Edito
21H10 - jeudi 12 mars 2026

Pascal Vittori, maire et candidat à Boulouparis en Nouvelle-Calédonie : « les municipales ne sont pas un référendum sur les accords de Bougival »

 

Pascal Vittori, maire et candidat à Boulouparis en Nouvelle-Calédonie : « les municipales ne sont pas un référendum sur les accords de Bougival »

Pascal Vittori bonjour, vous êtes maire de Boulouparis en Nouvelle-Calédonie, et candidat à votre réélection. Vous êtes aussi dirigeant de l’Association française des maires de Nouvelle-Calédonie qui, rappelons-le, compte 33 communes.

Je pose toujours la même question aux maires sortants qui se représentent : avez-vous douté de votre nouvelle candidature ou pris le temps d’y réfléchir avant de vous décider ?

Pascal Vittori : Non, parce que je suis un cas un peu particulier. En 2020, j’ai fait campagne en expliquant que les projets que je portais demandaient du temps et que je concevais mon programme sur deux mandats, soit douze ans. Aujourd’hui, environ 75 % des travaux prévus ont déjà été réalisés. Nous nous représentons donc avec mon équipe, comme promis, afin de terminer le travail engagé.

 

Pouvez-vous nous présenter votre belle commune en quelques mots ?

Boulouparis est une commune très étendue, d’environ 90 000 hectares, qui compte près de 3 700 habitants. C’est la première commune rurale aux portes de l’agglomération de Nouméa et elle se situe à seulement dix minutes de l’aéroport international.

La commune borde une grande baie composée de trente-quatre îlots, ce qui en fait l’endroit de Nouvelle-Calédonie qui en compte le plus. On y trouve également près de 3 800 hectares de mangrove, la plus grande de la province Sud.

Traditionnellement, l’activité principale est l’élevage extensif, les terres n’étant pas très fertiles. Nous avons également de l’aquaculture de crevettes avec trois fermes sur la commune. C’est aussi une commune minière dans la vallée de la Tontouta, avec environ douze cargaisons de minerai brut exportées chaque année vers l’Asie. Enfin, nous avons un tissu d’activités artisanales et commerciales. C’est donc une commune agricole, minière et artisanale.

 

Est-on maire en Nouvelle-Calédonie comme on l’est dans l’Hexagone ?

Non, ce n’est pas tout à fait la même chose. Dans l’Hexagone, vous êtes au cœur de l’Europe et lorsque vous avez besoin d’un fournisseur ou d’un service, vous pouvez aller le chercher dans la ville ou le pays voisin.

Nous, nous sommes isolés au milieu du Pacifique. Si un service ou un fournisseur n’existe pas en Nouvelle-Calédonie, cela devient très compliqué. Il faut donc être particulièrement inventif et chercher des solutions en permanence.

 

Peut-on faire un point sur la situation politique actuelle en Nouvelle-Calédonie ? Quelle position avez-vous prise, par exemple, sur les accords de Bougival ?

J’ai participé aux discussions et aux négociations qui ont conduit aux accords de Bougival et j’en suis signataire. Je défends donc cet accord qui, selon moi, constitue aujourd’hui la seule solution pour sortir la Nouvelle-Calédonie de la crise et donner des perspectives aux Calédoniens.

Cela étant dit, je pense que les élections municipales doivent rester des élections de proximité. Dans ma commune, je conduis une liste sans étiquette politique, avec un programme centré sur les préoccupations quotidiennes des habitants.

 

Vous voulez dire qu’il faut dépolitiser les enjeux locaux en Nouvelle-Calédonie ?

Oui, d’autant plus que le FLNKS tente de transformer ces élections municipales en une sorte de référendum contre les accords de Bougival.

Pour ma part, je reste concentré sur les enjeux locaux. Les Calédoniens ont subi les événements de 2024, qui ont provoqué une crise économique et sociale. Beaucoup de personnes ont perdu leur emploi et certaines familles ont aujourd’hui du mal à se nourrir.

Il y a aussi des besoins importants en matière de sécurité. Et parallèlement, nous faisons face à d’autres défis comme le changement climatique. En ce moment, nous sommes dans une période très pluvieuse appelée « la Niña » dans le Pacifique, ce qui détériore fortement les routes. Les communes doivent réparer ces infrastructures alors même que leurs finances sont fragilisées.

 

Après les violences de 2024, plusieurs maires ont été menacés. Le lien entre les habitants et leurs maires reste-t-il aussi fort en Nouvelle-Calédonie ?

Oui, ce lien reste très important. Il y a eu une période difficile juste après les événements, où les gens avaient du mal à se rencontrer et à discuter. Mais avec le temps, les relations se sont apaisées et les habitants ont recommencé à se retrouver et à agir ensemble.

Certains maires ont effectivement été menacés. Les signataires des accords de Bougival se sont d’ailleurs vu proposer une protection policière par l’État. Personnellement, je l’ai refusée, car dans ma commune l’ambiance reste sereine et je ne me suis jamais senti menacé.

Je constate même que les habitants restent très respectueux de leurs élus. Quand je me rends dans mon village pour faire des courses, les gens m’appellent « Monsieur le maire » et me saluent, même lorsqu’ils ne votent pas pour moi.

 

Un dernier message que vous souhaiteriez faire passer ?

Je voudrais souligner l’importance du rôle des maires dans la reconstruction de la Nouvelle-Calédonie et dans le redémarrage de l’économie.

Au niveau local, nous avons un impact direct sur les entreprises et sur la création d’emplois. Et parce que cette reconstruction nécessite la mobilisation de tous, les maires sont de plus en plus sollicités, aussi bien pour relancer l’économie que pour participer aux discussions sur l’avenir institutionnel du territoire.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication