Edito
17H05 - vendredi 27 février 2026

Elections municipales à Paris : les jeux ne sont pas faits. La chronique de Patrick Pilcer

 

Patrick Pilcer

Les dés semblaient jetés à Paris. Après 20 ans de domination de la Gauche, et surtout après 10 trop longues années d’Anne Hidalgo en tant que maire, il semblait très probable que la Droite et le Centre puissent enfin regagner la Ville.

Hausse de l’insécurité comme de la saleté, scandales dans le périscolaire, difficulté à circuler, impossibilité de stationner, tension sur les logements avec de nombreux parisiens qui quittent Paris faute de pouvoir trouver un logement, alors que le logement social dépasse largement les quotas imposés par la loi, hausse des taxes foncières, hausse des budgets de fonctionnement de la Ville (un service communication par exemple doté d’un effectif supérieur à celui du gouvernement), dérive des comptes avec un endettement colossal malgré une créativité comptable indéniable (avec par exemple la prise en compte des loyers payés par les bailleurs sociaux), etc…

Une ville devenue triste qui fait fuir ses habitants ! Sans compter la « prise de distance » entre LFI et le PS. Tout était réuni pour permettre une alternance que la majorité des Parisiens jugeait nécessaire.

Mais c’était sans compter les candidats de la Droite et du Centre…

La Droite et le Centre pourraient réaliser l’exploit de perdre une élection imperdable par division et par ego.  Ce n’est pas l’électorat de la Gauche qui fera gagner Emmanuel Grégoire mais l’incapacité de ses opposants de Droite et du Centre à se rassembler et à réussir l’union.

A observer leurs déclarations et leurs choix, on pourrait se demander s’ils ne souhaitent pas transformer un boulevard en impasse !

Déjà pourquoi 3 listes de la Droite et du Centre pour offrir aux Parisiens des programmes très similaires ?

Chacun dit qu’il a travaillé en profondeur ses propositions et qu’elles sont meilleures que celles de ses concurrents. Mais une fois élu, chacun sait bien que sa politique sera très proche, voire strictement identique : tout changer à Paris.

Il leur faudra reprendre en main la Ville, nettoyer ses rues comme ses comptes, la sécuriser, la rendre de nouveau agréable. Pour reprendre les slogans de Rachida Dati comme de Sarah Knafo, il faut « changer Paris » pour nous rendre « une Ville Heureuse ».

Mais pour cela, une seule liste suffisait.

Avec trois candidats qui se sentent obligés de dire du mal de leurs adversaires pour tenter de justifier une différence, avec trois égos démesurés, il y a embouteillage, le boulevard devient vite trop étroit et Emmanuel Grégoire pourrait profiter de la situation pour l’emporter, quitte à renouer une alliance contre nature, et de plus en plus nauséabonde, avec LFI pour l’élection du Maire, au Conseil de Paris. Il n’a d’ailleurs pas hésité à mettre directement Danielle Simonet sur sa liste plutôt que des partisans de Bernard Cazeneuve. Il sera pieds et poings liés aux écolos, communistes et Lfistes ensuite. Pour lui, Paris vaut bien une messe.

On se gausse souvent d’avoir la Droite la plus bête du monde, mais n’est-ce pas le cas, précisément, à Paris ?

A défaut de différence sur les mesures proposées, il faut bien s’intéresser aux personnes qui les portent et à leurs choix.

Prenons le cas du 17ème arrondissement, où l’actuel maire avait lui aussi un grand boulevard pour être réélu s’il avait su créer les conditions d’une grande liste de rassemblement républicain.

Cela n’a pas été son choix. Il a concentré sa liste autour de son noyau dur de partisans, plaçant quelques rares candidats Modem ou UDI. Il a écarté deux de ses élus actuels LR, Aurélie Assouline et Pierre Yves Logereau. Pire, il a souhaité se priver du soutien des Radicaux et n’en a pas mis sur sa liste.

C’est mal connaître le rapport entre les idées du Parti Radical et Paris 17ème, de Ferdinand Buisson à Yves Galland. C’est même mépriser les valeurs portées par ce Parti historique comme leurs électeurs. Une élection municipale ne se gagne pas par une concentration autour de son premier cercle mais par l’élargissement de sa base électorale.

Du coup, il est impossible à une grande partie des Radicaux de se mobiliser pour lui.

Il avait fait la même erreur lors de l’élection législative en 2024. Alors qu’il avait une « avenue » pour battre la candidate macroniste, il s’était replié au second tour sur son noyau dur, incapable de rassembler large, quand son opposante, habile, fine politique tout en étant profondément sincère dans tous ses engagements, au contraire, a cherché à aller au-delà, à réunir, à parler valeurs, projets, espérance, et elle a, naturellement, mobilisé et gagné. Malgré l’étiquette Macron et malgré les déclarations de Gabriel Attal de l’entre-deux tours. Un réel exploit.

