Edito
02H56 - vendredi 13 mars 2026

Florentin Dedane, maire et candidat à la mairie de Pouébo en Nouvelle-Calédonie : « les municipales et Bougival ont partie liée ».

 

Florentin Dedane, maire et candidat à la mairie de Pouébo en Nouvelle-Calédonie : « les municipales et Bougival ont partie liée ».

Florentin Dedane, bonjour. Merci d’avoir accepté de répondre à Opinion Internationale. Vous êtes maire et candidat à la mairie de Pouébo en Nouvelle-Calédonie. Vous êtes aussi président de l’Association des maires de Nouvelle-Calédonie (AMNC, indépendantistes).

Je précise que Monsieur Pascal Vittori, président de l’association française des Maires de Nouvelle-Calédonie, a aussi répondu à Opinion Internationale. Tous deux aviez lancé dans nos colonnes en novembre 29024 un appel vibrant contre l’effondrement budgétaire des communes.

Pour commencer, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ainsi que la belle commune de Pouébo ?

 

Florentin Dedane : j’ai 41 ans. Je suis maire de la commune de Pouébo depuis 2020 et président de l’Association des maires de Nouvelle-Calédonie depuis 2023.

Avant d’être élu maire, j’étais enseignant en mathématiques et sciences dans un lycée professionnel. Aujourd’hui, j’ai pris une disponibilité pour me consacrer pleinement à mes responsabilités publiques.

Pouébo compte environ 2 344 habitants. C’est une commune très chargée d’histoire. C’est par cette zone que les premiers Européens sont arrivés en Nouvelle-Calédonie, après l’installation de l’Église catholique.

La commune est riche en activités agricoles et en pêche. Elle possède aussi un potentiel touristique important. Elle se situe dans la province Nord.

 

Quelles sont les grandes lignes de votre campagne municipale et les priorités que vous proposez à vos concitoyens ?

L’objectif est de poursuivre le programme engagé lors du précédent mandat. La mandature qui vient de s’écouler n’a pas été simple pour les communes de Nouvelle-Calédonie.

Parmi nos priorités, il y a la finalisation d’un centre de secours. Nous travaillons également sur les besoins primaires, notamment l’accès à l’eau potable. Le réseau actuel date de plus de quarante ans et a été conçu pour une population bien moins nombreuse qu’aujourd’hui. Il faut donc renouveler les conduites et moderniser le système de traitement de l’eau.

 

Vous êtes également président de l’Association des maires de Nouvelle-Calédonie et membre de l’Union calédonienne, l’une des composantes du mouvement indépendantiste.

Les élections municipales en Nouvelle-Calédonie sont-elles uniquement locales ou portent-elles aussi des enjeux politiques liés aux accords de Bougival et à la question de l’indépendance ?

Contrairement aux précédentes élections municipales, celles-ci sont très marquées par les enjeux politiques. Il y a bien sûr les questions locales, mais il y a aussi la question des accords de Bougival signés l’an dernier et complétés par un accord rue Oudinot.

La bataille se joue donc aussi sur ce terrain politique.

 

Les habitants vous parlent-ils de ces accords pendant la campagne ?

Oui, tout à fait. On parle beaucoup des accords de Bougival et de leurs conséquences pour les communes. L’une des questions importantes concerne par exemple la fiscalité, la clé du développement d’un pays.

Les accords ouvrent la possibilité pour certaines provinces de récupérer une partie des ressources fiscales, ce qui pourrait entraîner une diminution des dotations versées par la Nouvelle-Calédonie aux communes.

 

Vous êtes personnellement opposé aux accords de Bougival ?

Oui, en l’état actuel nous y sommes opposés.

 

Il y a eu beaucoup de violences en Nouvelle-Calédonie ces dernières années. Des maires ont également été visés. Condamnez-vous ces violences ou les comprenez-vous ?

Nous condamnons la violence. Ce n’est pas une méthode. Mais nous pouvons comprendre qu’elle soit l’expression d’un malaise social profond.

Ces tensions se sont surtout exprimées dans le Grand Nouméa, où les difficultés sociales sont importantes.

 

Comment voyez-vous l’avenir de la Nouvelle-Calédonie à court et moyen terme ?

 

À court terme, la situation reste fragile. Le projet de loi constitutionnelle lié à ces accords doit être examiné au Parlement, ce qui pourrait raviver les tensions.

Mais j’ai l’espoir qu’à moyen terme l’État et l’ensemble des forces politiques puissent parvenir à un consensus pour sortir la Nouvelle-Calédonie de cette crise.

 

Vous parlez de consensus, mais vous rejetez les accords de Bougival. Quel pourrait être ce consensus selon vous ?

Nous avons toujours dit que l’accord final devait au minimum respecter les principes de l’accord historique de Nouméa, qui est pour nous un accord de décolonisation.

Aujourd’hui, nous avons le sentiment que certains éléments des nouveaux accords remettent en cause cet équilibre. C’est pour cela que nous demandons une renégociation et un accord réellement accepté par toutes les parties.

 

Un dernier message à adresser aux électeurs dans le contexte des élections municipales ?

Je veux rappeler que la démocratie est le meilleur moyen de s’exprimer. La violence n’est pas une solution.

J’encourage donc tous les électeurs à aller voter lors des deux tours des élections municipales.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication