire émerger en France un islam des Lumières, qui à son tour pourra, nous l’espérons, devenir un exemple pour tous les musulmans du monde, qui tôt ou tard, aspireront à être libres.

Ce qui se joue aujourd’hui, c’est la sécularisation de l’islam comme l’ont connu le judaïsme et le christianisme après des siècles de lutte interne. Que la France en soit un des laboratoires, pourquoi pas !

Car l’obscurantisme est un totalitarisme, une prison pour les esprits et parfois pour les corps. La vocation de la France, à travers la Révolution française et l’avènement des Lumières, est de promouvoir cette liberté à travers le monde. Il est temps de reprendre ce flambeau que nous avons eu tort d’abandonner, de cesser d’avoir honte de notre laïcité, de nous excuser auprès des autres démocraties et de l’ONU d’imposer la neutralité dans nos services publics.

Le philosophe Abdenour Bidar disait que les musulmans étaient prisonniers de leurs traditions. La France ne veut pas les en libérer contre leur volonté, si tel n’est pas leur propre choix. Le respect des traditions n’est pas nécessairement en cause, même si à bien des égards, ces traditions ne relèvent qu’accessoirement de la religion dans son acception universelle. Ce sont souvent des traditions locales que l’on veut présenter comme des préceptes religieux. Il ne m’appartient pas de me livrer à une exégèse de l’islam, de dire qui est et qui n’est pas un bon musulman.

En revanche, ce que je ne peux accepter, c’est l’instrumentalisation des traditions et des règles religieuses à des fins politiques et sociétales. C’est là que les leaders spirituels de l’islam doivent nous aider. Ils en ont la liberté, même d’un point de vue théologique, puisqu’il n’existe pas de clergé musulman.

Le combat des femmes est le meilleur baromètre de la laïcité française. Je voudrais pour l’anecdote rappeler les propos de l’ancien président égyptien Gamal Abdel Nasser dans une allocution télévisée remontant aux années 1950. Il racontait que le chef des Frères musulmans lui avait demandé d’imposer aux femmes égyptiennes de sortir voilées dans la rue. Sa réponse fut : « Je lui ai répondu que c’était revenir à l’époque où la religion gouvernait et où on ne laissait les femmes sortir qu’à la tombée de la nuit » avant d’ajouter : « Je lui ai dit : Monsieur, vous avez une fille à la faculté de médecine, et elle ne porte pas le voile. Comment voulez-vous que je le fasse porter à dix millions de femmes égyptiennes ? ». Dans la salle, on entendit la réplique d’une personne à l’attention du leader des Frères musulmans « qu’il le porte lui-même ! ». Aujourd’hui, en France, ces mêmes Frères musulmans et autres salafistes veulent imposer le voile, parfois le voile intégral, aux femmes, dans la rue. Ils sont la régression, ils sont le retour en arrière, ils sont l’obscurantisme. La laïcité est la Lumière. La France est la Lumière. Et je le dis devant cette belle mosquée à naître dont le nom An-nour signifie « la lumière ».

Nous considérons, la France considère, je considère qu’aucune tradition, aucune religion, ne peut imposer aux femmes un statut inférieur à celui des hommes. Nous ne pouvons accepter que dans des cantines scolaires les enfants purs puissent être séparés des enfants impurs. Nous ne pouvons accepter qu’il leur soit enseigné qu’ils deviendraient des porcs et des singes en écoutant de la musique et que le sol s’effondrerait sous leurs pieds, ce qui s’est précisément produit au Bataclan le 13 novembre 2015 par l’action criminelle de Français. Nous ne pouvons accepter que la haine des femmes, des homosexuels, des juifs, des croisés, des impurs, des mécréants, des mauvais musulmans, des laïcs, des athées soit prêchée sur le sol français.

 

II Un nouveau droit de la laïcité

Il nous faut un nouvel arsenal constitutionnel et législatif à la hauteur du défi islamiste

Mes chers compatriotes, la gravité de la menace fondamentaliste nous oblige à réagir fortement. Le communautarisme islamiste menace de séparation des quartiers, parfois des communes entières, de la République. Pour en prendre la mesure et inverser la tendance et le rapport de force, je vous annonce un train de mesures ambitieuses.

Certes, la loi de 1905 sur la laïcité ne sera pas réformée car elle permet d’assurer la neutralité religieuse dans les services publics et son esprit inspire encore nos actions. En revanche, elle ne permet pas d’appréhender ni de freiner, loin s’en faut, le fait islamiste dans la société. Je l’ai illustré avec la question cruciale du financement du culte musulman.

