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17H00 - vendredi 22 avril 2016

Exclusif : la première interview politique 360°. Avec Nathalie Kosciusko-Morizet

vendredi 22 avril 2016 - 17H00

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Elle a joué le jeu et s’est pliée de bon cœur et avec curiosité à l’exercice, juste avant de partir pour une tournée africaine auprès des armées françaises, dont elle est revenue ce matin. Opinion Internationale publie la première interview politique tournée en 360° dans l’histoire audiovisuelle et numérique en France. Et c’est Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire de la droite pour l’élection présidentielle en France, qui a répondu à notre proposition. Une autre façon pour cette femme politique de se dévoiler après la parution de son livre : « Nous avons changé de monde » (Ed. Albin Michel).

Il s’agit là d’une expérience totalement inédite. Même aux Etats-Unis, certes, ils s’y sont mis un peu avant nous, notamment le candidat aux primaires démocrates, Bernie Sanders, mais avec des qualités d’image qui nous laissent penser qu’avec l’interview de NKM, nous n’avons pas à rougir de la comparaison. Michelle Obama s’y est également pliée avec un peu plus de succès pour un grand magazine américain, The Verge. C’était le 14 mars, il y a un mois et demi à peine. Pour une fois, la traversée de l’Atlantique s’est faite assez rapidement…

Cette expérience fut aussi inédite pour l’invitée comme pour l’équipe de tournage. Avouons-le, ce ne fut pas simple : nous avons rencontré quelques obstacles, notamment de téléchargement des données sur Youtube. Il faut dire que nous avons volontairement utilisé du matériel à disposition du grand public (caméra, logiciels et Youtube) pour bien montrer qu’on est rentrés dans l’ère du 360° et que nous allons tous pouvoir vivre et réaliser cette nouvelle expérience.

Bon, nous avons aussi été guidés par un professionnel… tout de même ! Christophe Lyard, que nous remercions pour sa disponibilité. Comme il le souligne lui-même dans un article sur Opinion Internationale, au-delà des améliorations techniques, c’est l’invention d’une nouvelle écriture audiovisuelle, qui est nécessaire pour que cette ère nouvelle soit durable.

Pour l’heure, Opinion Internationale vous propose de vivre en 360° un extrait de cette interview. En l’occurrence tous les échanges sur la place et l’avenir des femmes dans la société, dans le monde économique et dans les entreprises.

360°, on peut l’entendre aussi comme une interview de toutes les dimensions, un entretien qui fait le tour de tous les enjeux. Impossible évidemment. Mais l’entretien, qui a duré 45 minutes au total, nous permet de mieux connaître les facettes et la cohérence de l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, hier numéro 2 des Républicains, demain candidate, qui sait, à la présidence de la République.

 

Opinion Internationale vous propose ci-dessous quatre façons de vivre cette interview :

  • En vidéo 360° pendant 6 minutes,
  • L’entretien à lire,
  • L’entretien à écouter,
  • En photos..

Un entretien réalisé par Michel Taube

Sur une proposition 360° de Christophe Lyard de Futuria Production

Montage et photos : Stéphanie Petit

Rédaction : Catherine Fuhg

A lire  :

 

NKM, l’entretien en 360°

Vivez une expérience de 6 minutes en 360°, le passage de l’interview de Nathalie Kosciusko-Morizet consacré à la place des femmes en politique et dans économie.

Voici le mode d’emploi de l’itw en 360 degrés pour suivre la vidéo dans les meilleures conditions :

– Sur les ordinateurs : manipulez les petites flèches de la molette en haut à gauche de l’écran ou utilisez les flèches de direction sur vos claviers,

– Sur les tablettes et les smartphones : appuyez sur la vidéo, vous serez directement redirigé vers YouTube. Mettez en plein écran. Puis bougez avec la vidéo ou vos doigts sur l’écran et vivez votre première expérience politique 360 degrés.

La Rédaction d’Opinion Internationale

 

 

NKM, l’entretien à lire

Femme politique, femme d’action, entretien avec Nathalie Kosciusko-Morizet

 

Nathalie Kosciusko-Morizet revient demain d’une tournée au Sahel des avant-postes militaires de l’opération Barkhane. Officier de réserve, en tant que polytechnicienne, elle est allée à la rencontre des soldats installés au Mali, au Tchad et au Niger.

Il faut de la carrure pour porter bien l’acronyme. NKM, qui n’en manque pas, porte le sien avec assurance. Et puis, ça fait gagner du temps, elle qui n’aime pas en perdre dans ces débats abstraits où trop souvent s’enferrent ses collègues en politique. Ce qui l’anime, elle, avant tout, est la volonté d’agir sur la réalité. Sa formation, explique-t-elle, y est sans doute pour beaucoup : dans les écoles d’ingénieurs, on développe le goût de l’efficacité et de la construction, une exigence d’« action, de rigueur et de résultat » à laquelle NKM a appris à se mesurer. Dans la bouche de cette candidate à la primaire de la droite en vue de l’élection présidentielle, cela ressemble à une promesse. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : avec Nathalie Kosciusko-Morizet, la langue de bois n’est pas d’usage. Les questions appellent des réponses aussi claires que directes.

