
De plus en plus de maires élus dans des villes populaires viennent eux-mêmes de nos quartiers : Mantes-la-Jolie, Vaulx-en-Velin, La Courneuve, Venissieux ect
C’est, pour moi, une très bonne nouvelle. C’est même une victoire réelle ! Mais le symbole doit maintenant passer l’épreuve du réel de l’exercice des responsabilités.
Ces nouveaux maires seront-ils à la hauteur ? La question vaut évidemment pour tous les élus de tous les territoires mais pour eux, elle pèse différemment. Pourquoi ? Parce qu’ils ne seront pas jugés comme des maires mais jugés comme une promesse !
Venir du terrain donne une légitimité : pas automatiquement une vision, pas automatiquement une doctrine, pas automatiquement une capacité d’exécution.
La proximité avec les habitants ne suffit pas car il faut aussi savoir lire un budget, tenir une administration, négocier dans les couloirs où personne ne vous attendait…. d’autres compétences parfois insoupçonnées qu’il va falloir acquérir très vite…
Autre question : les laissera-t-on faire ?
Un maire n’agit jamais seul :
Budget contraint
Gestion de l’Administration
Intercommunalité dont il faut tenir compte
Préfecture et État parties prenantes
Rapports de force locaux avec les Intérêts installés, …
Gagner une mairie ne signifie pas avoir les clés de tous les leviers !
Et il y a une dimension que l’on sous-estime systématiquement : le développement économique.
Ces villes cumulent souvent les handicaps : chômage structurel, fuite des commerces, faiblesse de l’investissement privé, friches ou zones d’activités sous-exploitées.
Un maire issu du quartier peut avoir la légitimité humaine pour changer cela mais sans levier fiscal, sans foncier mobilisable, sans accès aux grands donneurs d’ordre, sans réseau économique constitué, la volonté ne suffit pas. J’en sais quelque chose …
Nos quartiers QPV regroupent plus de 6 millions d’habitants et restent encore trop souvent à l’écart des circuits réels de l’économie française. Ce n’est pas une fatalité. C’est aussi le produit de choix politiques, budgétaires et institutionnels.
Si les nouveaux maires réussissent, ils peuvent réconcilier une partie des habitants avec la politique. S’ils échouent, beaucoup diront : « Même ceux qui viennent du quartier n’ont rien changé »
Ce serait alors une faute collective.
Car on ne peut pas exiger d’eux une preuve historique tout en leur laissant des marges de manœuvre ordinaires.
Alors la vraie question n’est pas de savoir s’ils sont à la hauteur : c’est surtout de savoir si nous, nous sommes prêts à ce qu’ils réussissent !


















