
Le Salon international de l’agriculture bat son plein à Paris jusqu’au 1er mars. L’occasion de manifester notre solidarité avec les agriculteurs et notamment les éleveurs dont malheureusement cette année les bovins ne seront pas présents pour cause de risques sanitaires.
Si chaque année une vache est l’emblème du Salon international de l’agriculture, peut-être que cette année un cheval, prince des animaux, aurait pu en être l’égérie. Le SIA est en effet le plus grand rendez-vous d’équidés en France et il propose cette année une programmation originale à visiter absolument.
Nul ne contestera également que la Normandie est LA région du cheval. Au cœur du bocage normand, le pays d’Auge, avec pour capitale et centre névralgique Lisieux bien entendu, est un peu le triangle d’or des amoureux du cheval.
Enfin, le cheval est peut-être le meilleur des thérapeutes pour de nombreux jeunes et adultes qui se cherchent dans un monde de plus en plus déshumanisé. De l’éducation des plus jeunes enfants à l’équi-coaching en entreprise, en passant par les sport-études, le cheval réalise des prouesses pédagogiques qu’il faut savoir développer.
Une filière cheval menacée
Malheureusement, et malgré tous ces atouts, aussi incroyable que cela puisse paraître, et comme souvent en France, nous avons des joyaux qui sont mis à mal par des barrières administratives, des freins idéologiques et des choix déconnectés de la réalité par la puissance publique.
Oui, la filière du cheval est menacée et même mise en danger par la fragilisation des lieux de transmission de cette passion et des métiers équins que sont les sports-étude cheval et les établissements scolaires hors contrat qui combinent scolarité et pratique du cheval.
L’idéologie du collège unique dans l’Éducation nationale a empêché tant d’enfants, soit souffrant de troubles cognitifs soit doués ou passionnés par le cheval, parfois les deux, d’entrer dans les apprentissages par des biais vivants, pratiques, valorisants que le cheval leur apporte.
Pendant des décennies, des collèges et des lycées hors-contrat se sont développés un peu partout en France. Pour recevoir justement des enfants qui arrivaient enfin à s’épanouir au contact du cheval, tout en bénéficiant de cours dispensés par le CNED ou des enseignants habilités. Scolarité le matin, découverte et pratique du cheval l’après-midi. Programme idéal que de nombreux pays anglo-saxons pratiquent depuis belle lurette.
À la croisée de l’éducation de nos enfants, de la pratique du sport et de la préparation des athlètes de haut niveau, certains de ces établissements équestres ont développé une filière sport-étude.

Or depuis 2021, des dizaines de collèges et lycées cheval, dont des sport-études, même en Normandie où le cheval est si vital pour l’avenir des Normands, ont suspendu leur activité ou fermé définitivement. Pourquoi ? Parce qu’il n’y aurait plus de demande ? Allons donc ! Des milliers de familles voudraient scolariser leurs enfants dans le monde du cheval et ne leur trouvent pas de destination.
Pourquoi cette hécatombe, alors ? Parce que la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, destinée initialement à réduire le nombre d’élèves instruits en famille pour lutter contre l’islamisation de la société, a été étrangement dirigée aussi contre des établissements privés dans le monde du cheval. Bref cette loi a été détournée de son objet et a permis à des administrations parfois tatillonnes, parfois franchement hostiles au collège hors-contrat, de mettre des bâtons administratifs, dans les roues des dirigeants d’établissements scolaires qui n’avaient rien à voir avec la cause visée.
Il faut une grande loi cheval pour la formation
En fait, le monde du cheval ne dispose pas de dispositifs légaux et réglementaires adaptés à ses spécificités, permettant la combinaison, pourtant si épanouissante pour les enfants, de la scolarité classique leur transmettant les fondamentaux, avec la découverte et la pratique du cheval comme passion, futur métier et/ou pratique sportive.
Les sport – études, tels qu’ils sont conçus en France, ne permettent aux élèves de pratiquer le cheval… qu’une demi-journée par semaine ! Pas de quoi former les futurs champions d’équitation.
Il faut des sport – études toute la semaine et pour cela permettre à des établissements scolaires cheval de dispenser leur enseignement par le CNED, mais avec encadrement pédagogique, sans être considérées comme des écoles de fait. Il faut un régime spécifique pour le monde du cheval et pour les enfants qui veulent s’y épanouir, en y associant tous les acteurs institutionnels, dont l’Éducation Nationale, le ministère de la Jeunesse et des sports, la Fédération Française d’Équitation.
Devant cette prise de conscience et face aux fermetures de tant de collèges ou aux menaces qui pèsent sur d’autres, nous appelons solennellement le gouvernement, et au premier chef le premier ministre Sébastien Lecornu qui est normand, les parlementaires, les élus locaux, à travailler tous ensemble à l’adoption d’une loi permettant le développement sur tout le territoire national d’établissements scolaires – cheval qui assureront l’avenir tant de nos enfants que d’une filière équine qui participe au rayonnement de la France.
En Normandie notamment, l’enjeu est de taille : il y a en Bretagne dix fois plus de sections sportives – voile qu’il n’y a de sections sportives équitation en Normandie. De quoi proposer là aussi une mobilisation collective pour assurer la pérennité de ce joyau normand.

Laure Bousquet
Directrice de l’Académie d’enseignement comportemental de Firfol (14) et d’Equicoaching, l’Académie
Héroïne (avec les enfants cavaliers) de la série à succès sur France TV « Au galop ! »
Michel Taube
Parent d’élève, fondateur du site Opinion Internationale



















