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05H35 - mardi 18 septembre 2012

Syrie, les opposants accusés de torture et de mauvais traitements passibles de crimes contre l’humanité

mardi 18 septembre 2012 - 05H35

La torture en Syrie n’est pas seulement l’apanage du régime de Bachar Al Hassad. L’opposition syrienne est également accusée par Human Rights Watch de ne pas respecter les droits de l’homme en perpétrant des exécutions extrajudiciaires, des mauvais traitements et des actes de tortures sur des détenus. L’organisation des droits humains l’a fait savoir dans un communiqué tiré des témoignages recueillis lors d’une visite dans les villes de Alep, d’Attiéquié et d’Idlib. A l’issue de la visite, elle a demandé au rebelles syriens de mettre fin à ces actes.

« Des groupes d’opposition armés en Syrie ont infligé des mauvais traitements et des actes de torture à des détenus, et se sont rendus responsables d’exécutions extrajudiciaires ou sommaires à Alep, à Lattaquié et à Idlib », a fait savoir Human Rights Watch dont des membres ont effectué une visite dans le gouvernorat d’Alep. Dans un communiqué, l’organisation de défense des droits de l’homme avertit l’opposition armée syrienne que « les actes de torture et les exécutions extrajudiciaires ou sommaires de détenus dans le contexte d’un conflit armé constituent des crimes de guerre, et sont susceptibles d’être considérés comme des crimes contre l’humanité s’ils sont généralisés et systématiques ».

Human Rights Watch a rassemblé des informations sur plus d’une « douzaine d’exécutions extrajudiciaires et sommaires perpétrées par les forces d’opposition ». Deux combattants de l’ASL appartenant au bataillon Ansar Mohammed de Lattaquié ont par exemple raconté à Human Rights Watch que quatre personnes avaient été exécutées après la prise d’assaut d’un commissariat de police par le bataillon à Haffa en juin 2012. Les deux premiers ont été exécutés immédiatement, les autres à l’issue d’un procès. Six des 12 détenus rencontrés par Human Rights Watch dans deux centres de détention contrôlés par l’opposition ont raconté que des combattants de l’ASL et des responsables des centres de détention les avaient torturés et maltraités, notamment en leur infligeant des coups sur la plante des pieds. Les abus semblent avoir été plus fréquents au cours des premiers jours de détention, avant que les prisonniers ne soient remis aux autorités civiles de l’opposition.

La source documentaire rapporte que « les incohérences émaillant les témoignages et des blessures visibles concordant avec des actes de tortures ont conduit Human Rights Watch à supposer que les combattants de l’ASL et les responsables des prisons avaient également torturé ou maltraité au moins une partie des six détenus qui, au cours des entretiens, ont nié avoir subis des abus ».

Face à ces faits, et bien d’autres, Human Rights Watch a reçu des assurances des rebelles syriens de l’intention « de respecter les droits humains qui lui ont dit avoir pris des mesures pour juguler les abus ». Human Rights Watch avait présenté en août les résultats de ses recherches ainsi que des recommandations détaillées, lors de réunions avec des dirigeants de l’opposition au nord d’Alep, et dans une lettre adressée à plusieurs d’entre eux le 21 août 2012. « Dans une réponse écrite, le Conseil militaire du gouvernorat d’Alep avait répondu qu’au regard des faits, il avait rappelé aux groupes de l’Armée syrienne libre (ASL) sa détermination à respecter le droit humanitaire et les droits humains, que des comités spéciaux pour évaluer les conditions et les pratiques de détention étaient en cours de création, et que le Conseil exigerait des comptes à tous ceux qui agiraient « en contradiction avec ces directives » », lit-on dans le communiqué de l’organisation.

Toutefois l’organisation de défense des droits humains exprime de « sérieuses inquiétudes suite aux déclarations de certains leaders de l’opposition indiquant qu’ils toléraient, voir approuvaient les exécutions extrajudiciaires ou sommaires ».

« Que les groupes d’opposition déclarent vouloir respecter les droits humains est important, mais ce qui compte, c’est la façon dont leurs forces se comportent », a fait savoir le directeur adjoint pour le Moyen-Orient chez Human Rights Watch. Il a lancé un appel à ceux qui prêtent assistance à l’opposition syrienne « de condamner les exactions. »

Human Rights Watch rappelle que toutes les forces armées impliquées dans les hostilités ont « l’obligation de respecter le droit humanitaire international » et invite le Conseil de sécurité des Nations Unies à « renvoyer la situation de la Syrie devant la Cour pénale internationale (CPI), qui aurait toute compétence pour enquêter sur les violations commises aussi bien par le gouvernement que par les forces d’opposition ». « C’est une mesure sur laquelle tous les membres du Conseil de sécurité, y compris la Russie, devraient facilement pouvoir s’accorder s’ils se soucient réellement des violations commises en Syrie », conclut le communiqué de presse.

Moustapha Barry

 

Pour lire l’intégralité du communiqué en anglais, veuillez suivre le lien :

http://www.hrw.org/news/2012/09/17/syria-end-opposition-use-torture-executions (en anglais)