La loi de 1905 est nécessaire mais insuffisante pour gérer une situation qui lui est postérieure de plus d’un siècle. Il n’est pas utile de la considérer comme plus sacrée que la Constitution, notre Loi fondamentale, qui, elle, a évolué au fil des temps.

En Alsace et en Moselle, c’est le concordat de 1801 et non la loi de 1905 qui régit les relations entre l’État et les cultes chrétien et juif. Pour ces religions, les ministres du Culte sont fonctionnaires et ainsi, sous le contrôle strict de l’État laïc. À plusieurs reprises, des élus alsaciens ont proposé d’inclure le culte musulman au concordat. On s’en est finalement tenu à quelques aménagements. L’Alsace est un bon exemple de vivre ensemble. Le fait religieux y est enseigné dans les écoles, ce qui contribue à décrisper l’appréhension de celui-ci et l’ignorance trop répandue des autres religions.

Instaurer un nouveau concordat applicable dans toute la France et à toutes les religions, en conformité avec l’article 1er de la Constitution, serait un moyen de renforcer considérablement le contrôle de l’enseignement religieux. Mais ce serait entrer dans d’interminables discussions avec les instances religieuses, alors qu’il y a urgence à agir, sur ce terrain, comme sur tant d’autres, à commencer par le climat et l’environnement. Les cultes doivent se soumettre à la loi laïque. Ce point ne peut faire l’objet d’aucun débat et ne nécessite aucun consentement.

Certes, la France ne va pas se doter d’un Concordat mais l’exemple alsacien et mosellan doivent nous inspirer.

Mes chers compatriotes, je vous annonce solennellement qu’une grande loi de laïcisation de tous les cultes, et plus particulièrement de l’Islam de France, et une révision préalable de la Constitution seront soumises par référendum aux Français dans les six mois qui viennent, au terme d’un grand débat démocratique et parlementaire.

Autant que de l’esprit de la loi de 1905, je me suis inspiré de ce que Napoléon Bonaparte a imposé aux citoyens de confession juive en 1807. Cette année-là, Napoléon Ier convoqua un « Grand Sanhédrin », du nom du Parlement des Hébreux de l’antiquité, que l’on aurait peut-être appelé un « Grenelle du judaïsme » s’il avait eu lieu aujourd’hui. Son but était d’ancrer le judaïsme à la nation en exigeant une soumission des juifs à ses lois, leur permettant d’accéder à une pleine citoyenneté. Il en résultat notamment la création du Consistoire central israélite de France, aujourd’hui encore en charge des questions religieuses, alors que le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), créé en 1944, assure une représentation purement laïque. Son activité est aujourd’hui principalement centrée sur la lutte contre l’antisémitisme.

Près d’un siècle avant que la loi n’entérine la séparation de l’Eglise (catholique pour l’essentiel) et de l’Etat, les Juifs avaient définitivement accepté un principe clé : la loi applicable est celle du pays, et non la loi biblique, sauf dans les domaines où la première laisse le champ à la seconde.

Des trois religions du livre, l’islam était la seule à rester sans représentation globale, ce qui s’expliquait par deux raisons majeures, l’une inhérente à l’absence d’un clergé musulman unique, l’autre par le fait que les musulmans étaient loin d’être aussi nombreux qu’ils ne le sont aujourd’hui. La première raison n’est pas rédhibitoire. Il n’y a pas davantage de clergé juif unique. D’ailleurs, il n’y en a pas vraiment dans le christianisme, puisque ni les protestants ni les chrétiens d’orient ne reconnaissent l’autorité du pape. Quant à la seconde raison, l’importance grandissante de la communauté musulmane a conduit les pouvoirs publics à envisager l’organisation d’une instance représentative de l’islam de France.  J’y reviendrai.

Je vous proposerai donc, mes chers compatriotes, une révision constitutionnelle vous proposant d’ajouter la laïcité à notre devise républicaine. La mesure n’est pas seulement symbolique, puisque notre laïcité sera désormais proclamée et affichée avec fierté sur d’innombrables édifices publics, à commencer par les écoles. Depuis 2013, l’article L.111-1-1 du Code de l’éducation rend obligatoires le pavoisement et l’affichage de la devise de la République dans les écoles, collèges et lycées publics et privés sous contrat. L’application de cette loi est encore imparfaite et incomplète.

