Edito
07H38 - lundi 23 février 2026

Le Conseil de la paix contre l’ONU. Tribune de Michel Scarbonchi

 

ONU ou Conseil de la paix : quelle gouvernance mondiale ? La chronique de Michel Scarbonchi

Depuis 1945, nous avons grandi avec l’idée que la paix et le progrès humain étaient immuable et que les « méchants » perdaient toujours.

Le Président américain a cassé, en un an, l’ordre mondial construit, depuis 80 ans, par ses prédécesseurs. Personnage impulsif et imprévisible, il détruit la légitimité des institutions en politique intérieur comme à l’international considérant que seul compte la loi du plus fort.

Il a fait sienne la phrase d’Alphonse Allais « au-delà des bornes, il n’y a plus de limites ».

A Washington, le 19 février, a eu lieu la première séance du Conseil pour la Paix doté de 10 milliards de budget par les Etats-Unis, composé de 32 membres, la plupart étant des pays aux régimes autocrates. Parmi eux, deux pays européens, la Hongrie et la Bulgarie.

D’autres pays y sont présents comme observateurs : l’Italie, la Grèce, la Roumanie, la Tchéquie et Chypre. Il est navrant d’y constater la présence de Dubravka Suica, commissaire à la Méditerranée de la Commission européenne, sans mandat du Conseil européen ! Tout comme la présence de Gianni Infantino, Président de la FIFA, permettant à Trump de prendre en otage la prochaine coupe du monde de football….

Ce « Board of Peace » dont Trump s’est proclamé Président à vie et y a instauré une adhésion à 1 milliard de dollars cash, devait, initialement, être consacré au règlement et à la reconstruction de Gaza. Il a vu, comme cela était probable son mandat élargi à la résolution des conflits.

Instrument de quête d’un prix Nobel de la Paix et d’une « diplomatie business », ce Conseil se pose ainsi en concurrent de l’ONU.

Mais pas que ! Aucun observateur n’a noté que ce Conseil a probablement aussi pour raison d’assurer un « Trump Imperium » durable sur le monde. En effet, le Président américain finira son mandat dans trois ans et sauf modification de la Constitution, il ne sera plus aux affaires officielles. Mais grâce à son Conseil, il prétendra jouer un rôle déterminant dans les affaires du monde.

Que pourra faire l’ONU ? D’abord elle a la légitimité internationale de sa fondation, de ses agences et de ses 193 membres.

 Certes elle est imparfaite dans la gestion des crises où elle été plus souvent « pompier-pyromane » que solution aux conflits. Le monde de 2025 n’est plus celui de 1945. La population mondiale est passé de 2,5 milliards à plus de 8 milliards et le nombre de ses Etats membres a quadruplé.

Mais le principal obstacle à son bon fonctionnement, – critique récurrente, dépend d’un défaut d’origine, à savoir l’usage d’un droit de veto au sein du Conseil de sécurité, permettant aux cinq grandes puissances, qui le composent (Etats-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne et France) de préserver leurs intérêts et ceux de leurs amis et, in fine, de se neutraliser, paralysant ainsi l’Institution.

La création du Conseil de la paix va-t-elle hâter la réforme de l’institution onusienne avec la suppression du droit de véto remplacé par la majorité qualifiée et l’élargissement des membres du Conseil de sécurité ? Comment accepter que deux continents n’y soient toujours pas représentés (Afrique et Amérique du Sud).

Une ONU réformée et fortifiée sera plus à même d’incarner les réalités de notre temps et de tenir tête au « César américain » dont on peut se demander si il restera membre de l’institution .

En somme avec cette concurrence pour la gouvernance mondiale se prépare un futur affrontement d’influences et d’actions entre l’ONU, gardienne du droit et de la démocratie et le Conseil pour la Paix, dont on peut craindre qu’il ne soit vecteur de force et de désordre du monde.

Le devenir de Gaza entre le projet de Riviéra de Trump et la solution à deux Etats de l’ONU devrait, avec brutalité, illustrer ce face à face dans les prochains mois.

 

Michel Scarbonchi

Ancien député européen