
Le chiffre est tombé : la balance commerciale agricole de la France est négative de 515 millions d’euros. Au-delà de ce constat alarmant, une menace plus brutale plane sur notre souveraineté alimentaire : l’instabilité au Moyen-Orient et ses conséquences directes sur nos coûts de production. Face à ces chocs cumulés, l’agriculture régénératrice s’impose comme une réponse globale et systémique.
S’affranchir du piège géopolitique des engrais
Les récentes tensions autour du détroit d’Ormuz menacent un nœud logistique majeur de l’économie mondiale. Si l’attention se porte souvent sur le pétrole, l’Europe sous-estime sa dépendance vitale aux flux de fertilisants et au gaz naturel, ce dernier représentant jusqu’à 80 % du coût de fabrication de l’ammoniac, base de nos engrais azotés. Dès que cette zone s’embrase, nos coûts explosent. Pour nos céréaliers, une telle hausse peut amputer leur marge économique, déjà fragile, de 5 à 25 %. La résilience alimentaire exige de nous libérer de ce piège des intrants importés. En repensant l’agronomie autour de la fertilité
biologique des sols, des rotations et de la couverture végétale, l’agriculture régénératrice offre cette sécurité stratégique. Elle permet de réduire l’usage des engrais de 15 à 25 % en cinq ans sans perte de rendement, baissant ainsi drastiquement les charges des exploitations face aux soubresauts internationaux.
Le sol vivant : notre meilleure arme de compétitivité
Parallèlement à cette menace géopolitique, nous perdons notre marché intérieur parce que la structure de coûts de nos filières est devenue insoutenable. À force de compenser la fatigue des sols par la chimie, nos agriculteurs s’épuisent financièrement. La compétitivité ne reviendra pas en produisant plus, mais en restaurant nos marges par l’ingénierie du vivant.
Cette transition est une véritable rationalisation économique qui restaure la rentabilité des fermes. De plus, un sol vivant permet de cultiver des aliments à la densité nutritionnelle supérieure. C’est sur ce terrain de la valeur réelle, alliant santé et goût, que nous battrons des importations standardisées à bas coût.
Investir dans le Capital-Sol pour améliorer notre résilience
Ce double déficit est un électrochoc qui signe la fin d’un modèle à bout de souffle. L’argent public doit désormais financer la résilience plutôt que la perfusion. Investir dans le « Capital-Sol » garantit que la Ferme France conservera un outil de travail fonctionnel pour nourrir sa population face aux aléas de demain. L’agriculture régénératrice n’est pas une niche écologique : c’est la stratégie industrielle globale de reconquête dont notre pays a un besoin vital.
Sébastien Roumegous est ingénieur agronome et fondateur de Biosphères, leader européen de l’agriculture régénératrice. Avec 60 ingénieurs, il accompagne agriculteurs et multinationales dans la transition systémique de leurs modèles de production pour répondre aux grands enjeux climatiques et alimentaires.

















