Ensemble contre le coronavirus
09H37 - mardi 14 avril 2020

La mort, là, soudain… Chronique pour une nouvelle époque de Jean-Philippe de Garate

 

La mort est tombée sur elle avec le soir. Elle n’avait que cinquante ans et ne faisait donc pas partie des classes d’âges à risque. Il y a trois semaines, elle avait commencé à ressentir la compression s’exercer sur son thorax et puis, très vite, ce que l’on sait de Covid, le tueur sadique, s’est trouvé vérifié : perte du goût, de l’odorat, et autres symptômes, avec des souffrances à hurler. L’hôpital Mignot, à Versailles, l’avait placée immédiatement en coma artificiel mais rien n’y a fait. Nous sommes le jeudi 9 avril et cette journée aura été la dernière qu’elle aura passée parmi nous.

La mort laisse bêtes ceux qui la constatent. Comment un tel trésor de sentiments, de pensées, d’histoires vécues, de liens familiaux, d’amitiés anciennes peuvent-ils se terminer avec cette « chose » inerte ? Car si un vivant est un voyageur, un mort devient un colis.

Il y a finalement deux catégories d’hommes sur terre et la hiérarchie est celle-ci : ceux qui ont connu la mort et ceux qui la nient. Les lambeaux de cœur que la faux nous arrache ne sont pas perdus. Ils nous lient à celles et ceux tombés dans ces combats, et la cicatrice si lente à se fermer– parce qu’une faux, comme une serpe, travaille en longueur et laisse nos cœurs labourés – est tout sauf inutile à notre propre existence.

La vérité est simple : le deuil n’existait plus dans notre société que pour accompagner les poncifs d’un « travail de deuil » prescrit sur ordonnance. Non, la société de la nouvelle époque ne sera pas médicale. Ou si elle le devient, elle aura auparavant dépouillé les blouses blanches de tous les barbarismes, et cette novlangue dont nous avons tous bien failli crever comme des chiens, des esclaves.

La nocturne et effrayante chauve-souris, l’étrange pangolin, ou fourmilier écailleux, semblaient presque aussi loin de nous que, derrière les brumes de leur histoire, le comte Dracula, Elisabeth Báthory de Ecséd, et autres monstres montés en scenarii pour adolescents prolongés et prétextes à un double cornet pistache-rhum raisin. Mais cette fois, fini de jouer.

Cette nouvelle époque ne fêtera pas son avènement chez Tortoni mais par le retour d’une notion bien oubliée : la réalité ou mieux dit, le réel. Le vingtième siècle nous a menti, la balle tuant Kennedy a été si intelligente -pour effectuer vingt six virages avant d’atteindre sa cible –nombre de bretteurs d’estrade ont vendu tant de lessives de toutes sortes pour guérir, résoudre l’équation, retourner la situation, faire de l’or avec … rien, qu’on saluerait presque la faucheuse de mettre fin à tant d’imposture, à ce film qui se déroulait sans fin. Et pourtant, la mort demeure si haïssable, la mort demeure notre ennemie la plus évidente, nous sommes si tristes, si pauvres, si vides ce soir, devant le corps de cette femme que nous découvrons : c’est elle, et ce n’est plus vraiment elle.

Combattons le Covid-19. Mais surtout, n’oublions pas : arrachons de ce monde tout ce qui a mené à cette pause dans nos vies. Un avertissement sans frais. Pour les survivants.

 

Jean-Philippe de Garate

 

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