Je veillerai à ce que notre nouvelle devise, dans l’article 2 modifié de la Constitution, « liberté, égalité, fraternité, laïcité » soit affichée devant toutes les écoles de la République pour la prochaine rentrée scolaire, ainsi que, d’ici le 14 juiller prochain, date de notre Fête nationale chérie, sur toutes les Mairies, sur tous les édifices publics de notre République.

 

Un nouvel Islam de France

Mes chers compatriotes, parce que la laïcité est mise à mal dans toute la société, plus que dans les seules administrations, parce que les islamistes sont en train de prendre le dessus sur les républicains parmi la communauté musulmane, l’Etat, comme c’est le cas dans la plupart des pays musulmans dans le monde face au fait religieux, va prendre les choses en main et organiser lui-même l’Islam de France.

Ainsi, la révision constitutionnelle consistera à acter la création pour chaque culte présent dans la République d’un Consistoire central, départemental et local chargé d’organiser l’exercice du culte, dont les recrutements et les financements devront être validés par les représentants de l’Etat.

Une loi subséquente instituera un Consistoire central de l’Islam de France (le CCIF, le vrai) qui remplacera le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) dont je considère qu’il a échoué dans sa mission de créer un Islam de France laïcisé.

Depuis 2007 et la création du CFCM, voulu par l’un de mes prédécesseurs Nicolas Sarkozy, j’ai observé cette institution censée gouverner le culte musulman en France. Je constate son échec à prévenir la montée de l’Islam radical. Et pour cause… Lorsque son directeur général se félicite des menaces de morts dont la jeune Mila a été assaillie récemment, j’avoue ne pas comprendre que ce Monsieur Abdallah Zekri reste à la tête de cette institution républicaine. Je demande d’ailleurs sa démission.

Mais mon point de vue sur le CFCM, je l’ai adopté définitivement lorsque je l’ai saisi en octobre 2019 sur le sujet de l’islamisme et du communautarisme. Le Sénat venait de voter l’interdiction du port de signes religieux pour les accompagnateurs de sorties scolaires, en pleine polémique sur le port du voile pour les mères musulmanes. Mon gouvernement avait alors rejeté ce projet.

Mais quelle n’a pas été ma surprise, ma déception, de lire la réponse du CFCM à ma saisie : celui-ci considéra que « le port du voile est une prescription religieuse », mais que les femmes de confession musulmane étaient libres de le porter ou non sans que cela porte atteinte à leur foi. « Celles qui ont décidé de s’en affranchir ne sont pas moins musulmanes et restent dans la communauté des croyants », avait complété le CFCM. Peu après, M. Mohammed Moussaoui publiait une opinion dissidente, au nom de l’Union des Mosquées de France, rappelant que le port du voile est une pratique religieuse qui ne fait pas partie des fondements de la foi musulmane ni des cinq piliers de l’Islam.

Certes, M. Mohammed Moussaoui a ensuite été élu président du CFCM mais je ne suis pas sûr que son élection soit due à cette opinion dissidente.

Mes chers compatriotes de confession musulmane, permettez-moi de m’adresser à vous directement : cette cacophonie théologique m’inquiète et montre les tensions idéologiques qui traversent l’islam de France au moment où j’attends, la France attend de vos représentants une fermeté sans réserve sur les principes.

Il ne m’appartient pas de m’immiscer dans les débats théologiques ni de m’ériger en exégète de l’islam. En revanche, il est de mon devoir de rappeler à tous que les valeurs et les lois de la République sont intangibles et que rien ne peut leur être supérieur. En 1807, un siècle avant la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, les Juifs ont accepté cette soumission, en échange d’une pleine et entière citoyenneté. Il doit en être de même des musulmans de France.

L’Islam de France doit être 100% républicain. L’égalité femmes – hommes, la pleine liberté des femmes de disposer d’elles-mêmes ne se transige pas, ne se négocie pas. Leur soumission à des impératifs religieux, présentés comme tels alors qu’ils ne le devraient point, choque le républicain que je suis. Que des femmes portent le voile ne me gêne pas en soi (la pudeur, la foi les honorent), que des institutions religieuses le présentent comme une prescription, cela ne peut être accepté venant des représentants de l’Islam de France.

Les membres du Consistoire central de l’Islam de France seront élus sur la base de listes de candidatures validées par les pouvoirs publics qui auront vérifié et auditionné au préalable les membres sur leurs propos et leurs prêches dans le passé. Un candidat qui a déjà tenu des propos fondamentalistes sera systématique rejeté.