Entretien avec Opinion Internationale.

 

 

 

Commençons par votre candidature à la primaire des Républicains. Pourquoi vous présentez-vous ? Et qu’est-ce qui vous différencie des autres candidats ?

Je ne cherche pas à me différencier. Je suis candidate parce qu’aucun des autres n’incarne les convictions que je défends. Ils sont tous sur la même ligne, ce qui en dit long sur la droite aujourd’hui. Les autres candidats sont dans une logique de pouvoir à l’ancienne, que contestent actuellement les Français. Un pouvoir qui s’incarne dans l’État. Un État pesant à l’excès. Ma conception du pouvoir et de la politique diffère totalement de la leur.

La société et l’économie sont dans une dynamique de changement rapide, il faut que la politique change aussi. Pour moi, le rôle du politique doit être de favoriser le déploiement des énergies des entrepreneurs, des associations, des créateurs. Ce qui m’amène à des positions que certains jugent très libérales dans le domaine économique. Mais mon libéralisme n’est pas celui que défendent mes concurrents, qui prônent surtout la dérégulation. Il s’agit de donner les moyens aux Français de saisir les opportunités de la modernité. De plus, mon libéralisme à moi n’est pas unijambiste : je suis libérale aussi sur les questions de société. En effet, comment imaginer qu’une même personne sache prendre les décisions dans le cadre de son entreprise mais pas dans sa vie privée ? En revanche, parce qu’il faut absolument protéger nos libertés, qui sont l’ADN de notre civilisation, je suis très ferme sur les questions de sécurité, de justice et d’éducation.

 

En parlant de liberté, l’idée d’interdire le port du voile à l’université, soulevée par le Premier ministre, a été rejetée par le président de la République lors de l’émission Dialogues citoyens sur France 2 le 14 avril. Quelle est votre position à ce sujet ?

Tout d’abord, je suis choquée d’être sans cesse témoin des arbitrages internes du gouvernement. La déchéance de la nationalité, la loi El  Khomri, à présent le voile à l’université sont l’objet des désaccords internes incessants au sein du pouvoir qui nous affaiblissent. Ces sujets méritent que l’on présente un front uni.

Sur le fond, il ne s’agit pas pour moi ici d’un problème de laïcité, ni même de liberté de ces femmes qui portent le voile. Car pour beaucoup, c’est la réalité, elles le font par choix personnel, sans y être aucunement forcées. En revanche, la liberté de celles qui refusent de le porter, bien que de culture musulmane, pourrait bien être menacée par les pressions de leur milieu. Et là, entre la liberté des unes et celle des autres, s’il me faut arbitrer, je défendrai toujours celles qui choisissent de ne pas porter le voile.

 

Vous êtes une libérale et vous l’assumez, on l’a vu. Vous vous êtes par exemple positionnée contre la déchéance de nationalité. Et voilà que maintenant vous prônez la peine de prison à perpétuité réelle pour les terroristes, ce qui revient à une peine de mort lente. Pourquoi ?

C’est justement parce que je suis absolument opposée à la peine de mort que je défends la perpétuité réelle. Dans le contexte actuel, dont on sait qu’il va durer, où des crimes particulièrement atroces sont commis, le débat sur la peine de mort risque de revenir nous hanter. Aujourd’hui, malheureusement, la grande majorité des électeurs de droite sont favorables à la peine de mort. Je regrette que Xavier Bertrand ait déclaré qu’il n’aurait pas voté en 1981 l’abolition de la peine de mort. Et pour moi, le seul moyen de contrer ce discours dangereux, l’alternative politique à la peine capitale, c’est de proposer une perpétuité réelle.

Deuxièmement, comment ne pas envisager ce qui se passera quand les terroristes, après avoir purgé leur peine, sortiront de prison ? Parce qu’ils en sortiront si l’on ne change rien au code pénal. La question se pose de manière d’autant plus tenace que ces terroristes sont jeunes, qu’ils le seront encore à la fin de la période de sûreté pendant laquelle les conditions de libération sont étudiées en fonction de l’attitude du détenu en prison. Or, ces terroristes, pendant leur formation, ont appris la dissimulation, Takia en arabe, qui a été théorisée. Ils pourront donc dissimuler leur état d’esprit, être des prisonniers modèles, et sur la foi de ce profil obtenir leur libération.

