Edito
11H52 - jeudi 26 février 2026

Narendra Modi, premier ministre de l’Inde, en Israël : deux champions d’une troisième voix entre les nations. L’édito de Michel Taube

 

Narendra Modi, premier ministre de l'Inde, en Israël : deux champions d'une troisième voix entre les nations. L'édito de Michel Taube

La visite d’État du Premier ministre indien Narendra Modi en Israël appartient incontestablement à cette catégorie rare. En foulant le sol israélien pour rencontrer Benjamin Netanyahu et en s’exprimant devant la Knesset, le dirigeant de la plus grande démocratie du monde n’a pas seulement effectué un déplacement protocolaire dans le seul pauys démocratique de la région. Il a posé un acte géostratégique majeur, presque fondateur, dans la recomposition silencieuse mais accélérée des équilibres internationaux.

Le symbole est puissant. En concluant son discours par un vibrant « Am Israël Haï », Narendra Modi a envoyé un message clair, lisible de Jérusalem à New Delhi, mais aussi de Téhéran à Washington et de Pékin à Bruxelles. Oui, l’Inde assume désormais pleinement sa proximité avec Israël. Oui, deux grandes nations anciennes, deux démocraties confrontées au terrorisme et aux turbulences régionales, entendent désormais avancer de concert. Et oui, cet axe inédit mérite d’être regardé avec attention, sinon avec respect, dans un monde de plus en plus fragmenté.

Car au-delà des mots, les convergences sont profondes. L’Inde et Israël partagent une même lucidité face à la menace terroriste, qu’elle frappe à Mumbai ou qu’elle ensanglante le 7 octobre Israël. Les deux pays ont compris depuis longtemps que la naïveté stratégique se paie toujours au prix fort.

Tous deux investissent aussi massivement dans les technologies de rupture, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et le numérique, convaincus que la puissance de demain sera d’abord technologique. Tous deux, enfin, cherchent à jouer un rôle d’équilibre entre les grands blocs, refusant de se laisser enfermer dans des logiques d’alignement automatique.

Il faut mesurer ce que représente ce rapprochement. L’Inde n’est pas un partenaire comme les autres. C’est un géant démographique, une puissance économique en pleine ascension, un acteur diplomatique courtisé par tous. En renforçant ses liens avec Jérusalem, New Delhi envoie un signal de maturité stratégique, mais aussi d’indépendance assumée. Et Israël, souvent isolé sur la scène internationale, trouve là un allié de poids, solide, crédible et durable.

Bien sûr, Narendra Modi n’ignore pas les équilibres régionaux. L’Inde continue de dialoguer avec les pays du Golfe et même avec l’Iran. Mais c’est précisément ce qui rend cette visite encore plus significative. L’Inde, championne d’une troisième voie entre les géants américain et chinois, rejointe par Israël qui s’autonomise de plus en  plus par rapport aux Etats-Unis, montre qu’au XXIe siècle, la diplomatie des nations souveraines ne se résume plus à des camps figés. Elle se construit par cercles d’intérêts, par convergences concrètes, par alliances pragmatiques.

Dans ce monde tourmenté, où les lignes de fracture se multiplient et où les certitudes d’hier s’effritent, l’axe entre l’Inde et Israël apparaît comme un facteur de stabilité qu’il serait imprudent de négliger. Deux démocraties résilientes, deux civilisations anciennes, deux puissances technologiques qui choisissent de se rapprocher face aux défis communs : le signal est clair. Et il pourrait bien compter parmi les évolutions géopolitiques les plus structurantes des années à venir.

Michel Taube

Directeur de la publication