Edito
11H56 - lundi 16 mars 2026

Elections municipales à Paris : rassemblement ou renoncement. La chronique de Patrick Piler

 

Patrick Pilcer

Le premier tour des élections municipales du 15 mars 2026 a livré un message clair : à Paris comme ailleurs en France, l’électorat est fragmenté, exigeant, parfois impatient. L’abstention est massive, signe que les électeurs ne sont pas satisfaits des incarnations que les partis leur proposent tout comme de la multiplication des candidatures.

Mais derrière cette dispersion des voix se cache une réalité politique beaucoup plus simple. Si la droite parisienne sait se rassembler, elle peut battre la gauche.

La fragmentation du premier tour ne doit pas masquer l’essentiel : les électeurs qui souhaitent une alternance à Paris représentent un bloc réel, puissant, mais encore bien trop dispersé entre plusieurs sensibilités. Et cette dispersion, si elle perdure, empêche le Centre et la Droite de gagner, alors qu’ils sont majoritaires.

Cette diversité n’est pas une faiblesse. Elle correspond au contraire aux trois grandes aspirations que l’on retrouve aujourd’hui chez les Parisiens, et plus largement chez les Français.

La première est l’aspiration à la sécurité, qui nourrit une droite d’autorité. La deuxième est la préoccupation du pouvoir d’achat et de la vitalité économique, portée par une droite libérale. La troisième est la question devenue centrale du logement et de la justice sociale dans la ville, qui alimente une droite sociale.

Ces trois sensibilités ne s’opposent pas. Elles se complètent. Elles dessinent même, si l’on y réfléchit bien, l’architecture naturelle d’une majorité municipale capable de gouverner Paris.

Encore faut-il accepter une règle simple de la vie démocratique : au second tour, les ambitions individuelles doivent s’effacer devant l’intérêt collectif.

Car aujourd’hui, l’équation est connue.

D’un côté, la candidate la mieux placée pour porter l’alternance est clairement Rachida Dati. Son implantation, sa visibilité et son expérience lui donnent une position centrale dans la recomposition possible.

De l’autre, plusieurs forces politiques ont réalisé des scores qui montrent qu’elles représentent une partie réelle de l’électorat parisien. C’est notamment le cas des listes conduites par Pierre-Yves Bournazel et par Sarah Knafo.

La question n’est donc pas arithmétique. Elle est politique.

La droite parisienne peut gagner. Mais seulement si elle comprend que le second tour n’est pas une addition d’ego mais une construction stratégique.

Trois scénarios sont possibles. La fusion, la division, ou le retrait.

Le premier serait celui de la maturité politique : une fusion des listes permettant de rassembler l’ensemble des électeurs qui souhaitent une alternance face à la gauche incarnée par Emmanuel Grégoire.

Le second serait celui des divisions habituelles de la droite parisienne : chacun restant sur sa ligne, au risque d’offrir à la gauche une victoire purement mécanique. L’illustration par A-B que la Droite peut être la plus bête du monde.

Personne ne pourrait alors dire qu’il ne savait pas.

Le troisième scénario serait celui de l’éthique et de la responsabilité si une fusion n’est pas possible : celui du retrait des listes de Bournazel et Knafo en appelant à voter Dati. Ce retrait ne serait pas un renoncement mais le choix clair de l’intérêt général. A quoi cela servirait-il, pour l’un comme pour l’autre d’être conseiller municipal d’opposition, au-delà de l’indemnité, certes confortable, que procure ce titre, et d’avoir fait perdre son camp, ses idées, et Paris ?

Pour que le premier scénario l’emporte, quelques gestes politiques clairs et importants sont nécessaires.

Du côté de Pierre-Yves Bournazel et de ses équipes, une parole nette serait bienvenue : affirmer explicitement que, dans l’intérêt de Paris, ils préfèrent une victoire de Rachida Dati à celle d’Emmanuel Grégoire. Ce type de clarification a souvent plus de poids qu’un simple calcul électoral. Pierre-Yves doit assumer son rôle de leader de sa liste, quitte à perdre son aile gauche, marginale aujourd’hui dans les faits.

Du côté de Sarah Knafo, la question est différente mais tout aussi déterminante. Pour que le rassemblement soit crédible aux yeux d’un électorat parisien exigeant, un geste politique fort serait nécessaire : prendre clairement ses distances avec certaines ambiguïtés, quitte à perdre son aile extrémiste. Le très mauvais score du candidat le péniste avec à peine 1,5%, un score pitoyable, lui montre aussi que cette aile extrémiste est à Paris extrêmement faible

Cela passe surtout par une rupture nette avec le groupe d’extrême droite dans lequel elle siège aux côtés de l’Alternative für Deutschland au Parlement européen. Et, plus encore, par une condamnation explicite des outrances qui ont marqué ces dernières années les prises de position de Éric Zemmour. C’est, très clairement, son « boulet ». A elle de briser cette chaine et de se détacher de ce boulet. C’est l’heure du choix !

La politique, au fond, est souvent une question de crédibilité et de clarté.

Si chacun accepte ces clarifications, alors le rassemblement devient possible. Et avec lui l’alternance.

Reste enfin une responsabilité particulière pour celle qui est aujourd’hui la mieux placée pour porter cette coalition : Rachida Dati. Le rassemblement suppose aussi une capacité d’ouverture. Une majorité municipale solide ne se construit pas par l’absorption des autres mais par leur intégration. Là encore ce serait le choix de l’intérêt général.

La droite parisienne n’a jamais manqué de talents. Ce qui lui a souvent manqué, c’est la capacité à dépasser les rivalités personnelles au moment décisif. Or ce moment est précisément celui-ci. A Rachida Dati de rassembler ce qui est bien trop épars !

Deux scénarii sur trois donneraient la victoire à la Droite, pour un Paris Gagnant ! La Victoire est largement possible si nous choisissons l’intérêt général.

Les Parisiens ont exprimé leurs attentes : sécurité, pouvoir d’achat, logement. Ils ont aussi montré qu’ils étaient prêts à regarder au-delà des clivages traditionnels si une alternative crédible leur est proposée.

La question est désormais simple. Paris n’a jamais manqué d’électeurs de droite. Ce qui lui a manqué, c’est une droite capable de s’unir au moment décisif.

La droite parisienne veut-elle gagner Paris ? Ou préfère-t-elle continuer à expliquer pourquoi elle a perdu ?

Dans quelques jours, nous aurons la réponse.

 

Patrick Pilcer

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers, auteur de « Radicalement républicain. Le mur n’est pas une fatalité. » (disponible dans la Librairie Opinion Internationale et bientôt dans toutes les bonnes librairies).