Opinion Outre-Mer
14H49 - jeudi 1 octobre 2026

A quelle sauce le projet de budget 2027 veut cuisiner les Outre-mer ? L’édito de Michel Taube

 

A quelle sauce le projet de budget 2027 veut cuisiner les Outre-mer ? L’édito de Michel Taube

À première vue, l’annonce a de quoi rassurer. Le projet de loi de finances pour 2027 que vient de dévoiler le gouvernement porte le budget du ministère des Outre-mer à 3,7 Md€, en hausse de près de 10 % sur un an et de 63 % depuis 2022. Dans une France qui cherche 54 Md€ d’économies (et probablement bien plus), les Outre-mer pourraient se dire rassurés. Il faut se garder de conclure trop vite : un budget qui monte peut cacher des territoires que l’on serre.

Car la vérité d’un budget n’est pas dans son total, elle est dans ce qu’il rémunère. Plus de la moitié de cette enveloppe, 52 %, finance des exonérations de cotisations sociales. Autrement dit, l’essentiel du budget de l’outre-mer ne construit ni école, ni logement, ni route : il abaisse le coût du travail pour compenser des surcoûts structurels et des écarts de productivité que personne n’a jamais résorbés. C’est un budget de compensation, pas un budget de transformation.

Le plus remarquable, en 2027, est ailleurs. La LODEOM, le RAFIP et le CICE mahorais sont préservés, et le Gouvernement ne propose aucune réduction de ces dispositifs. C’est une bonne nouvelle qu’il faut saluer sans bouder : dans un exercice où le rabot s’applique à presque tout, le filet qui protège l’emploi ultramarin résiste.

Résiste, vraiment ? Car le rabot, lui, a été promené partout. La contribution progressive des collectivités à l’effort budgétaire (−2,5 Md€) et le recentrage du FCTVA (−2,1 Md€) toucheront d’abord les communes, et parmi elles les communes d’Outre-mer, dont la fragilité financière n’est pas une hypothèse de travail mais un état permanent. Les contrats de redressement (COROM) en cours disent assez combien de communes ultramarines sont déjà sous perfusion.

Viennent ensuite les dépenses dites discrétionnaires, que le gouvernement suspendra. Leur liste parle d’elle-même : le fonds vert, les dotations d’investissement aux collectivités, les aides à l’adaptation climatique des agriculteurs, la filière « sucre » en Outre-mer. Voilà le paradoxe : des territoires en première ligne du dérèglement climatique, frappés par Chido à Mayotte et Garance à La Réunion, verront leurs crédits d’adaptation gelés, pendant que la sécurité civile gagne 219 M€ pour lutter contre des feux de forêt qui menacent surtout l’Hexagone.

Il y a pourtant, dans ce projet, une vraie générosité. Plus d’1 Md€ pour la reconstruction de Mayotte et le soutien à la Nouvelle-Calédonie ; 284 M€ en autorisations d’engagement et 353 M€ en crédits de paiement pour la Calédonie, auxquels s’ajoutent 200 M€ d’avances remboursables ; 331 M€ d’engagements et 283 M€ de paiements pour le programme 162, dont 307 M€ et 261 M€ voués au seul territoire mahorais ; 100 M€ reconduits pour le conseil départemental de Mayotte. Ne boudons pas notre satisfaction : l’État paie les crises qu’il n’a pas su prévenir.

C’est justement ce qui doit inquiéter. Un budget qui répare les cyclones est un budget qui a renoncé à les anticiper. La reconstruction de Mayotte n’est pas un investissement, c’est un rattrapage. Le rattrapage de décennies d’habitat insalubre, d’écoles délabrées, de retard sanitaire : la ligne budgétaire unique, les constructions scolaires en Guyane, l’appui aux PME ultramarines. Le droit commun consolidé représente 730 M€ de crédits de paiement, « un montant réhaussé » pour financer des conditions de vie décentes dans des territoires où l’eau, le logement et l’école relèvent parfois encore de l’urgence.

Alors, à quelle sauce les Outre-mer vont-ils être mangés ? Ni l’aigre-douce de la rigueur, ni le miellé de la communication. Plutôt la sauce d’une dépendance assumée : celle d’un modèle où l’État entretient l’économie ultramarine à coups d’exonérations et de dotations, sans jamais desserrer l’étau d’une vie chère qu’aucune ligne budgétaire ne fait reculer d’un centime sur les freins structurels et stratégiques. On subventionne le coût du travail pendant que le coût de la vie reste hors de portée.

La grande enveloppe de la mission, 52 % d’exonérations, 730 M€ d’investissements et 1 Md€ de reconstruction hâtive, raconte une même chose : l’État paye l’Outre-mer sans l’émanciper. Le service militaire adapté, qui ouvrira une compagnie à Nouméa, le recul du narcotrafic aux Antilles-Guyane : le budget sécurise. Il ne libère pas.

Une autre voie existe pourtant, et ce budget en contient les germes sans oser les cultiver. Transformer les contrats de convergence en instruments de production locale, indexer les aides sur le coût de la vie réel, faire de la LODEOM un levier de valeur ajoutée et non un pansement sur un écart de productivité. Aucune de ces décisions n’est hors de portée : aucune ne figure dans le PLF.

Voilà pourquoi, derrière la hausse de 10 %, le compte n’y est pas. À La Réunion, à Mayotte, en Guyane, aux Antilles, en Nouvelle-Calédonie, on ne juge pas l’État sur ce qu’il annonce, mais sur ce qu’il maintient quand il doit serrer. Cette année, il maintient l’emploi subventionné, la reconstruction et la sécurité. Il suspend l’adaptation, l’investissement local et le fonds vert.

Le même jour que sa présentation en conseil des ministres, étaient lancés Choose Outre-mer et un Fonds d’impact doté de 35 M€. Où est la part de l’Etat dans la loi de finances 2027 ?

Les Outre-mer ne demandent ni pitié, ni solde migratoire, ni tutelle. Ils demandent des comptes. Or les comptes, cette fois encore, sont tenus ailleurs. Et seront de toute façon moulinés au Parlement et, votés ou non à la fin, revus au lendemain de l’élection présidentielle.

 

Michel Taube

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Directeur de la publication

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