Edito
21H06 - jeudi 22 janvier 2026

Georges Dorion : un regard sur les Talents de l’Outre-mer. Entretien

 

Georges Dorion Talents des Outre-mer

Georges Dorion, originaire de la Martinique est diplômé de l’E.N.A. promotion Stendhal (celle L. Jospin et de J. Toubon). Il a été le président du Comité d’Actions Sociales en faveur des Originaires des Départements d’Outre-Mer, plus connu sous le nom de CASODOM, de 1994 à 2012.

Dans le cadre de ses fonctions associatives, il a créé le prix Talents de l’Outre-Mer en 2005 afin de récompenser les parcours d’excellence des ultramarins. Georges Dorion est aujourd’hui président d’honneur du Réseau des Talents de l’Outre-Mer regroupant 428 Talents de l’Outre-Mer.

Il revient sur 25 ans d’engagements pour les Outre-mer. Entretien.

 

Georges Dorion entouré de la première promotion des Talents de l'Outre-Mer en 2005, dont Yola Minatchy

Georges Dorion entouré de la première promotion des Talents de l’Outre-Mer en 2005, dont Yola Minatchy

Monsieur Georges Dorion, vous êtes le fondateur, l’artisan du prix Talents de l’Outre-Mer qui a fêté ses 20 ans. Racontez-nous pourquoi vous avez souhaité créer ce prix en 2005 qui récompense les parcours d’excellence des ultramarins ?

J’ai souhaité créer ce prix pour donner des accents gratifiants à la vocation sociale de l’association dont j’avais la charge. Certes, la préoccupation première de cette association est d’aider autant que faire se peut les compatriotes ultramarins qui en ont besoin, mais il s’agissait par là de donner de l’optimisme à l’ensemble de la communauté ultramarine, en montrant les formidables réussites sociales de beaucoup d’entre eux et en présentant celles-ci comme des exemples à suivre.

De cette impulsion sont nés les “Talents de l’Outre-mer” dont la première manifestation publique de remise de prix a eu lieu au Palais d’Iéna en 2005. (Photo de la première promotion).

 

20 ans plus tard, 428 Talents ont été récompensés. Que pensez-vous de votre œuvre ?

L’émergence des “Talents de l’Outre-mer” est une réussite incontestable dont on voit bien qu’elle fait envie.

J’espère que ces Talents de l’Outre-Mer rassemblés au sein de l’association Le Réseau des Talents de l’Outre-mer mettront à profit leur compétence au profit de l’avancement de nos territoires.

 

Georges Dorion - Sans détour, les convictions d’Hippolyte

Vous avez publié récemment un ouvrage Sans détour, les convictions d’Hippolyte (éd. Trois Colonnes). Quel est le déclic qui vous a donné l’idée d’écrire ce livre ?

Je suis passionné par ce qui se passe dans mon pays, en particulier par rapport au monde de l’Outre-mer français auquel il appartient. Je m’y intéresse depuis longtemps parce que j’ai l’impression que la Martinique s’est installée dans une sorte de porte-à-faux, emballé dans un discours somptueux, qui la distingue des autres territoires, ceux-ci me paraissant être généralement plus réalistes. Cela renforce un mal à l’aise qui a déjà d’autres raisons concrètes d’exister.

Je n’avais pas écrit de livre sur ce sujet, mais j’ai souvent alerté mes camarades sur les aspects négatifs des postures dominantes, aboutissant dans mon pays à des ratages voire à des impasses.

 

Quel est le thème principal de votre essai ?

Il s’agit de mettre en lumière les principales questions qui se posent dans les DROM, en particulier la Martinique dont je suis originaire. Je l’ai fait à travers ma propre expérience, en me donnant le pseudonyme d’Hippolyte pour éviter – choix littéraire – de parler à la première personne pour, peut-être entretenir une subtile ambiguïté.

Cette expérience m’ayant permis de connaître en profondeur de tous les sujets concernant tous les DROM et bien d’autres territoires, je les ai abordés dans une démarche didactique, en cherchant à ouvrir les pistes qui permettraient de surmonter les insuffisances que j’ai détectées, à commencer par celles du pays que je connais le mieux.

