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11H26 - mercredi 25 janvier 2017

Sois belle et ouvre la ! Le combat contre l’excision d’Aïssetou Konte

mercredi 25 janvier 2017 - 11H26
Aïssetou Konte

Aïssetou Konte

Je suis Aïssetou Konte, j’ai 27 ans, je suis née en France le 20 mars 1989 et je suis d’origine Malienne.

Je suis secrétaire médico-sociale au sein d’un service social à Strasbourg. 

J’aime mon pays, j’aime ma culture malienne, j’aime l’histoire de mon pays d’origine. J’aime lorsque les portes de l’avion s’ouvrent et que l’odeur du Mali vient me donner une caresse sur le visage pour m’accueillir. 

Oui je suis fière d’avoir deux parents d’origine malienne, c’est l’une des plus belles choses qu’ils nous ont offertes. 

Derrière cet héritage dont je suis si fière, se cache toutefois une tragédie, une blessure.

Une pratique me chagrine au plus profond de moi-même. Une pratique ancestrale venant de la corne de l’Afrique il y a des milliers d’années, qui malheureusement a décidé de s’agripper à mon « Maliba », mon cher et tendre pays maternel et paternel. Une pratique fait couler du sang, qui blesse plus de 200 millions de femmes dans le monde, qu’elles soient musulmanes, animistes ou chrétiennes. Avec le développement des migrations, cette pratique a réussi à traverser le continent africain et est arrivée en France. 

En 1990 j’ai été mutilée. Oui, en France ! Il n’y a pas eu besoin de m’envoyer au pays en vacances comme certaines copines pour nous arracher notre clitoris. Le pays où je suis née et où j’ai grandi pensais peut-être que l’excision s’arrête aux portes de l’Afrique. Or des dizaines de milliers de femmes vivant sur le sol français, et parmi elles de nombreuses Françaises, ont été ou sont victimes de l’excision.

Que ce soit au Mali, en France, en Malaisie, en Colombie, en Egypte, la pratique de l’excision est un moyen de contrôler la femme dans notre société. C’est le reflet d’une inégalité entre les sexes. 

Malgré la mise en garde du corps médical, les familles continuent encore à retirer le clitoris des bébés fraîchement arrivés auprès de leurs mamans, de jeunes filles, de femmes pour satisfaire je ne sais quel genre de tradition archaïque. 

Le Mali fait partie des 29 pays les plus touchés au monde par cette pratique tragique. 

Des enfants et des femmes sont meurtries par cet acte qui les marque à vie : des infections, des décès à l’accouchement, des fistules, la contraction du VIH, et j’en passe… Nous, les femmes, mettons au monde votre descendance et la plupart d’entre nous le faisons dans la pire des souffrances. Certaines ne voudrons plus jamais enfanter…

Un combat qui doit impliquer la France et l’Afrique

Alors que vient de se tenir le Sommet Afrique France à Bamako au Mali, les dirigeants de nos pays ne sont-ils pas peinés de voir du sang couler du corps de bébés de 3 jours ? Ne sont-ils pas atteints de voir les futures mères de la nation être violentées de la sorte ? Ne sont-ils pas surpris d’entendre des femmes hurler de douleur en mettant au monde leur progéniture ? 

Pourquoi l’excision au Mali comme en France ne fait-elle pas partie d’une des grandes priorités de la santé publique ? Des campagnes de sensibilisation sont parfois menées par les pouvoirs publics mais c’est à une action constante que nous devrions assister jusqu’à l’éradication de cette pratique d’un autre âge ! Cette problématique ne date pas d’aujourd’hui. Faut-il attendre que nos enfants noient l’Afrique sous le sang de leur excision ? 

Je suis Française, je suis d’origine malienne. J’estime que mon problème concerne mes deux pays.

Des fillettes partent en vacances entières et reviennent avec une partie d’elles en moins. Une partie qui sera mise aux ordures comme un vulgaire déchet. Ces fillettes reviennent avec un traumatisme inexplicable. Tordues de douleur, elles feront tout pour oublier cette attaque inhumaine. 

Les femmes excisées ne sont pas des victimes mais des survivantes car oui, nous avons survécu à la torture. L’excision reste et restera l’acte qui est entré dans le corps de la femme sans son consentement, dans mon corps contre mon gré !

Je suis une femme et je suis humaine. Comme chaque individu, j’ai des droits. J’ai le droit à l’intégrité physique et mentale, le droit de ne pas subir de discrimination fondée sur le sexe, le droit de ne pas subir de traitements cruels, inhumains et dégradants … le droit à la vie. 

Je vis avec chaque jour, j’y ai survécu et j’en ferai mon combat.

Aïssetou Konte

 

Sois belle et ouvre la : une idée de Michel Taube. Chef de rubrique : Goundo Sylla

Opinion Internationale vous propose une nouvelle rubrique engagée : SOIS BELLE ET OUVRE LA !

Rien à voir avec les concours comme Miss France, quoi que… En 2003, à notre demande, Geneviève de Fontenay et Sylvie Tellier avaient mobilisé de nombreuses Miss pour demander l’abolition de la peine de mort, à l’occasion de l’élection de Miss Univers au Nigéria qui avait suscité de nombreuses échauffourées (et des morts !) dans des provinces du nord du pays qui appliquaient déjà la sharia. L’idée de cette rubrique date de l’époque et a mis du temps à mûrir…

Aïssetou Konte

Aïssetou Konte

Des reines (et parfois des rois) de beauté, qui ont quelque chose à dire sur le monde, un projet à bâtir, une ambition à défendre poseront désormais pour Opinion Internationale ! Et le feront savoir à l’opinion internationale. La beauté, toutes les beautés, le beau au service d’un monde plus libre et fraternel… Tout un programme avec « Sois belle et ouvre la » !

Rappel des précédents épisodes :

Goundo Sylla. Source : Opinion internationale

Goundo Sylla. Source : Opinion internationale

Le 13 décembre 2016, Goundo SYLLA, une jeune franco-sénégalaise, s’adresse aux deux chefs d’Etat français et sénégalais.

 

Le handisport soutient Paris 2024.

Handisport : épisode 3 de la semaine de soutien à la candidature de « Paris2024 » proposée par Opinion Internationale et Sport & Démocratie.
Michel Taube