Edito
12H21 - lundi 28 septembre 2026

Fashion Week de Milan : une tribune pour les femmes confrontées au terrorisme et à l’oppression

 

Pendant la Fashion Week, l’Institut Milton Friedman a réuni à Milan des femmes dont les parcours racontent une même aspiration : vivre libres. Anciennes otages, militantes et personnalités du monde de la mode ont confronté leurs expériences lors d’une conférence consacrée aux violences, à la sécurité et au droit de choisir son existence.

La liberté des femmes ne se résume pas à une tenue. Elle concerne aussi l’accès à l’éducation, la possibilité de s’exprimer, l’indépendance économique et le droit de vivre sans subir la violence. Ces différentes dimensions ont traversé la rencontre « Women: Freedom Is Always in Fashion », organisée le 25 septembre au centre de congrès Assolombarda, à Milan.

Ouverte par Dario Peirone, directeur général de l’Institut Milton Friedman, et organisée sous la supervision de son directeur exécutif Alessandro Bertoldi, la journée a accueilli plusieurs responsables politiques italiens. Parmi eux figuraient les sénatrices Mariastella Gelmini, Elena Murelli et Daniela Santanchè, la députée Alessia Ambrosi ainsi que les conseillers régionaux de Lombardie Giulio Gallera, Sergio Gaddi et Marco Bestetti.

Derrière les conflits, des femmes racontent ce qu’elles ont subi

Le témoignage d’Ela Elyakim a ramené les participants à la réalité de la prise d’otages du 7 octobre 2023. Cette enfant israélo-italienne avait huit ans lorsqu’elle a été kidnappée par le Hamas avec sa sœur Dafna, au kibboutz Nahal Oz. Elle a décrit 51 jours de captivité, des périodes passées sous terre et un enfermement dans une cage qu’elle a comparée à celles destinées aux chiens. Pour traverser cette épreuve, a-t-elle expliqué, elle s’est accrochée à la présence de sa sœur.

Aviva Siegel, elle aussi enlevée le 7 octobre avec son mari Keith, a raconté avoir pris Ela sur ses genoux pendant leur détention. Les ravisseurs répétaient aux deux sœurs que leur pays avait disparu et qu’aucune maison ne les attendait. L’ancienne otage a évoqué les pleurs de l’enfant, la faim et l’angoisse pour son époux. Elle a confié avoir souhaité mourir avant lui, tant elle redoutait de le voir perdre la vie.

Avec Fawzia Amin Sido, la conférence a également abordé le sort des femmes yézidies enlevées par l’État islamique. Capturée en 2014 à l’âge de dix ans, elle a relaté sa séparation d’avec son frère, puis les ventes, les chaînes, les coups et la torture. Elle a déclaré avoir été emmenée à Gaza en 2020 et forcée, sous la menace, à épouser un djihadiste et à avoir deux enfants. Après dix années de captivité, son appel ne portait pas sur la pitié, mais sur l’humanité : retrouver sa mère et pouvoir simplement être à nouveau sa fille.

Ces récits ont été accompagnés d’un éclairage sur la documentation des violences sexuelles. Lors de la session animée par Francesco Vecchi, journaliste de Mediaset, Ruth Halperin-Kaddari a présenté les efforts engagés pour réunir les éléments concernant les violences commises le 7 octobre et contre les personnes retenues en otage. Elle dirige le Rackman Center de l’université Bar-Ilan et a cofondé le Dinah Project.

De l’école au vêtement, défendre le droit de décider

Pour Husna Jalal, fondatrice de Women for Change International, l’émancipation passe d’abord par des droits dont les Afghanes sont privées. Installée aux Pays-Bas, la militante a dénoncé les restrictions des talibans et l’interdiction faite aux filles de poursuivre leur scolarité au-delà de la sixième année. Qualifiant cette situation d’« apartheid de genre », elle a mis en garde l’Europe : « Les idéologies extrémistes ne respectent pas les frontières. »

La dissidente iranienne Elaheh Tavakolyan a, elle, raconté son engagement dans les manifestations auxquelles elle avait participé avec ses filles. Touchée pendant les rassemblements, elle a expliqué avoir continué à protester pour que la génération suivante ne connaisse pas la même répression ni le même silence imposé. Son intervention a été ponctuée du slogan « Femme, Vie, Liberté » et d’un appel à la liberté pour l’Iran. En introduction du premier panel, l’ancien député Roberto Bagnasco avait affirmé que le destin de ce pays appartenait à son peuple seul.

La question de la protection des libertés a également nourri la discussion sur la sécurité. Elena Murelli a soutenu qu’il ne pouvait y avoir de liberté sans sécurité, tout en insistant sur l’autonomie économique des femmes. Manel Msalmi a consacré son intervention aux réseaux islamistes en Europe et aux musulmans européens qui s’opposent à l’extrémisme. Elle a demandé une vigilance accrue envers les organisations qui, selon ses propos, apportent leur soutien au Hamas.

La mode a retrouvé sa place dans la dernière table ronde, animée par la journaliste Barbara Politi après une courte présentation de la ligne « Lux ». Chiara Boni l’a décrite comme un reflet des transformations sociales et de l’émancipation féminine.

La mannequin et actrice Farnoush Hamidian, née en Iran, a donné à cette réflexion une dimension personnelle. Pour une Iranienne, a-t-elle expliqué, rien n’est plus précieux que la liberté : rire en public, danser, laisser le vent traverser ses cheveux. Au-delà du vêtement, elle a défendu une exigence commune à l’ensemble des témoignages : pouvoir décider de ce que l’on fait, de ce que l’on devient et de la manière dont on souhaite vivre.

Emma Ray

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