 Le corps électoral sera composé des Français qui auront déclaré être musulman. Pour que cette déclaration de confession soit possible, au préalable, une révision législative permettra, comme c’est le cas dans de nombreuses autres démocraties, de tenir des statistiques cultuelles qui permettront de mieux connaître, accepter et reconnaître la diversité de la société française. Il ne s’agit évidemment pas de mentionner la religion sur la carte d’identité ou tout autre document officiel, mais de donner les pouvoirs publics d’un outil statistique essentiel. Comment, par exemple, connaître les besoins de lieux de culte sans connaître le nombre de fidèles ? 

D’autre part, un arsenal législatif sera adopté par référendum interdisant le salafisme et le frérisme, deux idéologies à l’œuvre pour miner la laïcité. Je rappelle qu’en 2016, la députée Nathalie Kosciusko-Morizet avait vainement soumis à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant à interdire la « prédication subversive », c’est-à-dire le salafisme. Le gouvernement de Manuel Valls l’avait rejeté. Or prêcher la haine, emprisonner les femmes, ne serait-ce que dans une tenue vestimentaire, inculquer à des enfants des valeurs manifestement contraires à celles de la République, cela doit être prohibé et sanctionné sévèrement. Les auteurs et les diffuseurs de tels propos, sur internet, dans des livres, dans des conférences ou dans des prêches pourront plus aisément être poursuivis pénalement.

Au vu de la situation séparatiste, de rupture, qui règne dans de nombreux territoires de la République, la neutralité des services publics sera étendue aux usagers du service public : les accompagnateurs d’enfants, les animateurs scolaires et sociaux mais également les jeunes, devront rester neutres dans leur expression et leurs accoutrements vestimentaires. Les signes religieux ostentatoires doivent rester chez soi.

Notre vivre-ensemble, c’est la neutralité religieuse. Celle-ci doit être étendue au-delà des administrations et reconquérir tout l’espace public, progressivement et sans heurt. Mais aussi sans faiblesse. La Convention européenne des droits de l’homme permet aux États signataires de prendre des mesures discriminatoires ciblées pour protéger leurs valeurs au nom de leur propre conception du vivre-ensemble. Par exemple, avant l’arrivée de Recep Tayyip Erdoğan au pouvoir, la Turquie avait pu interdire le voile islamique dans ses universités parce que les fondamentalismes y exerçaient un prosélytisme agressif.

 

L’école de la République est le sanctuaire de la laïcité

Mes chers compatriotes, l’école est au centre de toutes mes préoccupations. Je veux ici féliciter Jean Michel Blanquer, un ministre de l’Éducation nationale qui est une véritable chance pour la France, pour ses écoles, ses enseignants, ses élèves. Son vade-mecum sur la laïcité, transmis à tous les enseignants en 2018, est un formidable outil pour la promouvoir sans stigmatiser, pour permettre aux enseignants d’expliquer, de convaincre et s’il le faut, de contraindre et de sanctionner. Désormais, chaque trimestre, une demi-journée sera consacrée à la formation de tous les personnels de l’Education nationale sur les voies et moyens de faire vivre ce vade-mecum. Je souhaite qu’une formation accélérée soit prodiguée aux enseignants. Elle portera sur la laïcité et ses atteintes, jusqu’à la radicalisation qui en est la forme la plus avancée, et qui peut relever de la protection de l’enfance.

Mais il faudra aller plus loin : je souhaite que la signature du règlement intérieur et d’une charte de la laïcité par les parents soient un moment solennel et non pas un formulaire que l’on donne à signer. L’inauguration de la nouvelle devise républicaine « liberté, égalité, fraternité, laïcité » sera l’occasion pour toutes les familles et leurs enfants de signer la Charte de la laïcité à la rentrée scolaire de septembre 2020. Je souhaite aussi que le règlement intérieur comporte aussi des mesures coercitives s’il n’était pas respecté.

Reste la délicate question de l’affichage de signes ostensibles de nature philosophique, religieuse ou politique par les accompagnants scolaires. La neutralité est de rigueur dans les murs de l’école. Elle devra y être renforcée et systématisée à l’égard de tous intervenants en contact avec les enfants. Les sorties scolaires sont un prolongement de l’école, et il est donc logique que les accompagnants scolaires soient astreints à l’obligation de neutralité. Dans l’affaire dite de la crèche privée Baby-Loup, la Cour de cassation avait jugé licite un règlement intérieur exigeant la neutralité des salariées en contact avec de jeunes enfants, précisément pour les protéger de tout prosélytisme. Elle a placé le débat sur le terrain de la protection de l’enfance, au sens large du terme. L’enfant doit en effet être protégé de tout endoctrinement, et même toute influence politique, philosophique ou religieuse.

