
À Bagnolet, à Saint-Denis, à La Courneuve, à Mantes-la-Jolie, jusqu’à Creil, Vénissieux ou Roubaix, une nouvelle France municipale s’installe, presque en silence, presque à bas bruit, mais avec une force politique redoutable et de façon tonitruante dans certains conseils municipaux nouvellement installés.
Cette France des banlieues, longtemps qualifiées de « rouges », qui se réveillent désormais sous d’autres couleurs, d’autres visages, d’autres ambitions. Une France black-blanc-beur, dit-on, mais dont chacun perçoit bien qu’elle est aujourd’hui d’abord portée par une sociologie nouvelle, profondément transformée, qui s’exprime désormais dans les urnes.
Pendant un demi-siècle, le Parti communiste régnait sur ces territoires. Il en structurait la vie politique, sociale et culturelle, au prix d’un clientélisme assumé mais aussi d’un certain ordre républicain. Ce monde a disparu. Les municipales de 2026 en ont acté l’effacement presque total. À sa place, une recomposition s’opère : socialistes, écologistes et, dans une dizaine de villes, La France insoumise, qui conquiert des bastions entiers avec des candidats issus de ces quartiers, Français par la nationalité, mais porteurs d’un récit politique souvent en rupture avec l’histoire nationale.
Car il ne s’agit pas ici de la couleur de peau des élus, débat stérile et raciste s’il en est, mais bien du logiciel idéologique qui les anime. Ces nouveaux maires sont le reflet d’un électorat mobilisé, militant, structuré, là où la majorité silencieuse s’est, une fois encore, abstenue. Le faible taux de participation dans les villes conquises par LFI est une clé de lecture essentielle : ce sont les plus engagés, les plus déterminés, qui ont fait basculer ces villes.
Plus troublant encore, certains signaux ne trompent pas. Les scènes d’éviction brutale de maires sortants, parfois humiliés, témoignent d’un climat où la conquête du pouvoir s’accompagne d’un esprit de revanche. Comme si l’alternance démocratique cédait la place à une forme de règlement de comptes politique et symbolique. Une rupture culturelle, presque anthropologique.
Derrière ces victoires électorales, des questions majeures se posent déjà. Quelle sera la relation de ces équipes municipales avec les forces de l’ordre locales ? Quelle place sera accordée à la police municipale dans des territoires déjà fragilisés par les trafics, notamment celui de la drogue et des armes ? Quelle attitude face à la montée d’un islam politique qui, dans certains quartiers, impose déjà ses normes sociales ? A Bagnolet, le nouveau maire friquotte depuis des années avec la frange la plus woke, islamisée et anti-blancs de ces ultras nouvelle génération. Et que dire de la place des femmes, dont l’absence, lors de certaines soirées électorales, a frappé les observateurs les plus attentifs ?
Ces élus sont, par leur fonction, dépositaires de l’autorité républicaine. Ils sont officiers d’état civil, garants de l’application des lois. Mais appliqueront-ils avec rigueur des textes qu’ils contestent parfois ouvertement, de la sécurité ou des principes mêmes de l’unité nationale comme la laïcité ? Là encore, le doute s’installe.
Se dessine alors une interrogation fondamentale : ces nouvelles municipalités seront-elles les laboratoires d’un séparatisme assumé, nourri de wokisme, de communautarisme et de ressentiment, ou sauront-elles dépasser les logiques de clientèle pour incarner véritablement l’intérêt général, celui de tous les habitants, sans distinction ?
Leur programme, inspiré de LFI, ignore trop le trésor de création d’entreprises et de jeunes talents que renferment ces banlieues. C’est ce que nous confie Aziz Senni, président fondateur de Quartiers d’Affaires et du Forum Économique des Banlieues. Auteur de « Made in banlieue » (éd. Michel Lafon) dans une tribune décisive selon nous.
La France change. Elle change vite. Peut-être plus vite qu’elle ne se comprend elle-même. Mais une chose est certaine : cette nouvelle France n’est pas seulement différente. Elle pose, déjà, la question de savoir si elle est encore pleinement la France.
Michel Taube




















