
Il existe parfois des soirées qui, au-delà de leur apparente convivialité, prennent une dimension politique et symbolique inattendue. L’« Iftar pour la paix » organisé à Paris par l’imam Hassan Chalghoumi et l’entrepreneur, pianiste et compositeur Omar Harfouch, appartient incontestablement à cette catégorie. Ce mardi 10 mars 2026, plus de quatre cents personnalités, responsables politiques, diplomates, intellectuels et chefs d’entreprise s’étaient donné rendez-vous à l’InterContinental pour rompre le jeûne du Ramadan dans un esprit que l’on voudrait voir plus souvent à l’œuvre : celui du dialogue des civilisations et de la résistance aux obscurantismes.
Sur la scène, trois drapeaux résumaient à eux seuls l’esprit de la soirée : le drapeau français, le drapeau européen et le drapeau américain. Trois symboles d’un Occident démocratique qui, malgré ses contradictions et ses fragilités, demeure l’un des derniers espaces où la liberté de conscience, la pluralité religieuse et la critique des fanatismes peuvent encore s’exprimer sans trembler. Dans une époque où les tensions identitaires s’aiguisent et où l’islamisme radical continue de semer la peur, l’initiative portée par Hassan Chalghoumi et Omar Harfouch mérite d’être saluée. Elle rappelle qu’un autre islam existe, un islam de paix, de responsabilité et de courage civique.
Car il faut du courage, aujourd’hui, pour dénoncer clairement le fondamentalisme islamiste. Il faut du courage pour affirmer que la religion ne doit jamais devenir un instrument politique ou une arme idéologique. Et il faut du courage pour affronter les intimidations de ceux qui prétendent parler au nom de millions de croyants tout en trahissant l’essence spirituelle de leur foi.
C’est dans ce contexte que l’iftar pour la paix a décerné son prix annuel au président des États-Unis, Donald Trump. Un geste qui n’a évidemment rien d’anodin. Pour certains, il semblera provocateur. Pour d’autres, paradoxal. Mais pour les organisateurs, il s’inscrit dans une lecture géopolitique claire : celle d’un dirigeant qui assume une politique de fermeté face au terrorisme islamiste et a initié les accords d’Abraham, ceux de normalisation entre Israël et plusieurs pays arabes. En attendant peut-être, un jour, les honneurs du prix Nobel de la paix, c’est l’ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner, qui est venu recevoir cette distinction. En présence de l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, du ministre français Mathieu Lefèvre, d’imams et de rabbins de toute l’Europe.
Au cours de la soirée, les tensions au Moyen-Orient ont également été évoquées avec gravité. Les attaques attribuées à l’Iran contre les Émirats arabes unis, Bahreïn, Oman et le Qatar ont été dénoncées unanimement. Dans une région déjà meurtrie par des décennies de conflits, les ambitions hégémoniques et les stratégies de déstabilisation ne font qu’alimenter l’instabilité. Là encore, l’appel lancé depuis Paris fut clair : la paix ne se décrète pas seulement par des discours, elle exige des actes, des alliances et une volonté politique constante.
La soirée a été ponctuée par une note artistique avec le récital d’Omar Harfouch, interprétant son concerto pour la paix. La musique, ce langage universel qui traverse les cultures et les religions, semblait rappeler à chacun que la paix n’est jamais une abstraction. Elle se construit patiemment, entre diplomatie et culture, entre courage politique et fraternité humaine.
Dans un monde fracturé, où les extrémismes prospèrent souvent sur la peur et la résignation, l’iftar pour la paix aura au moins eu le mérite de rappeler une évidence trop souvent oubliée : la paix entre les peuples et les civilisations n’est pas un slogan. C’est un combat. Et comme tous les combats pour la liberté, il exige des voix qui osent parler et des hommes qui osent agir.
Michel Taube




















