
Les Français ont tranché. Dans près de 1500 communes, le second tour des élections municipales a livré son verdict, parfois au terme de soirées à suspense qui resteront dans les mémoires, à Strasbourg comme à Bordeaux, où il fallut attendre tard dans la nuit pour connaître l’issue des urnes. La démocratie locale, dans ce qu’elle a de plus vivant, de plus incarné, s’est une nouvelle fois exprimée.
Il reste encore deux étapes, souvent méconnues mais pourtant essentielles : l’élection des maires, puis celle des présidents d’intercommunalité. Ces structures, devenues centrales dans l’organisation de la vie quotidienne des Français, concentrent désormais des compétences stratégiques. Puis, le rideau tombera sur l’exercice démocratique. Les municipales seront véritablement achevées et la vie locale reprendra son cours.
Car ces élections sont, de très loin, l’exercice démocratique le plus pluraliste de notre vie politique. Près de 900 000 Français se sont portés candidats. 900 000 femmes et hommes engagés, enracinés, souvent bénévoles, qui refusent que la République baisse les bras. 900 000 visages d’une France qui tient encore, malgré la dégradation des conditions de l’action publique et les contraintes toujours plus lourdes pesant sur les élus locaux.
Mais déjà, au-delà des clochers et des conseils municipaux, se dessine une autre échéance. Les municipales sonnent le coup d’envoi d’un long sprint, un marathon politique qui nous conduira jusqu’à l’élection présidentielle de 2027. Certes, les scrutins locaux ont leurs logiques propres. Mais ils laissent entrevoir des tendances, des signaux faibles qui, mis bout à bout, dessinent une trajectoire.
Là où l’union des droites s’est révélée tardive, artificielle, voire opportuniste, comme à Paris, la gauche a su conserver l’avantage. De même, les alliances entre socialistes et La France insoumise ont été largement sanctionnées. Dans de nombreuses villes, les électeurs ont rejeté ces combinaisons politiciennes, perçues comme éloignées de leurs préoccupations concrètes et d’une grande insincérité.
La gauche est plus que jamais divisée mais les Insoumis, malgré les défaites qu’ils ont provoquées, sortent paradoxalement déterminés à mener une bataille sans merci pour submerger le parti socialiste.
Les écologistes, eux, subissent un net reflux. Après avoir conquis plusieurs grandes villes en 2020 dans un contexte d’abstention record lié à la crise sanitaire, ils semblent aujourd’hui payer le prix d’une gestion contestée et d’une ligne idéologique jugée trop radicale. Strasbourg ou Poitiers illustrent ce retour à des équilibres plus traditionnels dans des territoires pourtant historiquement modérés.
En région parisienne, une autre réalité s’installe. A la porte de Paris, certaines communes basculent dans une configuration politique marquée par une forte domination de la gauche radicale. Saint-Denis, La Courneuve, Bagnolet en deviennent le symbole, et sans doute l’un des points d’appui stratégiques pour les ambitions futures de La France insoumise.
Le Rassemblement national, de son côté, poursuit sa progression en conquérant 55 communes de plus de 3500 habitants et 3006 conseillers municipaux. Une avancée réelle, mais encore loin d’un raz-de-marée. Une fois de plus, le parti dominant à l’échelle nationale peine à transformer l’essai dans la démocratie locale, où l’ancrage, la proximité et les réseaux jouent un rôle déterminant.
Quant à la majorité présidentielle, elle survit plus qu’elle ne s’impose. Quelques conquêtes, comme Bordeaux ou Annecy, ne suffisent pas à masquer une implantation encore fragile pour un mouvement qui ambitionnait de refonder en profondeur le paysage politique français.
Après 200 candidats élus dès le premier tour, Nouvelle Énergie, le parti de David Lisnard, maire de Cannes, poursuit sa dynamique d’implantation avec les victoires de Guillaume Guérin à Limoges, Geoffroy Boulard dans le 17ème arrondissement de Paris, ou Anne Sattonnet à Vence. D’autres récupèrent aussi des communes dirigées depuis longtemps par la gauche, notamment Ludovic Fagaut à Besançon, Camille Margueritte à Cherbourg-en-Cotentin, Sophie Douvry à Alençon et Lionel Zinciroglu au Kremlin-Bicêtre. Le parti de David Lisnard compte désormais près de 250 maires élus dans 74 départements.
Au final, ce sont les Républicains qui apparaissent, sociologiquement, comme les mieux implantés dans les territoires. Mais cette force relative ne garantit en rien leur capacité à s’imposer comme pivot d’une éventuelle recomposition des droites, toujours hypothétique. Bruno Retailleau et Edouard Philippe, réélu au Havre, ont redit hier soir leur détermination à se lancer dans la course à la présidentielle. Divisions en vue autour de l’impossible union des droites.
Nos 35 000 maires vont désormais entrer en fonction pour un mandat exceptionnellement prolongé à 7 ans, en raison du calendrier électoral et de la présidentielle de 2032. À eux revient la lourde tâche de faire vivre la République au quotidien, dans un contexte toujours plus contraint.
Et déjà, au loin, se profile l’échéance décisive. Les municipales à peine achevées, la France entre dans une nouvelle séquence politique. Une seule obsession désormais : 2027.
Michel Taube




















