Edito
00H30 - jeudi 29 janvier 2026

Pourquoi la Martinique décroche. L’édito de Michel Taube

 

Pourquoi la Martinique décroche. L’édito de Michel Taube

Les derniers chiffres de l’économie martiniquaise cessent d’être des statistiques pour devenir un cri d’alarme. La Martinique vit ce moment. Sous l’impulsion des autonomistes emmenés par Serge Letchimy et des indépendantistes à la sauce Petitot. Et avec l’assentiment du gouvernement et du président de la République ?

La Martinique ne vit pas une difficulté conjoncturelle, elle ne traverse pas une mauvaise passe. Elle vit un véritable décrochage économique, profond, mesurable, documenté. Ce ne sont ni des impressions ni des postures politiques. Ce sont les données de l’Insee qui, trimestre après trimestre, dessinent une réalité que plus personne ne peut décemment masquer.

Au troisième trimestre 2025, l’activité économique recule de 1,5 % sur un an. Dans le même temps, l’Hexagone limite la baisse à 0,3 %. L’écart n’est pas anecdotique. Il est vertigineux. La Martinique décroche cinq fois plus vite que le reste du pays. Et le recul touche presque tous les secteurs productifs. Le commerce chute de 2,6 %, l’hébergement restauration de 2,4 %, l’information communication de 4 %, les activités financières de 3,1 %, l’industrie de 2,3 %, la construction de 6,5 %, tandis que les autorisations de logements neufs s’effondrent de 9,2 %.

Quatre trimestres consécutifs de recul depuis la fin 2024. Quatre trimestres. Le mot est posé. Nous sommes en récession.

Un seul secteur progresse. Le tertiaire non marchand, en hausse de 1,4 %. Autrement dit, les administrations, la santé, l’éducation, l’action sociale. L’emploi public financé par l’impôt et par les transferts nationaux. En Martinique, plus de 35 % des emplois relèvent de ce secteur, contre environ 22 % en métropole. Un emploi sur trois dépend directement du secteur public. Cette particularité permet de masquer temporairement l’ampleur de la chute. Mais elle en constitue aussi la fragilité fondamentale. Car l’argent public ne produit pas de richesse. Il la redistribue. Et lorsqu’il n’y a plus assez de richesse privée créée, la redistribution devient un trompe-l’œil.

Le tourisme lui aussi, pourtant joyau des Antilles, souffre avec des prix de billets d’avion qui ont considérablement augmenté ces dernières années, et l’Etat qui tarde à donner les moyens au secteur privé, notamment dans l’hôtellerie, de rehausser son offre commerciale.

En un an, 450 entreprises ont fait faillite. Les défaillances augmentent encore de 4,5 %. Rapporté à une population de 353 000 habitants, ce chiffre est considérable. Chaque entreprise qui disparaît, ce sont des emplois perdus, des cotisations en moins, une capacité productive qui s’éteint. Dans le même temps, l’investissement privé chute de 7,8 %. Moins d’investissement aujourd’hui, c’est mécaniquement moins de croissance demain. La spirale est connue, presque mécanique.

Le PIB par habitant dit le reste. 29 000 € en Martinique contre 42 000 € en métropole. Près de 30 % de richesse produite en moins par habitant. Cette différence n’est pas une fatalité géographique. Elle est le résultat d’un modèle économique qui, année après année, a déséquilibré la structure même de la création de richesse.

La Martinique compte 131 400 salariés. 900 emplois ont été détruits en un an. Le taux d’emploi des 15 64 ans plafonne à environ 44 %, contre 52 % en métropole. Huit points d’écart. Là encore, l’emploi public amortit la chute du privé et entretient l’illusion d’une stabilité qui, en réalité, repose sur des bases de plus en plus fragiles.

Depuis les émeutes orchestrées par des sécessionnistes indépendantistes à l’automne 2024, le thème de la vie chère s’est imposé dans le débat public sur les Outre-mer. Faux débat tel qu’il s’est imposé car c’est de pouvoir d’achat qu’il aurait fallu parler, de création de richesse et non de contrôle fictif et vain des prix qui ne sont que le reflet de réalités structurelles insurmontables.

 

Pourquoi la Martinique décroche-t-elle ainsi ?

Il faut avoir le courage de regarder en face la réalité d’un modèle économique qui, depuis des décennies, peine à trouver un équilibre durable entre redistribution et production, dépense publique et investissement privé. Cette organisation, fortement structurée autour de l’intervention de l’État, a progressivement limité l’émergence d’une dynamique entrepreneuriale forte et accru la dépendance aux transferts nationaux.

À cela s’ajoute un réflexe très français, et souvent plus marqué encore que dans l’Hexagone, où le monde politique travaille peu, voire pas du tout, avec le monde économique, alors que ce dialogue est pourtant essentiel au développement. Trop souvent, la société civile comme les responsables politiques désignent les entrepreneurs comme des profiteurs plutôt que comme des créateurs de valeur, d’emplois et d’opportunités. Cette défiance persistante nourrit un climat peu favorable à l’investissement et freine aussi la volonté de la jeunesse d’entreprendre dans sa propre région, beaucoup choisissant de partir pour fuir un climat des affaires défavorable.

Ainsi, au-delà même de la Martinique, lors de la remise des 52 Talents de l’Outre-mer par le CASODOM qui fêtait ses 70 ans à Paris la semaine dernière, – 52 talents, 52 promesses d’avenir -, les grands chefs d’entreprise ultramarins étaient absents, contrairement aux représentants de l’Etat. Le secteur privé a-t-il seulement été convié ? Il faut pourtant mobiliser toutes les forces vives.

Mais elle ne pourra se redresser qu’au prix d’une remise à plat profonde de ses fondamentaux. Redonner toute sa place à l’entreprise, à l’investissement, à la création de richesse, à la liberté économique, à promouvoir ces talents que renferme la jeunesse martiniquaise. En un mot, replacer le marché au cœur du modèle, non par idéologie, mais par nécessité. Car sans production de richesse privée, il n’y a ni emploi durable, ni services publics solides, ni avenir économique.

La Martinique n’est pas condamnée. Les entreprises se révoltent-elles enfin ? Des chefs d’entreprise montent déjà au créneau. Il est temps !

 

Michel Taube

Directeur de la publication

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