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Tunisie /
10H50 - vendredi 8 juillet 2011

Tunisie : « Nous pensons que le niqab va à l’encontre du principe républicain ». Entretien avec les dirigeants du nouveau parti tunisien, Afek Tounes

vendredi 8 juillet 2011 - 10H50
Opinion internationale commence une série d’articles sur les nouveaux partis tunisiens qui préparent notamment l’élection de la Constituante le 23 octobre prochain.
Afek Tounes est un parti politique tunisien qui est né après la Révolution du 14 Janvier. Ce jeune parti prend déjà beaucoup d’ampleur, il prétend œuvrer pour une Tunisie moderne, met l’accent sur la relance de l’économie mais garde des positions sociales marquées. Le parti des « cols blancs » sera-t-il en mesure de prendre le dessus sur les autres formations déjà en course ?

 

 

Quelle est la ligne politique de Afek Tounes ?

Si nous devions nous définir concrètement nous serions socio-démocrates, autrement dit des socio-libéraux. Nous voulons un état fort, et une économie forte avec une création de valeur et de richesse à partager à travers tous les segments et couches du pays. C’est ainsi que l’on arrivera à une justice sociale. J’ajouterai que nous sommes de centre droit car nous prônons une économie d’initiative privée, la loi du marché libéral, mais également de centre gauche dans le sens où nous avons un projet de sécurité sociale et nous souhaitons mettre en place une couverture de santé universelle.

 

Quelles sont les valeurs emblématiques du parti Afek Tounes ?

Nous disposons d’une Charte de valeurs. La Compétence y tient une place de choix, elle est comprise comme une valeur intrinsèque. Il y a également ce qu’on appelle l’éthique, ainsi en publiant nos comptes nous pensons la respecter. Enfin l’idée de liberté est primordiale, elle s’inscrit à travers la démocratie et surtout la tolérance.

 

Quelles sont vos priorités ?

La transition démocratique est vitale. Il faut garantir la sécurité qui pour pouvoir assurer l’investissement. Il est en baisse depuis le 14 janvier et notre but est qu’il ne tombe au plus bas auquel cas la croissance serait plus délicate à relancer. La baisse actuelle est de 2 à 3 % du PIB  selon les économistes cela reste encore gérable. Ensuite si on redémarre, on aura la chance d’avoir une économie compétitive à long terme. Nous sommes donc convaincu que notre parti a la légitimité nécessaire pour mener à bien cette transition démocratique.

 

Quel secteur mettriez vous en évidence ?

Sur le long terme, il faut avoir une économie à valeur ajoutée. Notre économie est basée sur les bas salaires mais nous pouvons ajouter de la valeur  grâce à notre juxtaposition avec l’Europe. A cour terme, c’est avec l’agriculture qu’on va éradiquer la pauvreté parce qu’il y a beaucoup d’emplois dans ce secteur. Les problèmes auxquels on doit s’attaquer sont de trois ordres. Tout d’abord le problème d’un foncier anarchique et cela nécessite beaucoup de travail, ensuite on a le problème du circuit de distribution entre l’agriculteur et le consommateur et enfin le financement des agriculteurs et surtout des petits exploitants.

 

 

Vous parlez de valeur ajoutée, à quoi pensez-vous exactement ?

Sur l’économie à valeur ajoutée, il faut tirer parti de la télécommunication, de l’innovation parce qu’aujourd’hui on a beaucoup de compétences à ce niveau et on estime que ce n’est pas suffisamment utilisé. Il faut que Internet devienne un droit de l’Homme en Tunisie, le droit pour tout tunisien d’avoir accès à internet. Nos technopoles aujourd’hui sont des coquilles vides.

 

L’investissement étranger est-il nécessaire selon vous ?

Nous sommes très pragmatique et notre but est de capter l’investissement étranger. Un point de croissance c’est 16 000 emplois et nous croyons à une forte croissance qui atteindrait même les 3,5% par an. La question ne se pose pas au niveau de la taxation. Je ne pense pas qu’on puisse être compétitif en terme de coût de main d’œuvre par rapport à des pays comme la Chine mais nous pouvons  nous le permettre en terme d’investissements immatériels et c’est là où nous attirerons des investisseurs.

 

Le tourisme représente 400 000 emplois directs, comment comptez-vous faire pour relancer ce secteur ?

Il faut restructurer le tourisme car c’est encore une fois un tourisme de bas coût qu’on connaît aujourd’hui. Il faudrait se diriger vers une politique plus volontariste, un peu plus de diversité, beaucoup plus de richesse mais nous ne pouvons  pas casser le modèle de façon aussi brutale car aujourd’hui il nourrit 1 200 000 personnes par an on compte 120 000 emplois perdus tous les mois pour l’instant. Cette crise est  donc un bon départ pour restructurer et repartir sur de bonnes bases.

 

Quelles sont les positions de Afek Tounes concernant la condition féminine ?

On est appelé « parti des dames » (rires). On est pour la parité qui est un principe de base pour notre parti. On est contre l’exclusion de la femme quel qu’en soit la forme sociale, politique ou économique. Nous sommes contre toutes formes de discriminations ou de sexisme et nous sommes pour la défense des acquis de la femme tunisienne.

 

La question de la « laïcité » pose problème en ce moment en Tunisie, comment vous situez vous ?

On le place plutôt sur le thème de la sécularité. On considère qu’il y a deux espaces. Un espace religieux dans lequel le peuple doit avoir une totale liberté de pratiquer et il existe l’autre espace qui est celui de la République et dans lequel tous les citoyens tunisiens doivent laisser de coté la religion. Un espace ne devant pas empiéter sur l’autre. Par contre le problème du hijjab et du niqab peut se poser. Nous pensons que le niqab va à l’encontre du principe républicain car il relève du déni d’identité. Par contre, tout ceci ne doit pas occulter les débats aujourd’hui sur la place de l’Islam dans notre société ou encore la place de la Tunisie dans le monde arabe car ces débats identitaires n’ont pas été évoqués depuis une cinquantaine d’années et ils sont très importants !

 

 

Propos recueillis par Sophie Alexandra Aïachi

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