J’ai demandé à Jean Michel Blanquer de préparer une modification de la loi du 15 mars 2004 prohibant les signes religieux ostensibles à l’école pour que la neutralité politique, philosophique et religieuse soit étendue aux accompagnants scolaires. J’ai parfaitement conscience que dans certains quartiers, la plupart des mamans accompagnatrices portent le foulard. Il appartiendra aux chefs d’établissement de faire montre de discernement, comme ils le font déjà dans l’application de la loi de 2004. Un fichu sur la tête, porté par tradition, peut être toléré, mais en aucun cas un attribut entourant ou englobant le visage, et encore moins le dissimulant.

Ce voile ou foulard ne relève pas de la tradition, en tout cas pas en France, et le fait que son port résulte d’un commandement religieux fait même débat parmi les musulmans. Il est trop souvent porté comme un étendard identitaire et véhicule une discrimination négative à l’égard des femmes. L’obligation de neutralité ne saurait évidemment viser que les religions et encore moins une d’entre elle. En extérieur, un accompagnant de confession juive pourra, si tel est son désire, porter une casquette, mais pas une calotte ou kippa. Une croix chrétienne ne devra pas être portée de façon ostentatoire. Un teeshirt à la gloire d’un parti politique ou d’une idéologie ne doit pas davantage être accepté. Toute forme d’affichage ostensible de ses convictions relève du prosélytisme, puisqu’elle peut susciter un questionnement de l’élève à laquelle l’accompagnant peut apporter une réponse orientée.

Enfin, la loi renforcera l’encadrement des écoles confessionnelles, qu’elles soient ou non sous contrat avec l’État, et restreindra considérablement les options de scolarisation à domicile, laquelle fera l’objet d’un contrôle strict. Jamais nous n’accepterons que soit inculquée aux enfants la primauté de la loi religieuse sur la République, ses lois, ses valeurs, ses principes. Jamais nous n’accepterons que la scolarité, même dans un cadre privé, puisse devenir l’instrument de la sécession d’avec la République. 

 

Une nouvelle République laïque

Cette révision constitutionnelle majeure et les lois subséquentes qui sortiront de ce débat républicain, le tout soumis à un référendum, impacteront toute la société française.

Vous la savez, mes chers compatriotes, je suis pour une laïcité ouverte et bienveillante. Mais elle doit être ferme et exigeante en ces temps de guerre contre la République.

L’Etat prendra le leadership de cette grande réforme. Ainsi, le ministre des cultes ne sera plus le ministre de l’intérieur. Il sera désormais un ministre de plein exercice avec rang de ministre d’Etat, numéro 2 du gouvernement. Madame Nathalie Kosciusko-Morizet que j’ai sollicitée et qui l’a accepté, en sera la ministre.

Une vaste réforme pénitentiaire sera mise en œuvre permettant de recruter des personnels spécifiques, formés à cet effet, chargés de gérer les prisonniers radicalisés. Nous ne pouvons accepter que la prison soit devenue « l’ENA du djihadisme » pour reprendre les propos du chercheur Hugo Micheron.

Au lendemain des élections municipales, en lien avec les organisations d’élus locaux, des Etats généraux de la radicalisation dans les territoires donneront aux maires et aux départements plus de latitude pour renforcer les moyens de faire vivre la laïcité au plus près des citoyens.

S’agissant de la question cruciale et sensible des imams, je vous ai déjà annoncé qu’ils devront obligatoirement prêcher en français. Dans le respect de nos principes constitutionnels, tous les ministres du culte de toutes obédiences ne pourront officier sans l’obtention d’un certificat préalable délivré par l’Etat, à l’issue d’une période de transition. Une université théologique reconnue par l’Etat délivrera ces habilitations. Elle sera dirigée par un conseil de théologiens dont j’ai demandé à l’islamologue, Monsieur Karim Ifrak, de proposer au ministre des cultes une composition nouvelle.

Il va de soi que pour l’immense majorité d’entre eux, cette obtention relèvera de la plus simple des formalités. En revanche, ceux qui se réclament de l’extrémisme religieux, qui ont par le passé tenu des propos fondamentalistes, ou qui ont pratiqué un détournement du spirituel à des fins politiques ou identitaires seront exclus du droit de prêcher et d’enseigner ou se verront retirer leur habilitation sine die. Les lieux cultuels ou culturels où sont prêchées la haine ou des valeurs contraires à la République seront systématiquement fermés, les auteurs et instigateurs de tels prêches seront expulsés s’ils sont étrangers et poursuivis pénalement s’ils sont français.

