
Le suicide assisté de la jeune Noelia Castillo par la société espagnole constitue à la fois un séisme psychologique pour tout un pays, et bien au-delà, mais également un véritable drame politique.
Nous sommes bien conscients que, dans nos sociétés occidentales et libérales, de plus en plus de pays autorisent l’euthanasie ou le suicide assisté, sous des formes diverses et selon des modalités qui varient d’un État à l’autre. Ce mouvement législatif s’étend progressivement sur notre continent et en Occident, au nom de la liberté individuelle et du droit de chacun à disposer de sa vie.
Mais nous sommes également convaincus que cette pente morbide est l’un des symptômes d’un continent et d’une civilisation vieillissants et en profonde déprime, qui doutent d’eux-mêmes et de leur capacité à affirmer une culture de la vie.
La plupart des grandes civilisations ont interdit, ou du moins fortement condamné, le suicide. C’est même, d’une certaine manière, l’un des critères fondamentaux de la civilisation : protéger la vie, même lorsqu’elle semble fragile, douloureuse ou menacée. Or voilà que la civilisation qui se prétend la plus développée, la plus rayonnante et la plus conquérante accompagne désormais, parfois avec une froide procédure administrative, la mise à mort de personnes qui ne veulent plus vivre.
Bien entendu, la douleur, le handicap, la solitude ou toutes les épreuves que la vie peut infliger peuvent expliquer qu’une personne souhaite mettre fin à ses jours. Personne ne peut ignorer la profondeur de ces souffrances. Mais j’ai envie de dire à ces mêmes personnes, au nom même de ce libéralisme et de cet individualisme forcené que nos sociétés revendiquent : prenez vos responsabilités, et ne rendez pas la société complice de votre décision.
Car une société qui en vient à organiser la mort de ses propres membres, même au nom de la compassion, prend le risque d’affaiblir profondément le principe même qui la fonde : la protection de la vie humaine.
Une société qui banalise ou glorifie la mort est, d’une certaine manière, une société déjà virtuellement morte. Entre la maman et le papa de la défunte Noelia, nous choisissons le père !
Au moment où le Parlement français peine à voter une nouvelle loi sur la mort assistée, le cas de Noelia, au-delà de l’émotion qu’il suscite légitimement, ne doit certainement pas orienter les choix du législateur. Une loi ne peut se construire sur un choc médiatique, aussi poignant soit-il. Elle doit se fonder sur des principes durables et sur une vision claire de ce que nous voulons être comme civilisation.
Michel Taube




