Face à l’actuel maire sortant, Aurélie Assouline a bâti une liste d’union, malheureusement avec l’étiquette de Sarah Knafo, mais largement au-delà de cette étiquette, à la fois en gardant ses valeurs LR et en parlant à tous. Elle pourrait créer une réelle surprise le soir du 15 mars, et peut-être même le soir du 22. Cela d’autant que la liste Bournazel, dirigée par Rachel Pardo, ne semble toujours pas avoir trouvé le moindre début de dynamique.

Ce qui est vrai dans le 17ème arrondissement se ressent dans tout Paris.

Pierre-Yves Bournazel est un candidat indéniablement intelligent et fin connaisseur des dossiers parisiens. Mais sa campagne, elle non plus, semble ne pas avoir démarré. Il peine à trouver la moindre dynamique. Il a hissé sa voile mais ne trouve aucun vent porteur. Les étiquettes Edouard Philippe et Emmanuel Macron, Horizon et Renaissance, ne l’aident pas beaucoup, elles alourdissent sa barque. Ajoutons qu’avec un équipage, en même temps, centre gauche et centre droite, il a des rameurs qui se dirigeraient bien vers Emmanuel Grégoire plutôt que Rachida Dati… une des surprises du 15 mars  pourrait être que le secrétaire général d’Horizon ne franchisse pas la barre des 10%. Si dans le même temps Edouard Philippe est battu au Havre, cela fera un candidat déclaré en moins aux prochaines présidentielles…

Rachida Dati fait pour le moment la course en tête des listes de Droite et du Centre, mais elle stagne. Elle a du mal à construire un discours mobilisateur. Elle aligne deux ou trois phrases, des punchlines, mais son discours est bien trop décousu. Elle, aussi, a méprisé les Radicaux en n’en plaçant aucun en position éligible.

Toute stratégie qui néglige une composante historique du centre droit réduit mécaniquement le potentiel d’addition des voix. Elle semble avoir oublié que c’est un candidat radical qui avait réussi à la mettre en ballotage, il y a dix ans, dans le pourtant très cossu 7ème arrondissement.

Plus qu’une erreur, une faute politique majeure. Elle s’est retrouvée piégée par ses barons d’arrondissement qui ont préféré garantir des places d’élus à leurs noyaux durs en cas de défaite plutôt que de bâtir une liste de large union. Elle a ainsi été incapable de réunir au-delà des différences. Et lorsqu’on stagne, on risque de prendre l’eau.

Face à eux, Sarah Knafo a créé une réelle surprise. Non pas dans le programme, puisque ses propositions sont quasiment les mêmes que celles de Dati et Bournazel, mais dans la manière d’incarner ses idées et de les véhiculer dans les réseaux sociaux. Elle a réussi à tendre la main à des candidats LR comme société civile, et élargir sa base.

Elle grimpe, certes, mais elle va très vite atteindre son plafond de verre. Car elle n’arrivera pas à faire oublier ses deux boulets : Zemmour et l’AfD. Sauf si elle est suffisamment intelligente pour dire clairement, très clairement, que les propos outranciers de Zemmour pendant la campagne présidentielle de 2022 étaient des âneries, des fautes, et qu’elle les condamne avec vigueur, qu’elle renonce à toute proximité idéologique avec l’extrême droite, à Paris comme à Strasbourg, qu’elle réintègre la Droite gaulliste et qu’elle porte, à nouveau, comme lorsqu’elle était à l’UMP, les valeurs républicaines de Liberté, Egalité, Fraternité, Laïcité.

Si elle ne le fait pas avant le 15 mars, elle restera sous ce plafond de verre, affaiblie, avec raison, par son étiquette d’extrême droite, et ne servira qu’à faire perdre les Parisiens.

Si ces trois candidats ne changent pas la trajectoire de leurs campagnes, alors rien ne changera à Paris. Mais s’ils arrivent à réorienter leurs discours, à dépasser les clivages, à se dépasser et donc à s’unir le soir du 15 mars, quitte à perdre leur aile la plus à gauche comme la plus à droite, alors on pourra changer Paris et rendre la Ville Lumière une Ville de nouveau Heureuse…

 

Patrick Pilcer

Président de Pilcer & Associés, conseil et expert sur les marchés financiers, auteur de « Radicalement républicain. Le mur n’est pas une fatalité. » (disponible dans la Librairie Opinion Internationale et bientôt dans toutes les bonnes librairies).