Le thème peut se définir comme la recherche, aussi rationnelle et objective que possible, des freins qui handicapent les peuples qui nous ressemblent, et leur mise en lumière pour déjouer les discours trompeurs et les habiletés insincères.

Ce type de démarche peut servir de référence bienfaisante à d’autres territoires qui subissent les mêmes freins, les mêmes difficultés à émerger.

Le but essentiel est de mettre sur la table de façon construite les sujets essentiels, afin que les peuples concernés soient à même de se pencher sur leurs affaires de manière plus éclairée, plus intelligente.

  

En 2026, quelle est votre perception de la situation socio-économique de l’Outre-Mer ? Et plus particulièrement de votre terre natale ?

Chaque cas est évidemment un cas particulier. La constante dans nos Outre mers est que, pour diverses raisons statutaires, il y a des distorsions importantes dans les niveaux de vie des diverses catégories sociales et que l’économie réelle ne permet pas d’assurer une prospérité profitable au grand nombre. Les filets de protection de l’Etat ne peuvent pas régler tous les problèmes.

Le terreau est en conséquence par nature conflictuel. Le poids de l’histoire, ravivé plus particulièrement en Martinique, n’arrange pas le climat social.

 

Comment voyez-vous l’évolution de nos territoires ultramarins à terme ? A titre d’exemple, la situation complexe de la Nouvelle-Calédonie ? Ou celle, particulière aussi, de Mayotte ?

La France est le seul ancien grand colonisateur ayant rendu possible l’équivalent de ce qu’on appelle les DROM c’est-à-dire des collectivités territoriales calquées en droit sur celles de la métropole. C’est la source de tous les embarras pour les indécis. Leur évolution dépend de ce que veulent les peuples et ce qu’expriment leurs représentants. La Martinique est la plus perplexe et la plus brouillonne à ce sujet.

Ce que je sais, c’est que la situation des DROM historiques est très éloignée de celles de la Nouvelle Calédonie et de Mayotte.

Ce que je pense aussi, c’est que la Constitution française permet des évolutions statutaires, mais que les gouvernants locaux ne sont pas toujours au clair sur ce qu’ils souhaitent : c’est tout particulièrement le cas de la Martinique. La Réunion est le DROM le plus à l’aise sur ce sujet : elle n’use pas son énergie dans des revendications qui se révèlent improductives, puisque tous les DROM historiques ont, 80 ans après la départementalisation, pratiquement le même statut qu’elle. Dire ou clamer qu’on sort est une chose, sortir en est une autre.

Ce que je pense enfin, c’est que l’imbrication des DROM dans les structures de l’Etat français sont telles que les politiciens locaux qui souhaitent des évolutions feraient bien de le faire dans la concorde, et non dans la vindicte ou la bravade, en n’ignorant pas les contraintes juridico-politiques qu’on ne peut pas contourner. S’ils devaient brûler leurs vaisseaux, ils l’auraient déjà fait. C’est qu’ils savent que les populations n’accepteront pas de saut dans l’inconnu par rapport aux avantages dont ils disposent.

Il est clair à cet égard que, étant donné la situation de fait d’aujourd’hui, la Réunion a été jusqu’à maintenant la meilleure utilisatrice de ses opportunités : les résultats économiques dans leur évolution relative sont là pour le prouver. La Guadeloupe est plus ou moins dans la même veine malgré des soubresauts et des vents contraires : les résultats comparés le prouvent aussi. Quant à la Martinique, elle n’a guère dans sa grande majorité été regardante sur ses déperditions d’énergie pour des objectifs théoriques fantasmés, jamais atteints, qui présentent le désavantage d’entretenir le mal-être : c’est elle qui a subi un recul relatif par rapport à sa position d’avant. C’est sans doute pour cette dernière raison que je m’intéresse autant à ce sujet.

 

Y a-t-il des éléments autobiographiques dans votre ouvrage ?

Mon livre est un essai autobiographique. A travers mon parcours il est consacré essentiellement à l’évocation de problèmes de fond.

 

Propos recueillis par Michel Taube

Michel Taube

Directeur de la publication

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