Edito
07H38 - mercredi 18 mars 2026

A gauche, la soupe d’abord, la honte ensuite ! La chronique de Patrick Pilcer

 

Patrick Pilcer

Entre les deux tours des élections municipales de mars 2026, une scène politique bien connue se rejoue sous nos yeux, avec constance : à gauche, avant le premier tour, les discours se réfèrent toujours aux valeurs… mais à l’heure des choix, et des constitutions des listes, des distributions des postes, c’est toujours leur effacement que nous constatons. On brandit les grands mots, et on s’assoit sur ses valeurs.

Les deux exemples emblématiques sont à Lyon comme à Toulouse. Au nom du rempart contre le fascisme, la gauche s’unit. Mais en quoi Jean Michel Aulas à Lyon et Jean-Luc Moudenc à Toulouse sont-ils fascistes ? Ils représentent bien plus le Centre Droit humaniste que les candidats de gauche face à eux. Surtout à Lyon, où l’extrême gauche et la « jeune garde » semblent avoir du sang sur les mains ; ce sont eux les fascistes aujourd’hui ! et à Toulouse où le candidat député LFIste est un collectiviste pur et dur.

A Lyon comme à Toulouse, mais aussi à Metz, à Strasbourg, à Nantes, à Clermont, à Tulle, etc… espérons que cette gauche sera laminée !

Depuis des années, une partie de la gauche française n’a cessé de revendiquer une exigence morale supérieure. Elle s’est posée en gardienne des principes, en arbitre du bien et du mal, détentrice des vraies valeurs, distribuant les brevets de respectabilité et les certificats d’indignité.

Mais à l’heure du choix, à l’heure décisive du second tour, cette exigence semble soudain s’évaporer. Quand la soupe est bonne, bonne, bonne, bonne…

Partout en France, ou presque, des listes se réclamant de la gauche républicaine ont fait le choix de fusionner avec celles de La France insoumise. Ce choix n’est pas seulement tactique. Il est profondément politique. Et, osons le dire, profondément révélateur.

Sauf à Paris et à Marseille, car, là, le score de LFI est bien trop pitoyable et toute alliance aurait été contre-productive.

Car enfin, de quoi parle-t-on ?

D’un mouvement dont le leader, Jean-Luc Mélenchon, a multiplié ces dernières années des propos d’abord ambigus, de plus en plus outranciers, souvent clivants, flirtant dangereusement avec des registres que la République devrait, en principe, tenir à distance. Mélenchon semble vouloir prendre la place laissée vacante par Jean-Marie Le Pen. Et ses seconds couteaux ne sont pas en reste. Une dérive verbale qui rappelle des procédés que l’on croyait relégués à d’autres époques de notre vie politique.

La Justice et l’Histoire diront si Mélenchon et ses sbires ont dépassé les bornes et sont antisémites ou non. Mais dimanche 22 mars ce seront aux électeurs de trancher et d’exprimer leur refus de toute compromission avec ces idées et propos.

Le débat démocratique suppose la confrontation des idées. Il suppose même la vigueur. Mais il suppose aussi des lignes rouges. Or ces lignes rouges semblent aujourd’hui devenues… négociables.

Il y a là une contradiction majeure.

Car ceux qui, hier encore, dénonçaient avec une grande fermeté toute forme de dérive verbale ou idéologique, expliquent aujourd’hui, avec une souplesse remarquable, que l’union est nécessaire, que le contexte l’impose, que l’adversaire principal justifie des accommodements.

Autrement dit : la soupe d’abord, les principes ensuite. Peu importe la honte !

L’expression peut sembler triviale. Elle est pourtant d’une redoutable justesse.

La réalité est simple : la conquête, la conservation du pouvoir local, voire la distribution des indemnités d’élus l’emportent sur la cohérence idéologique. Les alliances se font non pas sur une vision partagée, mais sur une addition de circonstances.

Et l’électeur, lui, observe. Pour le moment.

Il observe que l’exigence morale est à géométrie variable.

Il observe que certaines proximités deviennent acceptables lorsqu’elles sont électoralement utiles.

Il observe, enfin, que les grandes proclamations de principe résistent mal à l’épreuve du réel.

Mais dimanche, il votera !

Cette situation pose une question plus large, qui dépasse largement ces élections municipales.

Que reste-t-il d’une ligne politique lorsque celle-ci peut être redessinée entre deux tours ?
Que vaut une indignation lorsqu’elle s’efface devant un accord électoral ?
Et surtout, quelle crédibilité peut conserver une parole publique qui varie au rythme des alliances ? quelle crédibilité pour Olivier Faure qui déclare refuser tout accord national, alors que nous sommes dans des scrutins locaux, et qu’il accepte des accords municipaux. Pire, quand il condamne la sagesse de Catherine Trautmann à Strasbourg qui préfère un accord avec le Centre plutôt qu’avec LFI. Les historiens jugeront…et les Français voteront !

La démocratie n’est pas seulement une affaire de résultats. Elle est aussi une affaire de cohérence. Et la République exige des valeurs !

On peut défendre des alliances larges. On peut considérer que l’union est parfois nécessaire. Mais encore faut-il en assumer clairement le prix politique.

Car il y a toujours un prix. Les Valeurs de la République ne se négocient pas, elles s’assument !

Pendant ce temps, à Paris, contre toute attente, le Centre et la Droite ont réussi l’union derrière Rachida Dati ; et Sarah Knafo a choisi la cohérence et la sagesse en retirant sa liste. Paris est à présent gagnable, si les parisiens votent pour un Paris Gagnant…

La vie politique française n’est jamais avare de paradoxes. C’est à Paris que les égos ont su être rangés !

Pour l’électeur, le paysage s’éclaircit à présent

Il ne demandait pourtant pas l’impossible.

Il demandait de la clarté.

Il demandait de la cohérence.

Il demandait, tout simplement, que les principes affichés ne soient pas les premières victimes des stratégies électorales et que les égos soient mis de côté.

A présent, il sait et peut voter en toute connaissance de cause.

Pour une grande partie de la gauche, la soupe passe avant tout le reste.

Et au Centre et à Droite, on est à présent prêt à gagner, à gouverner et à redresser les comptes.

Alors votons pour Dati à Paris, Payan à Marseille, Aulas à Lyon, Moudenc à Toulouse, Trautmann à Strasbourg, Cazenave à Bordeaux, Foulques Chombart à Nantes et pour tous les autres qui ont préféré valeurs républicaines et cohérence éthique à la soupe et à la honte.

 

Patrick Pilcer

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers, auteur de « Radicalement républicain. Le mur n’est pas une fatalité. » (disponible dans la Librairie Opinion Internationale et bientôt dans toutes les bonnes librairies).