Opinion Outre-Mer
10H40 - mercredi 30 septembre 2026

Choose Outre-mer ou loi contre la vie chère : il faut choisir ! L’édito de Michel Taube

 

Choose Outre-mer ou loi contre la vie chère : il faut choisir ! L’édito de Michel Taube

Le en même temps macronien est en train de tuer la France et il en est de même dans les Outre-mer.

Est-ce un simple hasard de calendrier ? Ce jeudi 1er octobre, à la Banque de France, la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou ouvre la première édition de Choose Outre-mer. C’est son idée, c’est son projet. Mais hier encore la même ministre tenait avec les parlementaires une réunion de travail sur le projet de loi sur la vie chère.

On pensait qu’il dormait depuis près d’un an sur le bureau des députés, adopté par le Sénat le 28 octobre 2025 et jamais examiné au Palais-Bourbon.

Voilà donc, en une semaine, deux philosophies qui se font face. Et entre lesquelles il faut choisir.

 

La loi qui ne vient pas

C’est une histoire édifiante. Déposé au Sénat le 30 juillet 2025 sous procédure accélérée, adopté par la chambre haute le 28 octobre, le projet de loi porté alors par un Manuel Valls redevenu socialiste au grand dam des Outre-mer devait répondre à une urgence que personne ne conteste : 15,8 % de prix en plus en Guadeloupe, 13,8 % en Martinique, 13,7 % en Guyane, 8,9 % à La Réunion, 10,3 % à Mayotte. Des écarts qui écrasent le pouvoir d’achat des ultramarins depuis des décennies, et que la contestation sociale a portés dans la rue. Mais que des causes structurelles et une fiscalité moyen-âgeuse comme l’octroi de mer expliquent bien plus que de pseudo mauvaises intentions des acteurs économiques.

Un an plus tard, rien. Le texte n’a jamais été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Le député centriste Romain Daubié a fini par poser la question dans une question écrite à la ministre, le 8 septembre 2026, avec cette formulation désabusée qui dit tout : « Lutte contre la vie chère : ça traîne beaucoup quand même ! Non ? »

Il faut le dire sans détour : cette loi contre la vie chère, dans son architecture même, est un texte de bureaucratie pénale. Bouclier qualité-prix élargi, observatoires des prix renforcés, obligations nouvelles imposées aux distributeurs, encadrement expérimental des marges, prétendue régulation de la concentration économique. Un empilement de dispositifs, de décrets d’application, de mécanismes de contrôle et de sanctions, dont personne n’a jamais démontré qu’ils feraient baisser un seul ticket de caisse.

Le bouclier qualité-prix existe depuis 2012. Quatorze ans plus tard, en Martinique, les prix ont encore augmenté en août 2026. Le dispositif a été reconduit à La Réunion en mai 2026, avec un plafond de 415 euros pour 175 produits, en hausse moyenne de 4 % par article. Voilà le résultat quatorze ans de réglementation ont produit.

Ajouter de la norme à la norme, du contrôle au contrôle, de la sanction à la sanction, c’est le réflexe constant d’un État qui confond la loi avec l’action. Mais faire la loi, ce n’est pas faire baisser les prix. Les sénateurs eux-mêmes l’ont admis, à mots couverts, lors du débat du 28 octobre 2025 : ils ont adopté le texte « sans grande conviction », en dénonçant son manque d’ambition, et en refusant de donner de « faux espoirs » aux ultramarins.

Un texte adopté à main levée, par des élus nationaux qui délèguent trop souvent des votes clés sur les Outre-mer à des élus ultramarins à majorité gauchiste (regardez la députée martiniquaise Bellay, soutien de Ségolène Royal dans la primaire du PS). Voilà le bilan d’une méthode anbti-économique appliquée à la vie chère.

 

Choose Outre-mer ou la voie de l’investissement

Au fond, pourquoi cette loi traine-t-elle tant ? C’est de notoriété publique : la ministre Moutchou a hérité de la patate chaude de son prédécesseur (et de l’Elysée). Elle a préféré miser sur une autre approche, plus entrepreneuriale et sociale, dont Choose Outre-mer est l’incarnation…

Car cette fois-ci Choose Outre-mer ne promet pas de plafonner les prix. Il promet de créer les conditions de leur baisse durable : par l’offre, par la concurrence réelle, par l’investissement, par la production locale, par l’emploi.

Comment créer du pouvoir d’achat ? Telle doit être l’ambition d’une saine politique économique.