En matière de financement, tous les financements étrangers seront interdits et remplacés par la taxe hallal dont j’ai demandé à Bruno Le Maire et Gerald Darmanin de proposer un mécanisme simple qui sera voté dans la prochaine loi de finances 2021.

D’autre part, les efforts financiers considérables qu’implique cette guerre contre le fanatisme religieux seront isolés dans le budget de la nation et donc sortis du calcul du déficit des 3% que nous nous imposons dans le cadre de l’Union Européenne.

Enfin, et ce n’est pas anecdotique, j’ai également demandé au ministre de la culture, Franck Riester, et à Madame Dephine Ernotte, présidente de France Télévision, de procéder au remplacement de l’émission Islam sur France 2, qui est plus un cours de théologie herméneutique qu’une émission populaire destinée à expliquer l’islam aux auditeurs. La pédagogie doit remplacer l’exégèse.

Mes chers compatriotes, comme vous le constatez, je n’ai pas parlé ici de répression, de sécurité, de renseignement, de lutte contre la radicalisation islamiste. J’ai voulu ici et maintenant vous parler du socle, de la source de cette lutte, de ce combat, de cette guerre contre l’islam radical. Mes précédents discours appelaient à une société de vigilance. Ils ont inspiré celui-ci.

Evidemment, l’ensemble de l’arsenal policier et judiciaire sera renforcé par les annonces d’aujourd’hui. A cet effet, je m’engage à suivre les recommandations de la Commission d’enquête sur la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre présidée par la sénatrice Nathalie Delattre. Les 150 enclaves islamistes que la DGSI a recensées sur notre territoire seront mises sous tutelle de l’Etat et des renforts policiers, éducatifs, économiques, militaires si nécessaire, y seront déployés dans les mois qui viennent.

Ces forces d’intervention républicaines, prônées par des personnalités comme le général Soublet, la généralisation du plan de lutte contre la radicalisation déjà appliqué dans 15 quartiers, tous ces dispositifs nous permettront de gagner cette guerre.

Tous les jeunes de moins de trente ans qui ne suivent pas d’études ou n’exercent point un travail depuis moins de six mois dans ces 150 territoires cibles se verront imposer le service national universel.

Mes chers compatriotes, c’est un combat d’une génération, de deux peut-être, qui commence. Et c’est pourquoi aussi la révision de la Constitution s’impose pour prendre la mesure en même temps de l’urgence et du temps long dans lequel nous devons doublement nous inscrire.

Les modifications législatives et constitutionnelles que je vous annonce sont indispensables parce qu’il est de l’essence même de la règle juridique d’évoluer avec la société et de s’y adapter pour mieux la protéger. C’est ce qui la distingue du dogme. La religion a son entière place dans la société, mais elle ne saurait la régir et lui imposer ses codes.

Je n’ai pas non plus parlé ici et maintenant des discriminations dont trop de nos concitoyens dont les prénoms et/ou les noms sont à consonance maghrébine ou africaine sont victimes, sans parler du délit de faciès, et sur lesquelles je reviendrai prochainement.

Mon propos était de dire que par crainte de ne pas stigmatiser les musulmans, nous les avons abandonnés aux extrémistes. Nous avons laissé la sécession prospérer sur notre territoire. Il est urgent d’y mettre un terme pour préserver nos valeurs. C’est cela la reconquête des territoires et des cœurs perdus de la République.

 

Vive la République. Vive la France.

 

 Emmanuel Macron

 

Mulhouse, chantier de la mosquée – cathédrale An-Nour, 18 février 2020

 

 

Vous venez de lire la quatrième livraison de notre série de politique fiction : « les grands discours – fiction d’Emmanuel Macron ». Ces textes sont commis par Michel Taube et Raymond Taube lorsque la situation de la France se crispe trop… :

–       le 3 décembre 2018 : « Mes chers compatriotes… Ma réponse aux gilets jaunes » par Emmanuel Macron.

–       Le 15 mars 2019 (jour de la clôture du Grand Débat national consécutif au mouvement des gilets jaunes) : « Mes chers compatriotes…  Je vous ai entendus : je crée un Haut Comité pour la refondation de la République »

–       Le 20 décembre 2019, Emmanuel Macron : « Mes chers compatriotes… Pourquoi je ne céderai pas sur la réforme des retraites. »

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