Opinion Outre-Mer
15H32 - vendredi 30 janvier 2026

Rudy Maréchaux, multi-entrepreneur et auteur de la méthode MEPC, publie « Entrepreneuriat en pays contraint ». Entretien.

 

Rudy Maréchaux, multi-entrepreneur et auteur de la méthode MEPC, publie « Entrepreneuriat en pays contraint ». Entretien.

Rudy Maréchaux bonjour. Vous êtes l’auteur du livre « Entrepreneuriat en pays contraint » (Nexus éditions). Vous vous présentez comme un multi entrepreneur. Pourquoi « multi-entrepreneur » ?

Je n’ai pas fondé « une entreprise » mais un ensemble d’entreprises au fil du temps, parfois en parallèle, parfois en relais dans les secteurs du Conseil et plateformes numériques, restauration, cosmétiques, édition et contenus, formation et e-learning, agro-transformation et rhum, projets touristiques et culturels.

 

Pourquoi ce livre ?

Les Antilles vivent un paradoxe : il y a à la fois un fort dynamisme de création d’entreprises, de projets qui foisonnent et, en même temps, un nombre important de défaillances d’entreprises, notamment dans les trois à cinq années qui suivent la création.

Parce que les entrepreneurs font partie des solutions pour les Outre-mer., aider des jeunes ultramarins qui ont des projets, des initiatives dans tous les secteurs d’activité, à percer et à se développer comme entrepreneurs, c’est une meilleure solution que des choix administratifs, bureaucratiques et de contrôle.

Il y a des trésors d’initiatives, de génie et de talent dans les Outre-mer qui ne demandent qu’à percer à être aidés. Mais je me suis rendu compte qu’après 35 années d’entrepreneuriat, nos territoires pâtissent de l’interprétation inadaptée de beaucoup de règles standard venues de l’hexagone qui ne correspondent à aucune réalité en fait chez nous.

Je me suis aussi inspiré de mes expériences en Afrique.

 

Quelles sont les contraintes dont vous parlez ?

Il y a tout d’abord des contraintes physiques liées à l’insularité et à l’éloignement des centres de décision nationaux.

Mais il y aussi d’autres contraintes : si un entrepreneur ultra-marin veut faire un investissement, nous ne sommes pas traités à égalité par rapport à d’autres entrepreneurs qui sont dans l’hexagone, ne serait-ce qu’en terme d’indicateurs ou en termes de pourcentage ou d’analyse de nos bilans.

Mon livre propose des solutions concrètes pour surmonter ces contraintes. En pays contraint, les obstacles ne sont pas seulement économiques. Ils sont administratifs, humains, culturels, logistiques, psychologiques. L’entrepreneur doit composer avec tout cela en permanence. C’est pour ça que l’adaptation devient une compétence centrale.

 

Mais pourquoi parler d’un « pays » contraint, et pas de « territoire » ? La France est un pays contraint ?

Parce que le mot pays inclut le politique, le symbolique et l’imaginaire.

Le mot pays englobe des institutions, un rapport à l’État, une histoire collective, des récits dominants, des dépendances construites. On peut être dans un « pays » contraint sans être souverain, et sans que la contrainte soit officiellement reconnue.

 

Quels sont les trois premiers conseils que vous donneriez à un jeune Antillais qui veut créer une entreprise ?

Comprends ton pays avant ton idée, ne dépends jamais d’une seule source, et investis d’abord dans une compétence rare. Le reste viendra.

 

Quels sont vos prochains rendez-vous pour l’année 2026 ?

Je tire de mon expérience et de ma réflexion le modèle MEPC (Modèle Entrepreneurial en Pays Contraint) qui est une marque déposée à l’INPI et une méthodologie.  

En 2026, MEPC sort un nouveau livre et un livre-méthode d’outils adaptés à l’entrepreneuriat : il devient une méthode, des formations adaptées et des traductions pour d’autres territoires contraints. L’objectif n’est pas de multiplier les projets, mais de transmettre une façon lucide d’entreprendre.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Directeur de la publication