Dernier point, il ne faut pas ignorer le pouvoir de l’hypermédiatisation qui transforme les terroristes en icônes dans leur milieu, en référents. S’ils sortent de prison, rien ne les empêchera de devenir les mentors d’aspirants terroristes. C’est pour toutes ces raisons, que je ne peux pas sereinement imaginer leur libération au terme d’une période de sûreté et que je défends la peine de prison à perpétuité réelle.

 

Pourquoi proposez-vous d’imposer une taxe sur le halal ?

Sur la question de l’Islam de France, l’hypocrisie des politiques est générale et terrible. Tous les ministres de l’Intérieur, de gauche comme de droite, parlent de l’Islam de France, et tous sans exception négocient avec les pays du Maghreb et l’Arabie saoudite les conditions d’exercice du culte musulman en France. Comme, par exemple, le financement des mosquées ou la venue à l’occasion du ramadan d’imams qui prêchent dans la langue d’origine. On parle donc d’Islam de France sans agir pour l’encourager et l’aider à émerger. La raison à cela est simple : le manque de moyens.

Ma proposition vise donc à donner les moyens de développer et soutenir l’islam de France par une redevance de 1 % – environ 60 millions par an – gérée par les instances du culte musulman en France. Cette taxe permettra de financer les mosquées et de pouvoir enfin légitimement interdire les financements étrangers. Mon idée avance et commence à rencontrer un écho favorable, notamment auprès des représentants du culte musulman.

 

La révolution numérique transforme notre société en profondeur et en particulier dans le domaine du travail. Quelle est votre doctrine en matière d’économie numérique ?

Ma doctrine, c’est que le monde est en train de changer et que l’État doit créer le cadre pour que les Français puissent saisir toutes les opportunités qui vont s’offrir à eux. Il s’agit non pas d’accélérer ou freiner le développement ni de se battre pour protéger l’existant, mais d’accompagner le mouvement impulsé par la société et l’économie.

Le fait majeur aujourd’hui, dans le monde du travail par exemple, est l’effritement du salariat et l’émergence du travail indépendant. Par le passé, on passait sa vie en CDI dans une même entreprise. Aujourd’hui, on enchaîne les CDD en espérant décrocher un CDI et demain on aura plusieurs patrons et statuts en même temps. Dans ce sens la première version de la loi El Khomri était intéressante mais incomplète. Pour moi, l’essentiel est de pourvoir le travail indépendant d’un cadre stable qui permette le développement de toutes les opportunités.

Un des bienfaits de l’économie numérique est qu’elle attaque les hiérarchies et aide notamment ceux, qui n’ont pas le CV ou la formation classiques, à trouver leur place. Il est frappant d’observer comment les personnes qui n’ont pas eu toutes leurs chances dans le système traditionnel de formation trouvent, grâce au numérique, le moyen de démontrer leur talent en contournant les systèmes traditionnels. Le numérique offre une voie de traverse à ceux qui savent s’y engouffrer et cela fait respirer la société en y créant de la richesse et de la valeur.

 

Le 26 avril sera le trentième anniversaire du premier accident majeur dans l’histoire des centrales nucléaires : la catastrophe de Tchernobyl. Quelle sera votre politique en matière de nucléaire si vous êtes en 2017 élue à la présidence de la République ? Êtes-vous favorable à arrêter l’EPR qui crée un gouffre financier dans les comptes d’Areva et d’EDF et menace la filière nucléaire française, hier pourtant leader dans le monde ?

En France, on a la chance d’avoir l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui est un organisme indépendant. Ceux qui y travaillent sont remarquables. Je les connais et je leur fais confiance. Sur le thème de la sécurité, donc, je m’en remets entièrement à eux. Je n’aime pas quand la politique partisane se mêle de sûreté.

Au sujet de l’EPR, il s’agit pour moi surtout d’un mauvais choix de stratégie industrielle. Alors que la tendance est à l’énergie décentralisée ou au moins aux petites unités, la France se lance dans la construction d’un énorme réacteur !… Cela dit, on va de toute façon vers moins de nucléaire. Car, logiquement, avec le développement des énergies renouvelables, la part du nucléaire diminuera progressivement et pas sur des motifs partisans et idéologiques, comme le font les socialistes actuellement.

Il ne s’agit pas – je pense à Fessenheim en Alsace – de fermer une centrale qui peut encore fonctionner parce qu’on a promis de le faire en campagne électorale. L’ASN nous dit : si vous voulez continuer à faire vivre Fessenheim, trouvez une source d’eau alternative au canal d’Alsace et épaississez le plancher de la centrale.

Soyons donc pragmatiques tout en accompagnant le mouvement en profondeur vers les énergies renouvelables.

 

 

NKM, l’entretien à écouter

 

Formation, femmes, justice, primaires, international : écoutez l’intégralité de l’interview de Nathalie Kosciusko-Morizet

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