Les trois dispositifs prévus par Choose Outre-mer valent mieux que trente articles de régulation. Ils rappellent les initiatives prises dans le passé par de nombreux leaders économiques ultra-marins comme Cyril Comte, président du groupe Citadelle, qui organisait les Journées de l’Outre-mer dans les années 2010.

Au programme de Choose Outre-mer :

– un fonds à impact public-privé, doté de plusieurs millions d’euros abondé notamment par les entreprises ultra-marines, destiné à financer des projets structurants dans les territoires. De l’argent qui ira au terrain, pas à la circulaire.

– un job dating avec France Travail et l’APEC, à Paris et en simultané dans les cinq départements et régions d’outre-mer, avec une trentaine d’entreprises ultramarines et plus de 3 000 agents mobilisés dans les territoires. Parce que le premier facteur de vie chère, c’est d’abord un salaire qui n’arrive pas.

– un concours de pitchs et de start-up, qui met les porteurs de projets ultramarins devant de vrais investisseurs, et pas devant un guichet.

Choose Outre-mer, c’est en quelques sortes la transposition aux territoires ultramarins de la mécanique qui a fait ses preuves à Versailles avec Choose France : 231 annonces d’investissement depuis 2018, 93 milliards d’euros annoncés lors de la seule édition du 1er juin 2026, plus de 15 600 emplois à la clé. On peut discuter du taux de concrétisation réel de ces annonces. Mais on ne peut pas contester la direction : c’est l’entreprise qui crée la richesse, pas le décret.

 

Horizon Présidentielle

Finalement, le clivage n’est pas entre ceux qui veulent lutter contre la vie chère et ceux qui s’en moquent. Le clivage est entre deux façons de la combattre : celle qui croit que la loi peut décréter un prix juste, et celle qui croit qu’un marché dynamique, concurrentiel et pourvoyeur d’emplois peut le faire durablement.

La première méthode a quatorze ans de recul et bute sur un énième constat d’échec. La seconde n’a pas encore d’historique dans les Outre-mer. C’est précisément pour cela qu’il faut la lancer.

Il y a enfin une question de cohérence politique dont la signature (et la promulgation au Journal officiel mi-août) de la loi-cadre sur l’autonomie en Martinique a révélé le funeste danger du en-même temps macronien.

Comment un gouvernement peut-il encore feindre de porter un texte sur la vie chère qu’il a lui-même déposé, tout en lançant un sommet pour attirer les investisseurs dans les mêmes territoires ? Un investisseur qui hésite entre deux destinations regarde moins les subventions qu’il peut obtenir que la stabilité et la lisibilité du cadre juridique. Un pays qui empile des dispositifs de contrôle sur ses entrepreneurs et qui ne vote pas ses propres lois envoie un signal de défiance, pas de confiance.

Pour dire les choses clairement, si la loi sur la vie chère venait à être adoptée dans les prochains mois, les entrepreneurs qui auront manifesté un enthousiasme républicain lors de Choose Outre-mer pourraient finalement renoncer à investir dans les territoires ultramarins.

C’est ce choix-là qui se joue à partir de demain à la Banque de France. Saluons donc la ministre Moutchou dont Choose Oute-mer et son idée d’une loi d’orientation pour les Outre-mer comme levier de la « souveraineté économique » ultramarine se veulent des contributions au futurs débats présidentiels sur l’avenir des Outre-mer dans la République française.

Car c’est le peuple français, et non les Oute-mer seuls, qui auront à trancher définitivement l’orientation stratégique que veulent prendre les Outre-mer : investir dans l’avenir ou sombrer.

 

Michel Taube

Michel Taube

Le Pen condamnée mais présidentiable : l'humiliation ou la justice face aux politiques. L'édito de Michel Taube
Directeur de la publication

CTM : l’heure des comptes ! L’édito de Michel Taube

CTM : l’heure des comptes ! L’édito de Michel Taube
Jeudi 24 septembre, l’Assemblée de Martinique examinera le rapport définitif de la Chambre régionale des comptes sur la CTM, lequel vient de dévoiler l’ampleur de la catastrophe financière générée par dix années…
Michel Taube

La Martinique et les Fourmis

Yan Monplaisir : « en Martinique, la convergence des anti-France nourrit la faillite de la CTM et explique le funeste accord cadre sur l'autonomie"
La CTM*, riche en discours, Promettait merveilles chaque jour. Les coffres ouverts, la bourse légère, Elle distribuait sans trop regarder derrière. Subventions, fêtes et grands chantiers, Tout semblait pouvoir être financé. «…