
À l’approche des élections législatives marocaines, le scrutin ne se résume pas à une compétition entre partis ou personnalités mais va bien au delà de ça. Une question plus profonde traverse le Royaume qui poursuit son développement et son expansion : comment faire bénéficier davantage la population, et notamment sa jeunesse, de la modernisation engagée par le Maroc ?
Depuis quelques années le pays avance vite: infrastructures, investissements, transition énergétique, industrie, préparation de la Coupe du monde 2030. Il est clair que le Maroc affiche ses ambitions. Mais cette transformation nourrit aussi des attentes nouvelles. Emploi, logement, pouvoir d’achat, école et santé sont devenus des enjeux politiques majeurs. Une génération jeune, connectée et exigeante attend que les grandes réussites nationales se traduisent plus directement dans son quotidien. C’est ce que les manifestants de la « Gen Z » ont demandé il y a quelques mois.
C’est dans ce contexte que le Parti Authenticité et Modernité (PAM), deuxième force politique issue des élections de 2021 et membre de la coalition gouvernementale, cherche à placer davantage la question sociale au centre du débat. Autour de Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville et coordinatrice de la direction collégiale du parti, le PAM veut articuler modernisation économique et réponses sociales.
Son programme pour 2026 en témoigne. Chiffré à 350 milliards de dirhams sur cinq ans, il met notamment l’accent sur le pouvoir d’achat, l’insertion des jeunes et l’accès aux services publics. Le parti affiche également l’objectif d’au moins un million d’emplois nets.
Cette orientation répond à une évolution profonde de la société. Comme ailleurs, la jeunesse marocaine entretient une relation plus exigeante avec la politique. La « Gen Z » jugera assurément les promesses à l’aune des résultats concrets. Formation, premier emploi, logement et mobilité sociale deviennent déterminants. Le défi consiste à éviter qu’un décalage ne se creuse entre la vitesse de transformation du pays et celle de l’amélioration ressentie des conditions de vie.
Sur ce terrain, Fatima Ezzahra El Mansouri dispose d’une expérience particulière. Maire de Marrakech de 2009 à 2015 puis de nouveau depuis 2021, elle associe gestion locale et expérience gouvernementale. Son action actuelle au ministère du Logement lui permet aussi de mettre en avant les dispositifs d’aide directe au logement et la poursuite du programme « Villes sans bidonvilles ».
Mais l’enjeu dépasse son parcours personnel. Pour le PAM, il s’agit désormais de démontrer qu’une ambition sociale peut accompagner la dynamique économique du Royaume. La question du financement et de l’exécution des mesures sera donc centrale, tout comme la capacité à faire bénéficier les différents territoires de cette croissance.
C’est peut-être là que se joue une partie de la prochaine étape marocaine. Le Royaume a largement démontré sa capacité à se transformer mais il lui faut désormais poursuivre la diffusion des fruits de cette modernisation dans l’ensemble de la société. Cela doit infuser et irriguer l’ensemble des couches sociales.
Le PAM tente d’occuper cet espace en faisant de l’État social et de la jeunesse deux piliers de son offre politique. Les électeurs diront si cette proposition les convainc. Mais une chose paraît certaine : la nouvelle génération marocaine jugera de plus en plus ses dirigeants sur leur capacité à transformer la croissance en emplois, pouvoir d’achat, logement et perspectives d’avenir. C’est aussi à cette condition que la modernisation du Maroc pourra devenir une promesse sociale toujours plus largement partagée.
Yann Kergawen















